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Éditorial d’équipe- L’immigration humaine à Marseille

La problématique de l’immigration humaine, d’après l’exemple de Marseille

L’immigration internationale est un phénomène historique, toutefois très actuel affectant les nations en les confrontant les unes aux autres, dans le défi de l’intégration. L’immigration est devenue une réalité nécessaire pour combler la dénatalité, pour renouveler la population active et pour combler le manque de main-d’œuvre. Elle est présente partout à travers le monde, mais surtout en France accueillant une forte migration maghrébine. C’est dans la ville de Marseille qu’on le remarque particulièrement, une métropole qui est devenue, grâce à sa situation géographique, l’une des principales portes d’entrée vers l’Europe.

Avec une communauté urbaine de près de 1,72 million d’habitants[1], cette ville méditerranéenne est l’une des plus grandes villes de France. Bien qu’il s’agisse d’une ville française, sa proximité avec la côte africaine en fait une cité où de multiples ethnies se côtoient chaque jour et où la religion musulmane est pratiquée par près de 40 % de la population.[2] Dans le cadre du cours de démarche d’intégration des acquis en sciences humaines, nous avons donc décidé de nous attarder à la situation particulière de cette ville multiculturelle.

 Nous nous sentons interpellés par les enjeux concernant l’immigration à Marseille étant donné qu’ils s’apparentent à la situation mondiale des migrations internationales. Effectivement, à Marseille, nous observons une société laïque où l’immigration est une réalité historique. C’est un lieu d’échanges, mais aussi de confrontations entre les arrivants et la population déjà établie. Aussi, les différentes nations cherchent à définir leur identité dans ce contexte mixte, le tout en gérant les tensions résultantes. Bref, l’étude de la ville de Marseille nous permettra de voir et comprendre les différents enjeux s’il y a une différence marquante entre la situation actuelle d’un premier pays qui historiquement se caractérise comme fondateur et colonisateur, et d’un second qui fondamentalement s’est fondé par sa colonisation et par le mélange de cultures.

Ainsi, dans ce travail de recherche, nous étudierons plus précisément l’impact de ce flux migratoire sur la ville en quatre plans. Tout d’abord, nous dresserons un portrait complet de la situation du côté marocain et français en mettant en valeur les principales caractéristiques des deux réalités. En abordant les motivations de départ des Marocains, cela nous permet de décrire concrètement la situation actuelle de la France et surtout de Marseille en matière d’intégration des immigrants. On est donc en mesure d’exposer le contexte historique, politique et idéologique qui a amené à créer la société actuelle. Pour ce faire il fallait à tout prix se concentrer sur une communauté particulière de l’immigration maghrébine et nous avons choisi le Maroc étant historiquement le pays fournissant le nombre le plus important d’immigrés à Marseille et en France en général. Nous poursuivrons avec l’étude de l’impact qu’a cette migration massive vers le nord sur la société marseillaise puis nous ferons l’étude de cet impact à plus petite échelle sur un seul individu. Finalement, nous étudierons la situation particulière des étrangers en situation irrégulière qui sont une source de conflit et de problème sur le territoire français.

Ainsi, le thème spécifique de ce travail sera la problématique de l’immigration humaine, selon l’exemple précis de Marseille. L’objectif de recherche sera alors de comprendre les différents enjeux (et leur impact) de l’immigration sur un territoire choisi, ici Marseille.

« Les peuples d’Europe, tout en restant fiers de leur identité et de leur histoire nationale, sont résolus à dépasser leurs anciennes divisions et, unis d’une manière sans cesse plus étroite, à forger leur destin commun. » [3]

Signature commune: Andrée-Anne Roy, Catherine Maertens, Justine Morasse et Catherine Montpetit


  1. L’immigration entre France et Maroc, par Catherine Maertens
  2. La société marseillaise, un théâtre de l’immigration, par Andrée-Anne Roy
  3. L’invididu dans l’immigration à Marseille, par Catherine Montpetit
  4. Les Sans-papier, une réalité marseillaise, par Justine Morasse

