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Le tourisme sexuel et la loi

Tout d’abord, il serait pertinent de mentionner ce qu’est le tourisme sexuel impliquant des enfants, car c’est la branche du tourisme sexuel qui est officiellement illégal au Canada. En effet, celui-ci est défini comme étant  «l’exploitation sexuelle d’enfants à des fins commerciales par des individus qui voyagent d’un endroit à l’autre et qui y ont des rapports sexuels avec des enfants» (Le Bureau international des droits des enfants, 2012). En général, même si le touriste sexuel qui ne recherche pas spécifiquement des enfants n’a pas de profil type, le touriste sexuel recherchant des enfants semble en avoir un. Ceux-ci sont souvent des hommes, dont la provenance serait l’Amérique du Nord ou encore, l’Europe de l’Ouest qui veulent voyager dans les pays en développement (Le Bureau international des droits des enfants, 2012). On constate que les Canadiens ont des préférences en matière de pays émetteurs dans lesquels il est possible de faire du tourisme sexuel impliquant des enfants. Ceux-ci se rendent plutôt dans des endroits tels que les Caraïbes ainsi que l’Amérique latine étant donné qu’ils ont l’avantage d’être plus accessibles, au niveau des coûts et aussi, au niveau géographique (Le Bureau international des droits des enfants, 2012). De plus, on observe que les victimes juvéniles des touristes sexuels canadiens ont un profil particulier. Celles-ci sont en général, «touchées par la pauvreté, issues de groupes minoritaires, dépendantes des activités économiques saisonnières, enfants victimes de violence ou de négligence familiale, orphelins atteints du virus du sida» (Le Bureau international des droits des enfants, 2012).

La loi

En 1997,  des changements ont été apportés au Code criminel du Canada pour permettre aux tribunaux canadiens de traiter les actes d’exploitation sexuelle impliquant des enfants commis à l’étranger. Cependant, aucune infraction n’a été présentée aux tribunaux jusqu’à présent, en raison d’une restriction stipulant que la plainte de l’infraction sexuelle doit être fournie par le pays étranger. Dans l’optique de corriger cette faille, le projet de loi C-15 a été présenté et est présentement en processus de révision (Balassoupramaniane, 2015).  Cette loi vise à ajouter de nouvelles infractions au Code criminel et à permettre aux tribunaux de sévir plus facilement dans les cas de tourisme sexuel impliquant des enfants et l’exploitation sexuelle d’enfants sur Internet. Elle permettrait aux tribunaux de recevoir des poursuites pour infractions sexuelles contre des enfants, sans demande du pays étranger, contre des citoyens canadiens ou des résidents permanents. Cependant, il est à remarquer que le Code criminel canadien ne pénalise pas spécifiquement le tourisme sexuel effectué sur des personnes majeures considérées consentantes (Balassoupramaniane, 2015).

Attribution : Rifqi Jamil (Own work) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons
Attribution : Rifqi Jamil (Own work) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

Cas au Canada

Depuis l’adoption de cette loi en dans les années 1997, cinq Canadiens ont été reconnus coupable d’avoir impliqué des enfants étrangers dans des activités sexuelles. En 2005, c’est la première fois qu’un individu doit faire face à cette loi. En effet, Donald Bakker, un homme de 41 ans, est accusé à Vancouver d’avoir agressé sexuellement 51 individus, mais plus particulièrement, il aurait exploité sexuellement sept enfants d’origine cambodgienne âgés entre sept et douze ans (Journal Métro Montréal, 2005). Il y avait 16 chefs d’accusation contre lui liés à l’exploitation sexuelle d’enfants et 22 autres liés à l’agression sexuelle de prostitué vivant à Vancouver , et cet homme doit faire dix ans de prison pour purger sa peine (Journal Métro Montréal, 2005). Ensuite, en 2008, il y a eu le premier cas québécois avec Denis Rochefort, accusé d’avoir agressé sexuellement six enfants haïtiens âgés entre 14 et 16 ans. Celui-ci a fait deux années de prison, car il avait six chefs d’accusation contre lui (Benjamin, 2008). Pour continuer, il y a eu le cas d’Armand Huard en 2008, condamné à 3 ans de prison (Le Bureau international des droits des enfants, 2012). Un des cas les plus récents est celui de Christopher Neil, condamné à neuf années de prison et finalement, le cas le plus récent, est celui de Kenneth Klassen accusé en 2010 d’avoir agressé sexuellement dix-sept jeunes filles dans plusieurs pays : le Cambodge, les Philippines ainsi que la Colombie. Ce dernier est condamné à onze années de prison (Le Bureau international des droits des enfants, 2012).

