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Éditorial d’équipe- L’immigration humaine à Marseille

La problématique de l’immigration humaine, d’après l’exemple de Marseille

L’immigration internationale est un phénomène historique, toutefois très actuel affectant les nations en les confrontant les unes aux autres, dans le défi de l’intégration. L’immigration est devenue une réalité nécessaire pour combler la dénatalité, pour renouveler la population active et pour combler le manque de main-d’œuvre. Elle est présente partout à travers le monde, mais surtout en France accueillant une forte migration maghrébine. C’est dans la ville de Marseille qu’on le remarque particulièrement, une métropole qui est devenue, grâce à sa situation géographique, l’une des principales portes d’entrée vers l’Europe.

Avec une communauté urbaine de près de 1,72 million d’habitants[1], cette ville méditerranéenne est l’une des plus grandes villes de France. Bien qu’il s’agisse d’une ville française, sa proximité avec la côte africaine en fait une cité où de multiples ethnies se côtoient chaque jour et où la religion musulmane est pratiquée par près de 40 % de la population.[2] Dans le cadre du cours de démarche d’intégration des acquis en sciences humaines, nous avons donc décidé de nous attarder à la situation particulière de cette ville multiculturelle.

 Nous nous sentons interpellés par les enjeux concernant l’immigration à Marseille étant donné qu’ils s’apparentent à la situation mondiale des migrations internationales. Effectivement, à Marseille, nous observons une société laïque où l’immigration est une réalité historique. C’est un lieu d’échanges, mais aussi de confrontations entre les arrivants et la population déjà établie. Aussi, les différentes nations cherchent à définir leur identité dans ce contexte mixte, le tout en gérant les tensions résultantes. Bref, l’étude de la ville de Marseille nous permettra de voir et comprendre les différents enjeux s’il y a une différence marquante entre la situation actuelle d’un premier pays qui historiquement se caractérise comme fondateur et colonisateur, et d’un second qui fondamentalement s’est fondé par sa colonisation et par le mélange de cultures.

Ainsi, dans ce travail de recherche, nous étudierons plus précisément l’impact de ce flux migratoire sur la ville en quatre plans. Tout d’abord, nous dresserons un portrait complet de la situation du côté marocain et français en mettant en valeur les principales caractéristiques des deux réalités. En abordant les motivations de départ des Marocains, cela nous permet de décrire concrètement la situation actuelle de la France et surtout de Marseille en matière d’intégration des immigrants. On est donc en mesure d’exposer le contexte historique, politique et idéologique qui a amené à créer la société actuelle. Pour ce faire il fallait à tout prix se concentrer sur une communauté particulière de l’immigration maghrébine et nous avons choisi le Maroc étant historiquement le pays fournissant le nombre le plus important d’immigrés à Marseille et en France en général. Nous poursuivrons avec l’étude de l’impact qu’a cette migration massive vers le nord sur la société marseillaise puis nous ferons l’étude de cet impact à plus petite échelle sur un seul individu. Finalement, nous étudierons la situation particulière des étrangers en situation irrégulière qui sont une source de conflit et de problème sur le territoire français.

Ainsi, le thème spécifique de ce travail sera la problématique de l’immigration humaine, selon l’exemple précis de Marseille. L’objectif de recherche sera alors de comprendre les différents enjeux (et leur impact) de l’immigration sur un territoire choisi, ici Marseille.

« Les peuples d’Europe, tout en restant fiers de leur identité et de leur histoire nationale, sont résolus à dépasser leurs anciennes divisions et, unis d’une manière sans cesse plus étroite, à forger leur destin commun. » [3]

Signature commune: Andrée-Anne Roy, Catherine Maertens, Justine Morasse et Catherine Montpetit


  1. L’immigration entre France et Maroc, par Catherine Maertens
  2. La société marseillaise, un théâtre de l’immigration, par Andrée-Anne Roy
  3. L’invididu dans l’immigration à Marseille, par Catherine Montpetit
  4. Les Sans-papier, une réalité marseillaise, par Justine Morasse

Notes de bas de page

[1] Christopher, DICKEY. « Marseille’s Melting Pot », National Geographic Magazine, 2012, [En ligne], http://ngm.nationalgeographic.com/marseille/dickey-text (page consultée le 20 février 2015)