Notes de bas de page

[1] Christopher, DICKEY. « Marseille’s Melting Pot », National Geographic Magazine, 2012, [En ligne], http://ngm.nationalgeographic.com/marseille/dickey-text (page consultée le 20 février 2015)

[2] BOKBOT, Moha et Ali FALEH, Un siècle d’émigration marocaine vers la      france: aperçu historique, [En ligne], 2010http://digitum.um.es/xmlui/bitstream/10201/14661/1/06-Moha%2055-64.pdf, (page consultée le 19 février 2015)

[3] CRÉPEAU, Fançois, NAKACHE, Delphine, ATAK, Idil, et ass. Les migrations internationales contemporaines- une dynamique complexe au cœur de la globalisation, Montréal, Les presses de l’Université de Montréal, 2009, p.120


  • Entrevue avec Jonathan Guibert, Français natif de Marseille, le 27 mars 2015
    [Insérer lien vidéo de l’entrevue]
    Analyse:

 

 

RETOUR SUR L’ENTREVUE

3ad7da4
« Jonathan Guibert », 2015, [3ad7da4.jpg], sur le site LinkedIn, [En ligne] http://in.linkedin.com/pub/jonathan-guibert/40/18/5a1 (consulté le 28 avril 2015)

« [O]n a vécu mes amis migrants et moi, […] dans un contexte assez modeste mais cela dit ça, on s’en sortait pareille.» (GUIBERT, 2015) : Jonathan Guibert, natif de Marseille, a vécu toute sa jeunesse dans cette ville portuaire au sud de la France et grâce à une entrevue réalisée à la fin du mois de mars nous avons pu en apprendre plus sur la réalité de cette société bien différente du nord du pays.

Ayant grandi dans les quartiers populaires de la ville, M. Guibert a toujours été en contact avec les populations immigrantes puisqu’ils y vivaient ensemble. Bien qu’il ait grandi dans un contexte modeste dans des arrondissements au nord de la ville, le directeur de compte d’architecture, d’ingénierie et de construction interne et des projets spéciaux chez Cansel garde tout de même de très beaux souvenirs de sa ville natale. Entre autre, il décrit la ville comme étant une société vivante axée sur les interactions entre les individus et sur la culture en plus d’ajouter qu’il s’agit d’une ville beaucoup plus détendue que Paris par exemple situé plus au nord de la France.

Étant habitué à vivre dans un milieu aussi diversifié, M. Guibert explique qu’à son époque (début des années 90), les différents groupes ethniques s’entendaient bien malgré quelques conflits qui n’avaient aucun lien avec l’origine ethnique. Le principe de la France laïque était beaucoup plus appliqué qu’à l’heure actuelle.

De nos jours, contrairement à l’époque de sa jeunesse, le directeur chez Cansel se désole du clivage entre les religions qui s’est créé depuis les années 90. La société est donc prise entre deux feux soit, le clan pour l’intégration des immigrants contre ceux qui désirent imposer leur culture. Une séparation a donc été faite entre les immigrants et la population française qui, pour la plupart, ont une mentalité plutôt xénophobe.

Ce problème en crée bien d’autres puisqu’avec le changement de mentalité, M. Guibert a vu apparaître plusieurs préjugés « bêtes et méchants comme les États-Unis c’est-à-dire que le musulman est forcément un terroriste » (GUIBERT, 2015). De plus, il ajoute que les immigrants sont souvent associés à la « racaille », c’est-à-dire à la délinquance.

Ces préjugés viennent selon lui de l’isolation des immigrants dans les cités, c’est-à-dire les banlieues des villes qui sont bien différentes de celle en Amérique du nord. Les banlieues étant des endroits plus défavorisés où vivent la plupart de la population immigrante, la délinquance et le décrochage scolaire y domine ce qui explique de tels préjugés.

