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L’envers de la médaille du tourisme humanitaire

Source: Alycia Leduc
Source: Alycia Leduc

Le tourisme humanitaire, comme on le connait aujourd’hui, a vu le jour dans les années 1980. À cette époque, les voyages humanitaires étaient la plupart du temps organisés par l’entremise de petits organismes locaux ou simplement par l’initiative des voyageurs (entrevue : Sprengers, 2015). Effectivement, le phénomène était alors peu pratiqué ce qui faisait en sorte qu’il était plus facile de contrôler son organisation (entrevue : Sprengers, 2015). Aujourd’hui le tourisme humanitaire est en pleine expansion ce qui fait en sorte que les choses ont beaucoup changé. Chaque année on dénombre plus de 100 000 voyages humanitaires organisés, à travers le monde (Gourdeau, 2011). Alors qu’on pourrait tout autant se réjouir de l’ampleur que prend ce phénomène, cette expansion peut aussi sembler inquiétante. En effet, le tourisme humanitaire compte de nombreuses lacunes et certains chercheurs sont mitigés quant à ses répercussions.

D’abord, un des principaux problèmes à relever au sein du phénomène du tourisme humanitaire est au niveau de son organisation. Le secteur humanitaire fait de plus en plus l’objet de la convoitise du secteur touristique, de manière à transformer ce type de tourisme  en secteur lucratif. En effet, de plus en plus d’agences de voyages réussissent à se faire passer pour des organismes humanitaires (Service volontaire internationale, 2014). Cependant, ces agences de voyages adhèrent toutes de manière inégale aux principes fondateurs entourant les voyages humanitaires et orientent leurs actions autour du désir de profit (Sacareau, Isabelle). Ainsi, celles-ci exploitent le concept d’«humanitaire», très bien perçu par l’opinion publique, de manière à truquer les touristes en jouant sur leurs cordes sensibles. Il faut comprendre qu’une des plus importantes particularités du tourisme humanitaire se trouve dans le fait que l’organisme responsable du voyage s’engage à partager, de façon équitable, les retombées économiques engendrées (Rubeillon, 2014). Concrètement, de tels dons financiers ont de grandes répercussions sur certains pays du monde. Pensons notamment au Cambodge où neuf orphelinats sur 10 sont financés par les donations des touristes (Turner, 2011). Les ONG reprochent donc à certaines agences de voyages de se faire passer pour des organisations humanitaires et de ne redonner qu’une infime partie des retombées économiques aux populations locales, alors que cela va à l’encontre de la vocation même du tourisme humanitaire (Mignon, 2014). En effet, les revenues amassées chez les touristes sont distribuées selon un schéma pyramidal inversé, c’est-à-dire que la plus grande partie des revenues vont aux grandes entreprises européennes ou américaines et non aux populations dans le besoin (Sacareau, Isabelle). De cette manière, les agences de voyages se faisant passer pour des organismes humanitaires ne financent par des activités de développement à la hauteur des moyens dont ils disposent (Sacareau, 2007). En bref, ces agences de voyages utilisent les méthodes commerciales du tourisme de masse pour transformer la misère et la détresse des populations du tiers monde en secteur rentable.

Source: Jessica Debanné
Source: Jessica Debanné

Ainsi, de nombreuses accusations sont formulées par les ONG envers les organisations de voyages humanitaires. D’abord, certaines organisations sont accusées de «transformer les pays pauvres en parcs d’attractions» (Service volontaire internationale, 2014). En effet, l’initiative du développement touristique humanitaire provient en grande partie du secteur touristique, un secteur axé sur le profit. D’un point de vue éthique, certains trouvent donc discutable de monétiser la pauvreté. Sans compter que certaines organisations planifient leur projet de manière à combler la demande, voire les désirs des voyageurs, sans prendre, compte des véritables besoins des populations locales (Service volontaire internationale, 2014). Cette manière de procéder renforce les préjugés et opinions péjoratives que les Occidentaux ont des pays du tiers monde. Cela flou bien évidemment les échanges culturels entre les voyageurs et leurs terres d’accueil, car ceux-ci croient tout savoir sur la situation que vivent les habitants du pays qui les accueille (Service volontaire internationale, 2014). Il devrait donc être primordial que les projets d’aide humanitaire soient proposés par les sociétés locales et non l’inverse. Sans compter qu’on accuse certaines organisations d’envoyer des touristes qui prendront la place de travailleurs locaux qualifiés et rémunérés (Mignon, 2014). «Il est possible pour des jeunes, non diplômés et non spécialisés, de partir jouer au médecin, au professeur ou aux avocats dans des pays qui leur sont complètement inconnus» (Service volontaire internationale, 2014).