[2] BOKBOT, Moha et Ali FALEH, Un siècle d’émigration marocaine vers la      france: aperçu historique, [En ligne], 2010http://digitum.um.es/xmlui/bitstream/10201/14661/1/06-Moha%2055-64.pdf, (page consultée le 19 février 2015)

[3] CRÉPEAU, Fançois, NAKACHE, Delphine, ATAK, Idil, et ass. Les migrations internationales contemporaines- une dynamique complexe au cœur de la globalisation, Montréal, Les presses de l’Université de Montréal, 2009, p.120


  • Entrevue avec Jonathan Guibert, Français natif de Marseille, le 27 mars 2015
    [Insérer lien vidéo de l’entrevue]
    Analyse:

 

 

RETOUR SUR L’ENTREVUE

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« Jonathan Guibert », 2015, [3ad7da4.jpg], sur le site LinkedIn, [En ligne] http://in.linkedin.com/pub/jonathan-guibert/40/18/5a1 (consulté le 28 avril 2015)

« [O]n a vécu mes amis migrants et moi, […] dans un contexte assez modeste mais cela dit ça, on s’en sortait pareille.» (GUIBERT, 2015) : Jonathan Guibert, natif de Marseille, a vécu toute sa jeunesse dans cette ville portuaire au sud de la France et grâce à une entrevue réalisée à la fin du mois de mars nous avons pu en apprendre plus sur la réalité de cette société bien différente du nord du pays.

Ayant grandi dans les quartiers populaires de la ville, M. Guibert a toujours été en contact avec les populations immigrantes puisqu’ils y vivaient ensemble. Bien qu’il ait grandi dans un contexte modeste dans des arrondissements au nord de la ville, le directeur de compte d’architecture, d’ingénierie et de construction interne et des projets spéciaux chez Cansel garde tout de même de très beaux souvenirs de sa ville natale. Entre autre, il décrit la ville comme étant une société vivante axée sur les interactions entre les individus et sur la culture en plus d’ajouter qu’il s’agit d’une ville beaucoup plus détendue que Paris par exemple situé plus au nord de la France.

Étant habitué à vivre dans un milieu aussi diversifié, M. Guibert explique qu’à son époque (début des années 90), les différents groupes ethniques s’entendaient bien malgré quelques conflits qui n’avaient aucun lien avec l’origine ethnique. Le principe de la France laïque était beaucoup plus appliqué qu’à l’heure actuelle.

De nos jours, contrairement à l’époque de sa jeunesse, le directeur chez Cansel se désole du clivage entre les religions qui s’est créé depuis les années 90. La société est donc prise entre deux feux soit, le clan pour l’intégration des immigrants contre ceux qui désirent imposer leur culture. Une séparation a donc été faite entre les immigrants et la population française qui, pour la plupart, ont une mentalité plutôt xénophobe.

Ce problème en crée bien d’autres puisqu’avec le changement de mentalité, M. Guibert a vu apparaître plusieurs préjugés « bêtes et méchants comme les États-Unis c’est-à-dire que le musulman est forcément un terroriste » (GUIBERT, 2015). De plus, il ajoute que les immigrants sont souvent associés à la « racaille », c’est-à-dire à la délinquance.

Ces préjugés viennent selon lui de l’isolation des immigrants dans les cités, c’est-à-dire les banlieues des villes qui sont bien différentes de celle en Amérique du nord. Les banlieues étant des endroits plus défavorisés où vivent la plupart de la population immigrante, la délinquance et le décrochage scolaire y domine ce qui explique de tels préjugés.

À Marseille, ces cités sont situées au nord de la ville et ils sont considérés comme les pires quartiers de France avec une zone de sécurité de niveau 1 (le niveau le plus dangereux attribuable). Les immigrants y étant envoyés et ensuite mis à l’écart, il s’y est formé un micro écosystème qui empêche quiconque de l’extérieur, policiers, ambulanciers et pompiers inclus, d’entrer dans les cités. Étant ainsi isolés, les conditions de vie, depuis l’époque de M.Guibert, se sont nettement dégradées tant au niveau du logement qu’au niveau de l’emploi que la qualité de vie en général.