À Marseille, ces cités sont situées au nord de la ville et ils sont considérés comme les pires quartiers de France avec une zone de sécurité de niveau 1 (le niveau le plus dangereux attribuable). Les immigrants y étant envoyés et ensuite mis à l’écart, il s’y est formé un micro écosystème qui empêche quiconque de l’extérieur, policiers, ambulanciers et pompiers inclus, d’entrer dans les cités. Étant ainsi isolés, les conditions de vie, depuis l’époque de M.Guibert, se sont nettement dégradées tant au niveau du logement qu’au niveau de l’emploi que la qualité de vie en général.

L’un des défis de la ville de Marseille est donc, selon Jonathan Guibert, de rendre la ville plus sécuritaire et de permettre à tous de vivre avec un sentiment de sécurité. Cependant, toujours selon M. Guibert, ce défi est si grand que bien qu’on y pense et qu’on le souhaite, il est fort probable que cela ne reste qu’utopique.

Justine Morasse                                                                                                                     Andrée-Anne Roy                                                                                                             Catherine Montpetit                                                                                                         Catherine Maertens

Concepts théoriques : de l’étranger jusqu’à l’intégration de l’immigrant

     Historiquement définie par sa position géographique et son port, Marseille est le carrefour entre l’Europe et le reste de la Méditerranée, ce qui explique son attrait migratoire. Puis, il va sans dire que l’immigration influence et contribue à modeler un territoire, et ce particulièrement lorsqu’elle s’effectue sur des longues périodes de temps. Ainsi, afin de comprendre les impacts et les différents enjeux de cette migration humaine, la question
«comment est-ce que l’immigration façonne la société marseillaise?» s’impose. Afin d’y répondre, il nous faut d’abord situer certains concepts théoriques pour comprendre le cheminement de l’étranger jusqu’à son intégration en tant qu’immigrant.

Notion d’Étranger et d’Immigrant

     Il est important de différencier ces deux notions puisque chacune affecte le statut de l’individu qui essaie de s’inscrire dans une société par l’immigration. D’après l’INSÉE (Institut National de la Statistique et des Études économiques, qui produit des statistiques officielles en France), la différence fondamentale entre les deux notions est notable puisqu’un n’implique pas nécessairement l’autre :

Un Immigré est toute « personne née étrangère à l’étranger et résidant en France », tandis qu’un Étranger est « une personne qui réside en France et ne possède pas la nationalité française, soit qu’elle possède une autre nationalité […], soit qu’elle n’en ait aucune ».

Réticences et préjugés envers l’Étranger– L’Opinion publique                     Nous parvenons donc au point de départ où l’Étranger se confronte à la population déjà établie. L’Étranger en soi génère des réticences. Il constitue l’image effrayante d’une « invasion » et la « peur de la perte identitaire » (RESCH, 2001). Ainsi, l’incertitude et la peur face à l’Étranger lui donnent, avant tout, une connotation péjorative [plus ou moins consciente]. L’immigrant se trouve donc initialement dans un environnement méfiant et défavorable à son intégration.

     C’est cette idée d’une confrontation à l’inconnu qui vient perturber l’opinion publique, qui constitue l’ensemble des idées ou convictions qui passent comme communes à un groupe social (DERET, 2014). Cette représentation sociale qui est faite des immigrants chez les Marseillais français résulte donc d’un mélange « de perception, d’opinion et d’imaginaire » (Ministère de la Culture et de la Communication français, 2008). Puis, à travers l’actualité et les médias, la pensée populaire est reflétée, en même temps d’en être influencée. C’est ainsi que l’opinion publique fonctionne comme moteur qui vient confronter et influencer les politiques, et donc à la longue, forger Marseille.

Pour illustrer cela, prenons l’exemple de la réputation de Marseille. Internationalement, elle est reconnue comme une ville d’immigration, mais aussi souvent perçue comme une ville de violence : bien souvent, elle a fait la une des journaux pour des histoires de délinquance, de trafic de stupéfiants, de corruption, de meurtres… C’est donc sans trop s’étonner que les discours de certaines politiques (d’extrême droite notamment) ont tracé l’immigration comme un synonyme de délinquance.