Subséquemment, chez le touriste, les conséquences de l’expérience d’un voyage humanitaire sont, dans la grande majorité des cas, positives. En effet, d’un point de vue psychologique un tel voyage peut initier une certaine prise de conscience (Sacareau, 2007) développer une vision du monde plus ouverte et implanter chez eux des valeurs telles la générosité, la tolérance et l’entraide (Gourdeau, 2011). Le tourisme humanitaire est toutefois critiqué, car il rallie l’utile à l’agréable, ce qui laisse souvent place à de nombreuses ambiguïtés. Effectivement, l’ambivalence de la pratique est assez prononcée dans la mesure où la place que prend la part «touristique» de l’équation est loin d’être la même pour tous les voyageurs. De là part l’ambiguïté fondamentale du tourisme humanitaire. En effet, de nombreux experts affirment qu’il est impossible de rallier volontariat et tourisme (Mignon, 2014). En effet, alors que certains touristes humanitaires vont aider les populations locales durant l’après-midi pour aller dormir dans un hôtel luxueux, d’autres s’immergent complètement dans la culture du pays d’accueil et vivent selon la réalité quotidienne du pays qui les accueille. La première situation énoncée ne correspond pas, à mon sens, à ce que devrait être le tourisme humanitaire. Je pense que l’immersion dans la culture et le mode de vie du pays visité est primordiale afin de vivre une expérience de voyage humanitaire réellement enrichissante. En effet, «comment se sentir proche du plus pauvre si on vit nous-mêmes dans le luxe?» (Zunigo, 2011).

En conclusion, nous disons «oui» au tourisme humanitaire, mais ce, à certaines conditions. En effet, le choix de l’organisation avec laquelle voyager est une décision capitale lorsqu’on décide de partir en voyage humanitaire. En effet, le phénomène étant émergeant, son organisation n’est pas encore tout à fait au point et n’assure pas toujours une aide appropriée et bénéfique aux populations dans le besoin. C’est pourquoi il faudrait instaurer de la réglementation beaucoup plus sérieuse chez toutes les organisations qui veulent mettre en place des voyages humanitaires. Je suis toutefois d’avis que ce type de tourisme peut bénéficier autant aux terres d’accueil qu’aux  touristes, et qu’il a réellement sa place en tant que forme de tourisme. En effet, ce type de voyage, porté sur la rencontre, valorise la solidarité internationale et l’entraide, des valeurs qu’il est primordial de renforcer dans notre monde de plus en plus indifférent.

Héloïse Downs

Médiagraphie:

GOURDEAU, Geneviève. «Tourisme humanitaire : joindre l’utile à l’agréable», Le Soleil, [En ligne],http://www.lapresse.ca/le-soleil/voyages/201104/01/01-4385782-tourisme-humanitaire-joindre-lutile-a-lagreable.php (Page consultée le 14 février 2015)

MIGNON, Thomas. Le volontarisme ou comment des agences de voyages monétisent la pauvreté, [En ligne], http://www.rtbf.be/info/societe/detail_le-volontourisme-ou-comment-des-agences-de-voyages-monetise-la-pauvrete?id=8359733 (Page consultée le 16 février 2015)

RUBEILLON, Gabriel. Le tourisme solidaire, le tourisme d’aujourd’hui?, [en ligne], http://www.doublesens.fr/actualites/le-tourisme-solidaire-le-tourisme-d-aujourdhui (Page consultée le 20 février 2015)

SACAREAU, Isabelle. «Au pays des bons sentiments : quelques réflexions critiques à propos du tourisme solidaire», téoros : revue de recherche en tourisme, [En ligne], vol. 26-3 (2007), p.6-14, dans Isidore (Page consultée le 19 février 2015)

SERVICE VOLONTAIRE INTERNATIONALE. Non au tourisme humanitaire, [En ligne], http://www.servicevolontaire.org/index.php?menu_selected=46&sub_menu_selected=199&language=FR (Page consultée le 14 février 2015)

TURNER, Charlotte. «Cambodge: la bonne conscience du tourisme humanitaire», La Presse.ca, [En ligne], http://www.lapresse.ca/voyage/destinations/asie/cambodge/201107/28/01-4421700-cambodge-la-bonne-conscience-du-tourisme-humanitaire.php (Page consultée le 15 février 2015)

WACKERMANN, Gabriel. « TOURISME », Encyclopædia Universalis, [en ligne], http://www.universalis.fr/encyclopedie/tourisme/ (Page consultée le 19 février 2015)

ZUNIGO, Xavier. « Visiter les pauvres », Actes de la recherche en sciences sociales, [En ligne], vol. 170 (2007), p. 102-109, dans CAIRN (Page consultée le 13 février 2015)

Le tourisme humanitaire, qu’est-ce que c’est?

