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Facteurs facilitants l’intégration

Le processus d’intégration comprend plusieurs dimensions. En effet, l’immigration est un processus qui affecte le migrant sur plusieurs plans, sois familial, socioéconomique et linguistique. Explorer ces différentes dimensions permet de mieux comprendre le choc culturel et les facteurs facilitants.

Premièrement, il faut dire que le contexte d’immigration joue un rôle très important dans l’intégration du nouvel arrivant. Le rythme auquel une personne s’intégrera et même la possibilité que cette personne s’intègre ou pas sont directement corrélés au contexte dans lequel le migrant quitte son pays d’origine. En effet, une décision de migration qui a été longuement réfléchie, analysée et anticipée est un facteur facilitant (Gaudet, 2011). Dans ce type de départ, le migrant a longuement réfléchi et a conscience de ce qu’il laisse derrière lui et sait davantage ce qui l’attend dans ce pays d’accueil que quelqu’un qui a quitté son pays en toute hâte. En effet, l’émigré qui a planifié cette migration s’intégrera beaucoup mieux que le réfugié qui a dû quitter son pays en toute hâte et qui désire y retourner une fois le conflit réglé (Gaudet, 2011).

Notre sondage sur le sujet a montré pour sa part que les immigrants ayant réfléchie longuement a la question d‘immigrer au Canada avant de passer à l’acte avaient une attitude plus positive lorsqu’ils leur étaient demandés de commenté comment ils percevaient leur intégration à la société québécoise. En effet, lorsque demandée de commenter leur intégration, il était récurent que ceux-ci la considèrent difficile à cause de deux facteurs principaux, soit la difficulté à se trouver un emploi et la difficulté à communiquer. Or, ceux ayant réfléchi plus longtemps avant d’immigrée avaient une attitude plus positive et persévérante à l’égard de leur intégration. Cela pourrait être dû au fait qu’ayant réfléchi plus longuement avant d’immigrer, ceux-ci seraient davantage certains qu’ils ont pris la bonne décision, ils se laisseraient moins facilement abattre que les autres par les difficultés rencontrées lors du processus d’intégration.

De plus, l’émigration a souvent comme effet la perte de la famille élargie. Immigrer avec sa famille nucléaire est considéré comme un facteur facilitant à l’intégration (Gaudet, 2011). En effet lors des sondages, le soutien de la famille est le facteur facilitant à l’intégration le plus souvent cité. La matrice familiale offrirait un sentiment de sécurité et de repère qui permet de soutenir le membre de la famille dans la formation de son appartenance identitaire (Batista Wiese, Van Dijk, Seddik,  2009). En effet, pour une famille, migrer signifie de « quitter le lieu où ses membres ont construit leurs identifications fondamentales, leur façon de penser et d’agir et, plus particulièrement, de comprendre le monde. Autrement dit, migrer c’est quitter son cadre culturel pour une autre vie » (Batista Wiese, Van Dijk, Seddik,  2009). Bref, la matrice familiale dans l’immigration est un élément facilitateur de l’adaptation à la société d’accueil. Elle permet de ne pas être trop perdue dans ce changement d’environnement qui peut se révéler très ardu. La famille sert de base de sécurité dans la reconstruction de son identité culturelle. L’immigration familiale comporte donc un avantage dans le processus d’immigration comparativement à une immigration en solitaire. Cela malgré les conflits familiaux que l’immigration peut créer. En effet, il est beaucoup plus aisé et facile pour les enfants de s’intégrer à ce nouvel environnement (Laferté, 2015). Cette différence de vitesse à laquelle les membres de la famille s’intègrent à la nouvelle culture peut poser problème dans la matrice familiale. L’enfant dans ce processus migratoire peut vivre une grande vulnérabilité due aux conflits culturels qui peuvent être générés. Il peut y avoir des conflits entre les valeurs et les croyances de la société d’accueil, que les enfants ont très vite intériorisées, et les valeurs et croyances du pays de provenance qui sont encore beaucoup véhiculée par les parents  (Laferté, 2015). Ces conflits peuvent comporter des risques dans le développement psychologique de l’enfant (Batista Wiese, Van Dijk, Seddik,  2009). Chez les parents, ces conflits peuvent causer le sentiment d’avoir échoué la perpétuation de leur culture (Batista Wiese, Van Dijk, Seddik,  2009). Cette diversification culturelle familiale peut causer un sentiment de culpabilité chez les parents. Aussi, cette immigration peu remettre en question le rôle traditionnel de la femme et de l’homme, tel que l’immigrant le percevait dans son pays d’origine (Gaudet, 2011). En effet que la femme puisse accepter un emploi dans le pays d’accueil peut constituer pour certains immigrants une nouveauté à laquelle s’adapter.