INCONNU. «convention présidentielle front national, lille, 25 février – 15 », 25 février 2007, [photographie], dans Flickr, [En ligne], https://www.flickr.com/photos/politiqueaunord/402110367/in/photostream/ (page consultée le 6 mai 2015)
INCONNU. «convention présidentielle front national, lille, 25 février – 15 », 25 février 2007, [photographie], dans Flickr, [En ligne], https://www.flickr.com/photos/politiqueaunord/402110367/in/photostream/ (page consultée le 6 mai 2015)

 Plusieurs politiciens en ont fait la promotion, tel que Marine Le Pen (présidente du Front national) et Claude Guérant (ministre de l’Intérieur et partisan de l’Union pour un mouvement populaire); c’est donc ces préjugés qui ont servi à des politiques discriminatoires racistes, comme la préférence nationale pour les allocations familiales ou l’initiative pour créer un ministère de l’identité nationale, que dénonce Christiane Taubira, l’actuelle ministre de la justice française, dans un article du Mediapart (TAUBIRA, 2013).

  Ainsi, c’est à partir de cet environnement renfermé, et alimenté par les événements du quotidien, que les « Marseillais de souche » ont développé une réticence à l’immigration et une volonté à la restreindre au minimum. Cette réalité est particulièrement observable à travers les médias et socialement où toutes sorte de préjugés discriminatoires aux migrants se font entendre tel que :
« Restez donc chez vous », « Vous ne faites que voler nos emplois »,
« Vous n’imposerez pas vos modes de vie ici », « Vous contribuez à la dégradation de nos conditions de vie », etc. (RESCH, 2001).

http://www.urtikan.net/n-42/musulman-d-apparence/

Problématiques sociales que cela génère

     L’impact majeur de ces opinions discriminatoires est la stigmatisation des immigrants Maghrébins, qui subissent un marquage social, tels que l’étiquetage et l’ostracisme, ce qui finalement contribue à leur mise à l’écart (LAFERTÉ, 2013). Qu’ils soient visibles (la couleur de peau des Africains, la race ou la nationalité) ou non visibles (la religion), les stigmates relevés des traits distinctifs servent à différencier et inférioriser les individus qui s’y conforment jusqu’à les discréditer, et mener à leur infériorisation sociale (REA, 2008). Bref, lorsque l’opinion publique se laisse entraîner par des préjugés, elle écarte les véritables causes des problèmes sociaux, afin de rendre les immigrés maghrébins victimes ou responsables de leur sort (TAUBIRA, 2013).

L’intégration de l’immigrant

Ayant passé le stade d’Étranger, l’Immigré s’inscrit alors dans le long processus à suivre pour s’insérer dans la société, aussi appelé l’intégration. En effet, Yannick Resch, professeur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, nous explique parfaitement ce qu’est l’intégration:

« Être intégré, c’est participer totalement à la vie d’une société, c’est en être tout à fait membre. C’est aussi être reconnu par les autres membres de la communauté nationale comme faisant partie, en cette même qualité, de celle-ci. C’est enfin la possibilité d’accéder aux divers services, prestations et moyens que cette société met à la disposition de chacun de ses membres. » (RESCH, 2001)

PS, Tania. « Símbol de França », 16 mars 2009, [image], dans Wikipédia, [En ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Logo_de_la_Republique_francaise.png (page consultée le 6 mai 2015)
PS, Tania. « Símbol de França », 16 mars 2009, [image], dans Wikipédia, [En ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Logo_de_la_Republique_francaise.png (page consultée le 6 mai 2015)

    Puis, la première étape pour atteindre l’intégration est l’acquisition de la nationalité française par la citoyenneté, où l’Étranger se joint à la population nationale. C’est à ce point que la question devient politique, car c’est l’État [la France] qui gère le droit au contrôle de l’identité, ainsi que le droit de vivre sur un territoire. C’est donc au nom de cette abstraction souveraine que les gouvernements administrent les politiques d’immigration, en faisant recours au juridique (BENOIT, 2014).