Source: Jessica Debanné
Source: Jessica Debanné

Le tourisme est au cœur de notre imaginaire collectif québécois, il s’agit d’un  véritable «phénomène de civilisation» s’adressant à toutes les classes sociales (Zunigo, 2011). En effet, d’ici 2030, il y aura 1,8 milliard de touristes à travers le monde (Gouvernement du Québec, 2014). Cette grande expansion du tourisme a toutefois des répercussions graves lorsqu’il est question du tourisme de masse. En effet, même si l’opinion publique semble considérer le tourisme comme un phénomène n’ayant que des répercussions positives, ce n’est pas tout à fait le cas. C’est pourquoi à la fin du XXe siècle, des formes de tourismes alternatives ont vu le jour de manière à ne pas encourager l’effet pervers que pouvait avoir un tourisme trop massif. C’est alors l’apparition du tourisme humanitaire une forme de tourisme axé sur l’Homme et sur l’entraide internationale.

À la fin du XXe siècle, on assiste à une individualisation des pratiques touristiques et ainsi à l’émergence de formes alternatives de tourisme. Le tourisme humanitaire, défini par l’UNESCO comme un tourisme «réfléchi et attentif à la culture de l’autre» (Gourdeau, 2011), est une nouvelle forme de tourisme qui voit ainsi le jour dans les années 1980 (Sacareau, 2007).  Ce faisant, en petits groupes et ne nécessitant pas d’installations particulières ou de services personnalisés, le tourisme humanitaire a des répercussions minimes, voire inexistantes, sur les populations locales. En effet, le voyageur humanitaire voyage de manière à freiner le tourisme de masse, un phénomène caractérisé par la migration massive de personnes vers un même endroit et qui se traduit souvent par un désastre écologique et une exploitation accrue des personnes issues des endroits visités. L’individu optant pour le tourisme humanitaire agit donc de manière respectueuse pour l’environnement culturel, historique et physique des pays visités. Celui-ci est donc habité par une grande conscience sociale qui se reflète sur sa manière de voyager. Les voyageurs humanitaires proviennent principalement des États-Unis, du Canada, du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande (Gourdeau, 2011). Ils sont pour la plupart des étudiants et des jeunes retraités. Le portrait type du voyageur humanitaire est une femme aux études, catholique, issu d’une famille bien nantie et fortement dotée en capital culturel et qui s’investissait déjà dans le bénévolat dans son pays d’origine (Zunigo, 2011).

Source: Alycia Leduc
Source: Alycia Leduc

De manière à faire vivre 7 milliards d’êtres humains de façon équitable, alors que les ressources diminuent et la demande est en croissance constante, il faut d’abord révolutionner notre manière de consommer et cela passe inévitablement par notre manière de voyager. Le tourisme humanitaire se base sur le désir du citoyen d’agir localement et concrètement pour aider les plus démunis. La population occidentale se conscientise aux effets néfastes de la surconsommation et de la mauvaise redistribution des retombées économiques ce qui la pousse à opter pour une forme de tourisme plus solidaire envers le genre humain (Rubeillon, 2014).  Le voyageur humanitaire est interpellé par sa conscience sociale et celui-ci souhaite donner un sens à ses actions en mettant à profit ses compétences. Pour ce faire, ceux-ci mettent leurs vacances de côté de manière à aller aider des communautés du tiers monde ou des pays en développement. Les principaux domaines dans lesquels ils peuvent s’investir sont la santé, l’éducation, l’agriculture et la construction (Le Routard, 2008).  Cherchant les échanges interculturels, ils souhaitent entrer en contact avec les populations locales. Ces touristes veulent s’immerger dans un environnement hors de leur zone de confort, où ils vivront dans un environnement rudimentaire et où ils devront user de leur capacité d’adaptation. Ainsi, les touristes humanitaires ne font pas que soutenir moralement l’entraide et la solidarité internationale, mais agissent concrètement en faveur de leurs idéaux.