Également, le sondage confirmait que le fait de se retrouver avec des gens du même groupe socioculturel peut faciliter l’intégration et adoucir le choc culturel. Comme la famille cette communauté peut agir telle une base de sécurité. Avec cette communauté l’immigrer peut parler dans sa langue et pratiquer des activités culturelles communes. Grâce à des gens de sa communauté, l’immigrant ne se sent pas trop dépaysé (Gaudet, 2011), par sa vie de tous les jours où il peut être confronté à de nouvelle valeur en interagissant dans ce nouvel environnement.

Quartier chinois, Montréal
Abdallahh « Quartier chinois, Montréal», 2011, [PNG], sur le site flickr, [En ligne], https://www.flickr.com/photos/husseinabdallah/6793825545/ (Page consultée le 28 avril 2015)

Finalement dans la dimension socioéconomique l’accent à l’emploi est un facteur facilitant des plus importants. L’intégration socioéconomique se mesure par : « la possibilité ressentie et vécue par l’immigrant d’accéder à des revenus et à une mobilisation sociale comparable à celle des personnes nées et résidentes dans le pays d’accueil. » (Gaudet, 2011). Cette dimension socioéconomique, comme son nom l’indique va bien au-delà de simplement permettre à l’immigrer de s’acheter les biens et services dont il a besoin. En effet, l’emploi participe à la création d’un réseau social (Gaudet, 2011) composé de collègues et d’amis. Un emploi gratifiant permet de se sentir utile et accepter. Si un diplôme n’est pas reconnu à l’étranger alors cela peut causer problème (Gaudet, 2011), puisque l’immigrant devra s’ajuster à un nouveau statut financier et un nouveau statue économique.

Malheureusement, l’échantillon sondé étant en francisation, très peu avait un emploi. Or, lors de la distribution du sondage, il est à remarquer que les cours de francisation permettaient la création d’un réseau social. En effet entre ces élèves, il y avait une fraternité. Les cours de francisation permettaient d’apprendre le français, mais bien davantage, soit de créé  un réseau social dans ce nouveau pays. Il est donc à noter qu’autres que le travail, certaines infrastructures mises en place par le gouvernement peuvent faciliter la création d’un réseau social et faciliter l’intégration.

Frédéric St-John

Médiagraphie  

Livre

  • Édithe Gaudet, Relations interculturelles comprendre pour mieux agir, 2e éd., Montreal, groupe modulo, 2011, p. 117

 

  • Nathalie Laferté, « Histoire de Carlos et Cecilia », Cahier d’exercices pour la session (numéro 612), Montréal, Hiver 2015, p. 13 (Tel que vue et expliqué en classe de sociologie.)

Article

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Idéologie d’accueil des immigrants

Un minimum de cohésion sociale se présente comme étant essentiel pour une société. Par contre, avec le contexte contemporain de l’immigration et la diversification grandissante des sociétés sur le plan éthique et religieux, cela dû à l’immigration, cette cohésion nécessaire devient un enjeu primordial. En effet, la fragilisation de la cohésion culturelle est due « d’une part [aux] mouvements migratoires successifs sur une longue période [qui] ont conduit à la présence de plus en plus importante de populations d’origine immigrée » (Laurent de Briey, 2014.) Aussi, l’immigration a beaucoup changé et apporte aujourd’hui beaucoup de diversité. En 1971, seulement 12 % des immigrants venaient des pays de l’Asie, par rapport à 58 % entre 2001 et 2006 (Boudarbat, Boulet, 2010). Bref, il y a diversification culturelle et l’intégration devient plus importante que jamais. L’intégration est un sujet qui est récurrent sur la scène politique. Le rapport Bouchard Taylor et la récente crise sur la laïcité et les accommodements raisonnables sont des événements qui démontrent l’aspect important de ce dialogue québécois sur l’intégration.

Or avant de se lancer dans la lecture de cette recherche portant sur l’intégration des immigrants au Québec, il faut tout d’abord savoir ce qu’est l’intégration. En effet l’intégration étant un sujet largement traité, nous croyons savoir ce que c’est jusqu’au jour où l’on se penche sérieusement sur la question.

L’intégration est un « un processus d’adaptation à long terme, multidimensionnel et distinct de l’assimilation. Ce processus dans lequel la maitrise de la langue d’accueil joue un rôle moteur essentiel, n’est achevé que lorsque l’immigrant ou ses descendants participent pleinement à l’ensemble de la vie collective de la société d’accueil et ont développé un sentiment d’appartenance à son égard. » (Laferté, 2015) En effet, l’intégration et l’implication harmonieuses des immigrants nécessitent la participation de l’immigré et de la société d’accueil. Ce processus d’intégration se fait en plusieurs phases et selon plusieurs dimensions. En effet, l’intégration est distincte de l’assimilation qui se définit comme étant : « l’adoption complète par un individu ou un groupe des caractéristiques culturelles d’un autre groupe jusqu’à la disparition de ses caractéristiques propres. » (Laferté, 2015) L’intégration ne demande donc pas aux immigrants de devenir exactement comme les personnes de la société d’accueil. L’intégration c’est participer totalement à la vie d’une société et d’avoir un sentiment d’appartenance envers cette société. Bien sûr, ce sentiment d’appartenance effectif ne peut avoir lieu que si l’immigrant est reconnu par les autres membres de la communauté comme faisant partie de la communauté, au même titre qu’eux (Gaudet, 2011). L’intégration est donc un rapport entre le nouvel arrivant et sa société d’accueil. L’immigrant, principale concernée, n’est pas seul dans ce processus à devoir faire des efforts.