signé Andrée-Anne Roy

Pour la suite: La vie ensemble, en pratique


MÉDIAGRAPHIE

Article périodique en ligne 

TALEB, Sara. « »Marseille Story, une histoire de la violence », un documentaire pour comprendre pourquoi la cité phocéenne défraie la chronique », Le HuffPost, mars 2013, [En ligne], http://www.huffingtonpost.fr/2013/03/04/marseille-story-une-histoire-violence-documentaire_n_2805981.html (page consultée le 18 mars 2015)

TAUBIRA, Christiane. « Les préjugés racistes sont plus forts que le droit », Mediapart, novembre 2013, [En ligne], http://blogs.mediapart.fr/edition/les-batailles-de-legalite/article/191113/les-prejuges-racistes-sont-plus-forts-que-le-droit (page consultée le 21 mars 2015)

Document accessible par Internet

MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION. Les mémoires de l’immigration à Marseille : lieux, récits, projets, Marseille, Transvers cite, 2008, 94 p. [En ligne], http://www.culture.gouv.fr/mpe/recherche/pdf/R_492.pdf (page consultée le 20 mars 2015)

MINISTÈRE INTÉRIEUR. Le projet de loi relatif au droit des étrangers, [En ligne], 2014, http://www.immigration.interieur.gouv.fr/Immigration/Le-projet-de-loi-relatif-au-droit-des-etrangers (page consultée le 26 février 2015)

Livre

REA, Andrea et TRIPIER, Maryse. Sociologie de l’immigration, Paris, La Découverte, 2008, 118 pages (Collection repères)

Livre électronique accessible par une base de données

Yannick, RESCH. Définir l’intégration? Perspectives nationales et représentations symboliques, [En ligne], Montréal, XYZ éditeur, 2001, 157 pages, dans ebrary (page consultée le 19 février 2015)

Site Internet

INSEE, Définitions et méthodes : Définitions- Immigré, [En ligne], http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/immigre.htm (page consultée le 20 mars 2015)

INSEE, Définitions et méthodes : Définitions- Étranger, [En ligne], http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/etranger.htm (page consultée le 20 mars 2015)

MINISTÈRE INTÉRIEUR. Le projet de loi relatif au droit des étrangers, [En ligne], 2014, http://www.immigration.interieur.gouv.fr/Immigration/Le-projet-de-loi-relatif-au-droit-des-etrangers (page consultée le 26 février 2015)

Images

FRONT NATIONAL. «Affiche éditée par le Front national », années 1980, [Affiche], sur © Bibliothèque de documentation internationale contemporaine – MHC, [En ligne], http://www.histoire-immigration.fr/musee/collections/affiche-editee-par-le-front-national-annees-1980 (page consultée le 25 avril 2015)

HORVAT, B. « Le ministre de l’Intérieur Claude Guéant le 28 novembre 2011 à Marseille », 2011, [photographie], dans l’OBS, [En ligne], http://leplus.nouvelobs.com/contribution/218582-claude-gueant-vs-marine-le-pen-l-ump-a-droite-toute.html (page consultée le 18 mars 2015)

JOCARD, Alain. « 21 mars 2012 à Tours d’un document donné au citoyens français naturalisés », 2012, [photographie], sur L’Express, [En ligne], http://www.lexpress.fr/actualite/societe/une-majorite-de-francais-pour-la-modification-du-droit-du-sol_1294422.html (page consultée le 25 avril 2015)

LIEU SONG, Benh. «Marseille Old Port and Notre Dame de la Garde », 2011, [photographie], dans WIKIPÉDIA, [En ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Marseille_Old_Port_and_Notre_Dame_de_la_Garde.jpg (page consultée le 25 avril 2015)