Actions posées pour contrer le tourisme sexuel

Enfin, plusieurs organismes et groupes importants luttent contre l’abus sexuel effectué sur les enfants. Il est possible de prendre l’exemple du Bureau international des droits des enfants (IBCR), qui s’allie avec plusieurs acteurs de la société dans le but de contrer tous les types d’activités impliquant les enfants.  En effet, il s’est associé avec des organismes tels que One Child et Plan Canada, ainsi qu’avec des autorités comme le Gouvernement canadien ou encore, avec des compagnies du secteur privé tel que des agences de voyages. Cette association visait à soutenir la  campagne de sensibilisation présentée en 2010 par l’IBCR. Cette campagne visait à «[i]nformer les Canadiens des conséquences juridiques et sociales du tourisme sexuel impliquant des enfants (TSIE) ainsi que les sensibiliser sur la loi extraterritoriale du Canada» (Le Bureau international des droits des enfants, 2012). Ensuite, son deuxième but était de sensibiliser les Canadiens à rester attentif lorsqu’ils partent en voyage, afin de dénoncer toute activité sexuelle effectuée avec des enfants faits par d’autres Canadiens (Le Bureau international des droits des enfants, 2012).

Eva Lefebvre

Médiagraphie :

Document accessible par internet

BALASSOUPRAMANIANE, Indragandhi. «Le tourisme sexuel», dans Barreau du Québec, Barreau du Québec, [en ligne], http://www.barreau.qc.ca/pdf/journal/vol33/no21/tourisme.html (page consultée le 22 janvier 2015)

Le bureau international des droits des enfants, La lutte contre le tourisme sexuel impliquant des enfants avec la participation du secteur privé du tourisme et du voyage et du public canadien, [en ligne], 2012, http://www.ibcr.org/images/contenu/publications/Tourisme-sexuel-int-lowres-fr.pdf (page consultée le 25 avril 2015)

Article tiré d’une base de données

Journal Métro Montréal, «10 ans pour un touriste sexuel», Journal Métro Montréal, [en ligne], 2005, p.3, dans Eurêka (page consultée le 25 avril 2015)

Article d’un site internet

BENJAMIN, Guy. «Deux ans de pen pour Rochefort, le coopérant abuseur», dans Guy BENJAMIN, La Presse, [en ligne], http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/justice-et-faits-divers/200811/14/01-800853-deux-ans-de-pen-pour-rochefort-le-cooperant-abuseur.php (page consultée le 25 avril 2015)

 

Le tourisme sexuel en général

Bien que l’origine de la prostitution remonte à l’époque de la Grèce Antique, l’origine du tourisme sexuel, quant à elle, date de l’époque de la Deuxième Guerre Mondiale (Fondation Scelles, 2005). En effet, les politiques militaires ont encouragé le développement du tourisme sexuel, parce que, dès les années 1930, des «maisons de réconfort»1 ont vu le jour en Asie du Sud-Est. Pendant la guerre du Vietnam, l’arrivée massive des soldats américains venant du front et demandant du repos en Thaïlande, leur alliée, a fait en sorte qu’il y ait une demande accru en matière de maison de ce genre. Ensuite, ces structures étant déjà en place, les touristes ont relayé les soldats.

Ce tourisme est en grande expansion, car il va de pair avec le développement des technologies et réseaux de transports et peut être défini comme  étant «un tourisme qui a pour but principal la réalisation de rapport sexuel dans un but commercial» (Michel, 2006). Même s’il est aisé de connaître les bornes de ce phénomène migratoire quant à sa définition globale, il est toutefois difficile de cerner son ampleur, étant donné qu’il est prohibé. Quelques chiffres approximés ressortent cependant. Le tourisme sexuel est une source de revenu très rentable et représente aujourd’hui dans le monde une industrie valant près de 5 milliards de dollars (Michel, 2006). Plus particulièrement, en 1995 en Thaïlande, le tourisme sexuel et la prostitution ont engendrés des recettes allant jusqu’à 7,1 milliard de dollars américain (Formos, 2001).  En effet, si l’état ne générait pas autant de recette, il pourrait risquer la faillite.  De plus, il est présent dans plusieurs régions du monde. On le retrouve en Amérique latine et dans les Caraïbes, mais il est davantage répandu dans les pays asiatiques tels les Philippines, l’Indonésie, la Malaisie et surtout, la Thaïlande. En effet, le tourisme sexuel alimente la prostitution et celle-ci contribuerait de façon éloquente au produit intérieur brut de ces pays asiatique, soit de 2% à 14% (Lévy et Lacombe, 2003). En raison de cela, il est intéressant de s’attarder davantage sur ces régions, plus précisément la Thaïlande,  où le phénomène est particulièrement présent.