Les raisons poussant les gens à faire un voyage humanitaire passent par le besoin d’améliorer son estime personnelle, le besoin d’accomplissement et le besoin de réalisation (Gourdeau, 2011). La motivation d’accomplir un voyage humanitaire pourrait donc s’expliquer par les besoins d’appartenance, d’estime de soi et d’activation de soi présents dans la pyramide des besoins de Maslow. Selon cette approche psychologique, les gens faisant un voyage humanitaire seraient motivés par le désir d’assouvir leurs besoins de développement personnel en aidant des gens qui n’ont pas les ressources pour répondre à leurs besoins fondamentaux (Zunigo, 2011). D’autre part, si on perçoit cette même motivation sous l’approche psychanalytique freudienne, de façon très simpliste, les gens feraient des voyagent humanitaire dans le but d’avoir du plaisir. En effet, le tourisme humanitaire reste une forme de tourisme ce qui veut dire que les motifs poussant les citoyens à réaliser un voyage humanitaire passent aussi par le simple plaisir de voyager, de visiter des contrées exotiques, de s’initier à une culture différente et à un nouveau mode de vie, à apprendre une langue étrangère et même à améliorer leur curriculum vitae (Gourdeau, 2011). Il s’agit donc d’une pratique où la dimension touristique n’est pas négligeable.

Au Québec, le tourisme humanitaire gagne en popularité d’année en année, surtout dans les milieux scolaires (Gourdeau, 2011). Il faut toutefois se questionner avant de choisir l’agence de voyages avec laquelle faire affaire de manière à s’assurer que les projets soient proposés par les populations locales et que les fonds sont bien redistribués. L’expérience du voyage humanitaire est d’une grande richesse et peut complètement changer la perception de la vie qu’ont les individus qui y participent. En plus d’y apprendre des valeurs comme l’entraide, la solidarité, la débrouillardise et la tolérance, le touriste humanitaire a la chance d’aider les moins bien nantis que lui à améliorer leur condition. Sur le plan humain, il s’agit d’une formule gagnante pour la formation d’individus plus ouverts sur le monde et conscientisés aux réalités extérieures.

Héloïse Downs

Médiagraphie

GOURDEAU, Geneviève. «Tourisme humanitaire : joindre l’utile à l’agréable», Le Soleil, [En ligne],http://www.lapresse.ca/le-soleil/voyages/201104/01/01-4385782-tourisme-humanitaire-joindre-lutile-a-lagreable.php (Page consultée le 14 février 2015)

LE ROUTARD. Humanitaire, [En ligne], http://www.routard.com/guide_dossier/id_dp/16/num_page/42.htm (Page consultée le 19 février 2015

MIGNON, Thomas. Le volontarisme ou comment des agences de voyages monétisent la pauvreté, [En ligne], http://www.rtbf.be/info/societe/detail_le-volontourisme-ou-comment-des-agences-de-voyages-monetise-la-pauvrete?id=8359733 (Page consultée le 16 février 2015)

ORGANISATION MONDIALE DU TOURISME. About us : History, [en ligne], http://www2.unwto.org/ (Page consultée le 21 février 2015

RUBEILLON, Gabriel. Le tourisme solidaire, le tourisme d’aujourd’hui?, [en ligne], http://www.doublesens.fr/actualites/le-tourisme-solidaire-le-tourisme-d-aujourdhui (Page consultée le 20 février 2015)

SACAREAU, Isabelle. «Au pays des bons sentiments : quelques réflexions critiques à propos du tourisme solidaire», téoros : revue de recherche en tourisme, [En ligne], vol. 26-3 (2007), p.6-14, dans Isidore (Page consultée le 19 février 2015)

SERVICE VOLONTAIRE INTERNATIONALE. Non au tourisme humanitaire, [En ligne], http://www.servicevolontaire.org/index.php?menu_selected=46&sub_menu_selected=199&language=FR (Page consultée le 14 février 2015)

WACKERMANN, Gabriel. « TOURISME », Encyclopædia Universalis, [en ligne], http://www.universalis.fr/encyclopedie/tourisme/ (Page consultée le 19 février 2015)

ZUNIGO, Xavier. « Visiter les pauvres », Actes de la recherche en sciences sociales, [En ligne], vol. 170 (2007), p. 102-109, dans CAIRN (Page consultée le 13 février 2015)