SOULCIÉ, Thibault et FAUJOUR, Loïc. « Une campagne toute en nuance », « Festival de racisme ordinaire », « Psychose », « DCRI » et «Mohamed Merah profession carrossier », [caricatures], dans Urtikan, numéro 42, 28 mars 2012, [En ligne], http://www.urtikan.net/n-42/musulman-d-apparence/ (page consultée le 18 mars 2015)

Notes de cours personnelles

DERET, Anne. Définition de l’Opinion publique, Notes de cours, Opinion publique et groupes de pression, 2014

LAFERTÉ, Nathalie. Définition de Stigmatisation, Notes de cours, L’individu au cœur du social, 2013

BENOIT, Sylvain. Définition État, Notes de cours, Défis politiques, 2014

La vie ensemble, en pratique

     Maintenant que certains concepts théoriques sont établis et que nous avons observé brièvement le cheminement de l’étranger jusqu’à son intégration en tant qu’immigrant, nous parvenons à la réalité pratique et appliquée à Marseille; c’est elle qui nous montre concrètement comment l’immigration vient façonner cette société.

Intégration et pluralisme

     En elle-même, Marseille se définit tant géographiquement qu’historiquement comme une ville cosmopolite.

AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE. « Atlas urbain de Marseille- Géographie physique », 2015, [carte géographique], sur l’AGAM, [En ligne], http://www.agam.org/index.php?id=312 (page consultée le 26 avril 2015)
AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE. « Atlas urbain de Marseille- Géographie physique », 2015, [carte géographique], sur l’AGAM, [En ligne], http://www.agam.org/index.php?id=312 (page consultée le 26 avril 2015)

En effet, encerclée par les calanques et faisant face à la mer, la localisation géographique de Marseille fait de cette ville un espace d’intersection entre l’Europe et la Méditerranée, en plus de s’être établie comme ville portuaire [elle est actuellement le premier port français et deuxième port méditerranéen (MOUVEMENT MÉTROPOLE, 2011)]; Marseille est donc naturellement un lieu d’échanges où les différentes nations s’y rencontrent pour partager leurs biens, leurs idées, et leurs manières d’être. Puis, au fil du temps, Marseille s’est constituée un cosmopolitisme résultant de vagues d’immigration successives, dont quatre grandes ces cent dernières années :

  1. D’abord (fin 19ème – début 20ème s.) vint une immigration latine particulièrement italienne poussée par l’industrialisation de la ville et son économie florissante;
  2. puis (entre 1918-1939) Marseille devint aussi une ville refuge pour les exilés notamment ceux fuyant le fascisme, le génocide arménien ou des réfugiés d’Europe de l’Est;
  3. ensuite (en 1960 et pendant l’époque des Trente Glorieuses) on observe une décolonisation de la ville ainsi que l’industrialisation du pays;
  4. finalement (depuis 1980 jusqu’à aujourd’hui), on observe une vague d’immigration majoritairement maghrébine et africaine résultant de l’indépendance de ces pays et du climat révolutionnaire du printemps arabe…
    (AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE, 2015).

C’est n’est donc pas une surprise lorsqu’on apprend que Marseille compte 13% d’immigrés sur toute sa population, ainsi que 8% d’étrangers ayant une nationalité différente (INSÉE, 2011).

Profil de Marseillais

     Nous nous demandons alors qui sont ces Marseillais, mais surtout « en quoi consiste population marseillaise? ». Pour y répondre, l’AGAM (l’Agence d’urbanisme de l’Agglomération Marseillaise) nous en fait l’explication en catégorisant les Marseillais d’après quatre profils type:

  • le premier profil (et le plus grand avec environ 425 000 personnes, soit près de la moitié de la population de Marseille) est les « Marseillais de souche » qui comprend tout individu né à Marseille avec la nationalité française à sa naissance[1],
  • puis le deuxième profil regroupe les Marseillais de nationalité française qui sont nés
    « en France métropolitaine »
    (le quart de la population avec un peu plus de 210 000 personnes)[2].
  • Puis, le troisième profil comprend les Français nés à l’étranger, soit surtout les rapatriés (environ 10 % de la population, soit 85 000 pers),
  • et le dernier profil est tous les Marseillais d’origine étrangère qui sont identifiable statistiquement (environ 15 % de la population, soit un peu moins de 130 000 pers).
    (AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE, 2015)

AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE. Qui sont les Marseillais ? Radioscopie des habitants, [En ligne], janvier 2015, http://www.agam.org/fr/publications/regards-de-lagam/regards-de-lagam-n28.html (page consultée le 18 mars 2015)
AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE. Qui sont les Marseillais ? Radioscopie des habitants, [En ligne], janvier 2015, http://www.agam.org/fr/publications/regards-de-lagam/regards-de-lagam-n28.html (page consultée le 18 mars 2015)
Le cosmopolitisme- La notion d’identité (ou des identités) des Marseillais

     C’est pourquoi, en résultat de son interaction avec le monde méditerranéen et des grandes vagues d’immigration qui se sont greffées à la population au fil des décennies, la ville de Marseille recèle d’identités qui, chacune, contribuent à la dynamique de cette population.

PLANTU. « Entre deux chaises », 1985, [caricature], sur © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, [En ligne], http://www.histoire-immigration.fr/musee/collections/plantu-entre-deux-chaises-1985 (page consultée le 25 avril 2015)
PLANTU. « Entre deux chaises », 1985, [caricature], sur © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, [En ligne], http://www.histoire-immigration.fr/musee/collections/plantu-entre-deux-chaises-1985 (page consultée le 25 avril 2015)

     On peut voir que le fondement de la construction identitaire de la ville de Marseille apparaît au travers de son cosmopolitisme, soit le mélange de « populations de différentes origines géographiques et ethniques » (GASTAUT, 2003) avec « la capacité [de la ville] à savoir faire vivre et fonctionner ensemble des acteurs qui ne sont pas « du même monde » » (ESCALLIER, 2003); il est alors question d’inventer une société qui combine citoyenneté et multiculturalisme, la République et la préservation des codes sociaux des différentes ethnies (ESCALLIER, 2003).

     Ainsi, Marseille s’est construite en interaction avec les identités de ses migrants, et leur acculturation au pays d’accueil et son modèle d’intégration dit « Républicain », mais aussi dans un sentiment d’appartenance au monde de la Méditerranée. Effectivement, cette identité méditerranéenne repose sur « la mémoire, le port et le cosmopolitisme » (AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOBÉRATION MARSEILLAISE, 2015) et elle surpasse,  aux yeux des Marseillais la définition de Marseille comme « une ville européenne ou une capitale régionale » (Idem).

Exemples de l’intégration au quotidien

      Ainsi, Marseille s’est forgé l’image d’une ville d’immigration pluraliste, multiculturelle et cosmopolite, enrichie par le brassage des populations. Cependant, la problématique du racisme est demeurée bien réelle, particulièrement dans les années 1970. Pour briser cette image, la première initiative populaire fut Marseille fraternité, en 1987, où 120 associations et 25 000 personnes ont été manifester dans les rues de la ville leur fraternité (GASTAUT, 2003).

     Puis, on a cherché à tisser un lien entre Marseille et le monde de la méditerranée grâce à des partenariats euro-méditerranéens. Le premier, le processus de Barcelone, en 1995, est poursuivi actuellement par le projet d’Euroméditerranée. Ce dernier a pour but principal de faire de Marseille une Métropole économique, et de se défaire de l’image négative de « ville rongée par [les] crises sociales, politiques et économiques – et en proie à des problèmes liés à la corruption et à l’intégration des « populations issues de l’immigration » » (BULLEN, 2012). Toutefois, derrière la vision optimiste des discours officiels pour des projets de reconstruction de la ville, on observe une polémique au sein de la population marseillaise (CRÉZÉ, 2013).


Signé Andrée-Anne Roy


[1] N.B. Il faut noter que cela inclus aussi les personnes ayant des parents d’origine étrangère, mais qui ne sont pas identifiables statistiquement.