Les types de touriste sexuel

Il existe plusieurs types de touriste, dont un dans lequel s’inscrit le tourisme sexuel. En premier lieu, on retrouve le «classique» qui est assez répandu. C’est le touriste qui part en vacance à l’occasion, pendant ses semaines de congés payés. Celui-ci est organisé et planifie son voyage (Michel, 2006). Ensuite, on peut distinguer le touriste qu’on nomme «aventurier», car celui-ci sort de sa zone de confort. Il est possible de le qualifié comme étant un touriste qui fait du tourisme expérimentale et donc, qui est à la recherche de nouveautés autant sur le plan culturel que social (Michel, 2006).  Enfin, le touriste sexuel est le touriste qu’on nomme «hors norme» et il est souvent défini comme étant extrême (Michel, 2006).  En effet, ce touriste enfreint certaine lois et va à l’encontre des droits humains en ayant certaines pratiques sexuelles illégales, tel que celles impliquant des enfants.

source : Eva Lefebvre
source : Eva Lefebvre

Il existe ensuite deux types de touriste sous-jacent au touriste sexuel. Le premier est le «touriste sexuel occasionnel» (Lévy et Lacombe, 2003). Ce touriste ne voyage pas dans le but ultime de rechercher de nouvelles expériences sexuelles ou d’obtenir des faveurs sexuelles quelconques. Celui-ci est un voyageur qui, à l’occasion, a des relations sexuelles avec des travailleurs du sexe locaux lorsque l’occasion se présente à eux. En bref, ils voyagent pour des raisons non sexuelles. Ce touriste est très souvent de sexe masculin, mais de plus en plus, les femmes en sont sujettes.  Ensuite, le deuxième type de touriste sous-jacent au touriste sexuel est le «touriste sexuel assidu» ou parfois nommé, hard core (Lévy et Lacombe, 2003). Ce dernier, au contraire du «touriste sexuel occasionnel», ne voyage que dans le but d’obtenir des relations sexuelles qui, dans plusieurs cas, sont prohibés dans leur pays d’origine (le voyeurisme, le tourisme sexuel impliquant des enfants, l’exhibitionnisme etc.) ou tout simplement, car ce qu’il recherche est difficile à obtenir (par exemple, une relation à plusieurs partenaire ou encore, avec des transsexuels).  Les individus de cette catégorie sont souvent identifiés comme étant des hommes (beaucoup moins les femmes) caucasien. Ils constituent cependant une minorité des touristes.

Profil sociopolitque du touriste sexuel

Son profil est profondément lié à la mentalité «suprémaciste» des blancs. Cette idéologie correspond au fait qu’un groupe d’individu croit en la supériorité d’un de ses traits de caractère (par exemple, la couleur de la peau, le sexe, la culture etc.) (Lévy et Lacombe, 2003).

En effet, le tourisme sexuel est en partie basé sur le fait que le touriste croit intrinsèquement que ses droits sont bafoués dans son pays d’origine et qu’ils méritent d’être respectés. Celui-ci croit en la supériorité des hommes blancs et croit que l’état ne respecte pas assez cette supériorité et voit cela comme une contrainte ainsi qu’une atteinte à l’expression de leur sexualité. Dans cette mentalité, les hommes croient que leurs droits naturels ne sont pas respectés. Par exemple, le fait de pouvoir traiter les femmes comme des objets et de ne pas pouvoir exercer les pratiques sexuelles désirées iraient à l’encontre des valeurs de leur position de dominant. Bref, le touriste sexuel est souvent un homme et croit en la supériorité de ces traits de caractère et désirs les faires respectés. Il est cependant à constater que généralement, le touriste sexuel n’a pas de profil type en particulier (Lévy et Lacombe, 2003). Effectivement, ils sont «hétérogènes, en termes de nationalité, de genre, d’âge, d’origine ethnique, d’orientation sexuelle, de statut socio-économique, de pratiques sexuelles et de significations qu’ils accordent à ces rencontres » (Lévy et Lacombe, 2003).

Eva Lefebvre

Médiagraphie :

Document accessible par Internet

Fondation Scelles. Tourisme sexuel, [en ligne], 2005, file:///C:/Users/User/Downloads/Fiche_Le_tourisme_sexuel_Fondation_Scelles%202005.pdf (pages consultée le 21 février 2015)

Article d’un périodique

Joseph J.LÉVY et Élyzabeth LACOMBE. «Le tourisme sexuel : ses plaisirs et ses dangers», Téoros, 2003, [en ligne], http://teoros.revues.org/1807 (page consultée le 21 février 2015)

Livre électronique accessible par une base de données

MICHEL, Franck. Voyage au bout du sexe : trafics et tourismes sexuels en Asie et ailleurs, [en ligne], Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2006, p.103, dans Ebrary (pages consultées le 21 février 2015)

Article tiré d’une base de données

FORMOS, Bernard. «Corps étrangers, tourisme et prostitution en Thaïlande», Anthropologie et sociétés, [en ligne], vol. 25, 2001, p. 55-70, dans Érudit (pages consultées le 21 février 2015 2015)