L’un des défis de la ville de Marseille est donc, selon Jonathan Guibert, de rendre la ville plus sécuritaire et de permettre à tous de vivre avec un sentiment de sécurité. Cependant, toujours selon M. Guibert, ce défi est si grand que bien qu’on y pense et qu’on le souhaite, il est fort probable que cela ne reste qu’utopique.

Justine Morasse                                                                                                                     Andrée-Anne Roy                                                                                                             Catherine Montpetit                                                                                                         Catherine Maertens

Portrait de la France et du Maroc

Portrait de la France:

            L’immigration est une composante incontournable de la France contemporaine. En plus d’avoir la plus grande superficie des pays de l’UE, la France est aussi le deuxième pays le plus peuplé avec plus de 66 millions d’habitants. Parmi sa population, on dénombre, en 2010 selon la définition des Nations unies,  7,2 millions d’immigrants, ce qui représente 11, 1% de sa population totale. Notez que 30% de l’immigration en France proviendrait du Maghreb. Cette présence nord-africaine marquée est aussi illustrée par le fait que sur 12 000 000 musulmans d’origine immigrée sur le continent européen, on en retrouverait plus de 4 000 000 dans la République française. Cela place ainsi la France comme le pays européen accueillant le plus grand nombre d’immigrants maghrébins. Ces derniers se rassemblent majoritairement dans le sud de la France et en particulier dans la ville de Marseille: la porte d’entrée du continent européen. (Leboucher, 2015)

Renouvellement naturel de la population insuffisant

            Comme beaucoup de pays occidentaux, la France peine à renouveler naturellement sa population. Avec un taux de fécondité se situant à 1,99 en 2014, la population vieillit au fil des années. À partir de 2015, l’évolution démographique en France et dans l’ensemble de l’Union européenne sera négative. La population française a seulement augmenté de 0,42 % (280 000 personnes) dans la dernière année, ce qui constitue la croissance la moins importante depuis l’année 2000.  L’immigration ne peut contrer à elle seule le vieillissement de la population, mais reste la solution la plus efficace pour combler le déficit de naissance. (Leboucher, 2015)

Ralentissement économique causé par une baisse de population

            Cette décroissance de la population entraîne une baisse de l’économie qui nécessite un marché du travail actif pour être en expansion. L’immigration est bénéfique, car elle a un impact sur la population active. Ainsi, «sans immigration, la France comptera près de 3 millions d’actifs en moins en 2050» (Agnes et Chojnicki, 2015). Plusieurs études, dont celle de l’économiste Xavier Chojnicki, concluent que l’immigration rapporte aux coffres de l’État.  En 2005,« la population immigrée avait produit plus de richesse qu’elle n’en avait consommée avec une contribution nette de 3,9 milliards d’euros » (Agnes et Chojnicki, 2015). Ainsi, l’immigration est un moteur de croissance économique.

Manque de main d’œuvre

            Puis, les immigrants ne «volent » pas les emplois des Français, bien au contraire. De nos jours, les Français sont de plus en plus éduqués, ce qui laisse une multitude d’emplois, nécessitant une main-d’œuvre moins qualifiée, vacants. Ainsi, les immigrants d’origine maghrébine particulièrement, permettent de combler les postes, notamment dans le domaine du service, de la manœuvre et de la construction. (Leboucher, 2015)

« 3 reconduites à la frontière annulées », 2011, sur Front National du Loir-et-Cher, [En ligne], http://fn41.unblog.fr/2011/05/17/immigration-encore-3-reconduites-a-la-frontiere-annulees-en-loir-et-cher/ (Page consultée le 26 février 2015)
« 3 reconduites à la frontière annulées », 2011, sur Front National du Loir-et-Cher, [En ligne], http://fn41.unblog.fr/2011/05/17/immigration-encore-3-reconduites-a-la-frontiere-annulees-en-loir-et-cher/ (Page consultée le 26 février 2015)

Portrait du Maroc   

Ce n’est pas seulement à Marseille qu’on trouve une communauté marocaine importante, mais bien dans l’ensemble de la France d’où l’importance de comprendre le penchant des Marocains pour la République française. Du point de vue historique, la France demeure depuis toujours la première terre d’accueil des Marocains.  En 2012, selon le rapport du ministère des MRE, 1 146 652 Marocains y ont élu domicile. (Maingre, 2015) Plusieurs raisons expliquent ce phénomène de migration.