Il existe aussi plusieurs philosophies par rapport à l’intégration des immigrants. Certaines d’entre elles sont : le multiculturalisme et l’interculturalisme. Au Canada deux visions par rapport à l’immigration s’opposent (Kotto, 2011). La vision canadienne sur l’immigration est le multiculturalisme. Le multiculturalisme est une idéologie « ayant comme fondement l’idée que les démocraties modernes doivent assurer la reconnaissance équitable des différentes cultures, en réformant leur institution et en donnant aux individus les moyens effectifs pour cultiver et transmettre leurs différences » (Milena Doytcheva, 2005). Cette idéologie en est une qui met de l’avant la reconnaissance des spécificités culturelles. Elle veut faire une place à la différence culturelle dans l’espace public (Milena Doytcheva, 2005). Au Canada le multiculturalisme véhicule la vision d’un Canada composée d’une, mosaïque de groupes ethniques, unifier par la communication dans deux langues officielles, l’anglais et le français (Gaudet, 2011).

Multiculturalisme
André GUSTAVO, « Brazil and Australia, München, 18/06/06», 2006, [PNG], sur le site flickr, [En ligne], https://www.flickr.com/photos/andregustavo/172244276/ (Page consultée le 28 avril 2015)

Au contraire, le Québec aurait davantage une vision interculturalisme. L’interculturalisme est défini par Gérard Bouchard : « comme pluralisme intégrateur est un modèle axé sur la recherche d’équilibres qui entend tracer une voie entre l’assimilation et la segmentation et qui, dans ce but, met l’accent sur l’intégration, les interactions et la promotion d’une culture commune dans le respect des droits et de la diversité » (Bouchard, 2012). Cette vision serait basée sur le principe que « la diversité culturelle est souhaitable, qu’elle vient enrichir la société québécoise » (Kotto, 2011). L’interculturalisme est donc une idéologie qui espère l’émergence d’une culture commune. Dans cette idéologie québécoise, la langue française jouerait un rôle primordial de vecteur d’intégration. Cette langue commune étant essentielle pour le dialogue interculturel (Bouchard, 2012). Elle favoriserait, selon, M. Bouchard, « l’éclosion de l’identité commune » (Bouchard, 2012). Selon Maka Kotto, pour cette intégration dans une philosophie interculturalisme québécoise, il faudrait aussi s’accorder sur d’autres valeurs fondamentales communes telles « l’égalité entre les femmes et les hommes, la séparation de la religion et de l’État et la recherche d’une meilleure justice sociale » (Kotto, 2011).

Finalement, selon Maka Kotto, le multiculturalisme canadien mène à la ghettoïsation et à un communautarisme de repli. Cette philosophie est donc très critiquée parce qu’elle ne mènerait pas à l’intégration effective des immigrants. L’interculturalisme pour sa part serait une vision efficace (Kotto, 2011). L’interculturalisme québécois permettrait d’affirmer le français comme langue publique commune. Elle favoriserait aussi les rapprochements et l’acceptation des différences dans le respect mutuel, entre citoyens d’origines diverses, grâce au dialogue interculturel et la sensibilisation de toutes les composantes de la société québécoise au patrimoine public commun (Gaudet, 2011).

En conclusion, le processus d’intégration est complexe et nécessite du temps. Le gouvernement doit donc avoir plus qu’une philosophie et une compréhension des concepts tels que l’intégration. En effet, le gouvernement doit aussi pouvoir instaurer des institutions, des services et des politiques pour encadrer l’immigration et supporter les immigrants au cours des différentes phases d’intégration.

 Frédéric St-John

 

Médiagraphie

 

Livre

  • Nathalie Laferté, « Définitions en vrac », Recueil de texte et notes de cours 1re partie (numéro 611), Montréal, Hiver 2015, p. 37

 

  • Milena DOYTCHEVA, le multiculturalisme, Paris, La Découverte, 2005, p. 16-17

 

  • Gérard BOUCHARD, L’interculturalisme un point de vue québécois, Montreal, Boréal, 2012, p. 51
  •  Édithe Gaudet, Relations interculturelles comprendre pour mieux agir, 2e éd., Montreal, groupe modulo, 2011, p. 117

 

Publication gouvernementales

  • Quebec, Immigration au Quebec: Politique et intégration au marché du travail, Montréal Ciranon, 2010, p. 41-58

Article

 

  • Laurent de Briey, « Un interculturalisme communautarien : à propos de L’interculturalisme. Un point de vue québécois, de Gérard Bouchard », Philosophiques, Volume 41, numéro 2, automne 2014, p. 414

 

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