[2] Cela comprend les « Provençaux », puis les « Marseillais de longue date » et les « néo-Marseillais» (qui ont la nationalité française, mais qui sont nés hors de la région marseillaise et installés là depuis un minimum de 5 ans –ou moins dans le cas des néo-Marseillais).


 

MÉDIAGRAPHIE

Article tiré d’une base de données

BULLEN, Claire. « Marseille, ville méditerranéenne? », Rives Méditerranéennes, volume 2, 2012, numéro 42, pages 157-171, dans Cairn.info (page consultée le 26 avril 2015)

ESCALLIER, Robert. « Le cosmopolitisme méditerranéen : Réflexions et interrogations », Cahiers de la Méditerranée, volume 67, 2003, pages 1-13, dans OpenEdition (page consultée le 24 avril 2015)

GASTAUT, Yvan. « Marseille cosmopolite après les décolonisations : un enjeu identitaire », Cahiers de la Méditerranée, volume 67, 2003, pages 269-285, dans OpenEdition (page consultée le 24 avril 2015)

Article d’un périodique électronique en ligne

CRÉZÉ, Elodie. « Marseille, capitale de la rupture en documentaire », dans MARSACTU, mars 2013, [En ligne], http://www.marsactu.fr/culture-2013/marseille-capitale-de-la-rupture-en-documentaire-30592.html (page consultée le 24 avril 2015)

Document audiovisuel

LA RABIA DEL PUEBLO. Marseille, capitale de la rupture, Marseille, 2013, 20 :13 min, couleur, documentaire, [En ligne], https://youtu.be/CEg1jMeTIjQ (page consultée le 25 avril 2015)

Site Internet

INSÉE. « STATISTIQUE COMMUNE DE MARSEILLE (INSEE 2012) – Population par sexe, âge et nationalité », données de 2011, [En ligne], http://www.insee.fr/fr/themes/tableau_local.asp?ref_id=NAT1&millesime=2011&niveau=1&typgeo=COM&codgeo=13055 (page consultée le 25 avril 2015)

INSÉE. « STATISTIQUE COMMUNE DE MARSEILLE (INSEE 2012) – Population par sexe, âge et situation quant à l’immigration », données de 2011, [En ligne], http://www.insee.fr/fr/themes/tableau_local.asp?ref_id=IMG1A&millesime=2011&niveau=1&typgeo=COM&codgeo=13055 (page consultée le 25 avril 2015)

MOUVEMENT MÉTROPOLE (Mission interministérielle pour le projet métropolitain Aix-Marseille-Provence). Carte d’identité, [En ligne], http://www.mouvement-metropole.fr/aujourdhui/carte-d-identite/item/nos_liens-3.sls (page consultée le 19 mars 2015)

Document accessible par Internet

AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE. Qui sont les Marseillais ? Radioscopie des habitants, [En ligne], janvier 2015, http://www.agam.org/fr/publications/regards-de-lagam/regards-de-lagam-n28.html (page consultée le 18 mars 2015)

Images

AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE. « Atlas urbain de Marseille- Géographie physique », 2015, [carte géographique], sur l’AGAM, [En ligne], http://www.agam.org/index.php?id=312 (page consultée le 26 avril 2015)

LOPEZ, E et TEMIME, E. «Les vagues d’immigration à Marseille de la fin du XIXe siècle aux années 2000 », 1990-1991, [carte géographique], dans Migrance. Histoire des migrations à Marseille, Edisud, Aix-en-Provence, [En ligne], http://lelivrescolaire.fr/4258/2_Marseille_terre_d_immigration_au_XXe_siecle.html#Document=17063 (page consultée le 26 avril 2015)

PLANTU. « Entre deux chaises », 1985, [caricature], sur © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, [En ligne], http://www.histoire-immigration.fr/musee/collections/plantu-entre-deux-chaises-1985 (page consultée le 25 avril 2015)