Faits historiques:

            Il y a des faits historiques flagrants expliquant la migration marocaine constante depuis le début du 20e siècle vers la France. Rappelons-nous que les Français furent longtemps présents en Afrique du Nord pour gérer leurs colonies. Une transmission de la culture et particulièrement de la langue a eu lieu, expliquant qu’aujourd’hui, 32% de la population maîtrise le français. Durant la Première Guerre mondiale (1914-18), les autorités coloniales ont recruté des dizaines de milliers de soldats et 37 850 travailleurs coloniaux sur les sols marocains pour participer à l’effort de guerre. Cela entame un flux migratoire vers la France qui persista puisqu’après la Grande Guerre, la France souffrit d’un déficit démographique énorme se rapprochant des 3 millions et demi d’individus. L’immigration d’une main-d’œuvre étrangère fut donc encore une fois nécessaire pour reconstruire l’économie. La Seconde Guerre mondiale (1939-45) laisse place au même phénomène d’émigration « militaire » avec un minimum de 82000 Marocains enrôlés. Après 1963, l’immigration prit un rythme stable, mais croissant expliqué par la nouvelle politique officielle de la France qui signa des conventions encadrant l’immigration pour combler son besoin grandissant de main-d’œuvre. Bref, cette perspective historique de l’immigration marocaine dans la République française permet de conclure que ce sont les Français eux-mêmes qui ont provoqué ce flux migratoire et malgré leurs efforts ponctuels pour fermer les frontières, ils n’ont pas pu se débrouiller sans l’immigration maghrébine. (Bokbot et Faleh, 2015)

Recherche d’une stabilité financière

            Le Maroc est moins développé que la France bien sûr, mais aussi par rapport aux autres pays du Maghreb. Par exemple, le revenu national est très bas se situant autour de 4 050 $ en 2007. Le taux de décès infantiles autour de 40‰ est plus élevé au Maroc, signalant des conditions de vie précaires. Du côté de l’éducation, les Marocains sont moins scolarisés que les Algériennes et surtout les Tunisiennes. « Pour 10 femmes nées autour de 1980, 9 savent lire et écrire en Tunisie, 8 en Algérie, mais seulement 5,5au Maroc ». (Héran et Pison, 2015) Ainsi, il n’est pas étonnant que plusieurs Marocains cherchent à fuir leur pays de naissance pour aller là où les salaires sont plus élevés et donc là où leur avenir financier est plus sécurisant. (Héran et Pison, 2015)

L’attrait pour les avantages sociaux de la France

            Les avantages sociaux de la France attirent les immigrants marocains, dont 70 % sont âgé de moins de 45 ans. La France est un endroit de choix pour construire une vie considérant une meilleure prise en charge sociale que le Maroc et surtout une couverture médicale généreuse. Même si 17 % de cette communauté possède un baccalauréat, la majorité des immigrants marocains sont des ouvriers peu qualifiés. Ces derniers recherchent une certaine sécurité financière et surtout un pays où le salaire minimum est relativement élevé grâce aux pressions sociales importantes. (Maingre, 2015)

L’attrait pour l’Occident

            L’attraction pour l’Occident ne fait pas exception au Maroc, voulant réussir socialement, les Nord-Africains sont convaincus que c’est en vivant dans ces pays tant vantés par les médias qu’ils auront le plus de chances de s’accomplir. Aussi, les étudiants souhaitent également aller en France pour valider leur cursus scolaire qui sera bien entendu plus reconnu s’ils étudient en Europe qu’en Afrique. (Maingre, 2015)

Par Catherine Maertens

MÉDIAGRAPHIE

  1. Article périodique en ligne

AGNÈS, Laurent et Xavier CHOJNICKI, « Protection sociale et immigration: les chiffres contre les clichés » [en ligne], dans L’Express.fr,‎ 14 novembre 2012 (page consulté le 21 février 2015).

LEBOUCHER, Éric. « Les bienfaits de l’immigration », dans Slate FR, [En ligne], http://www.slate.fr/story/37345/immigration-bienfaits (page consultée le 22 février 2015)

MAINGRE, Priscilla. « Pourquoi choisissent-ils de quitter le Maroc? », dans Le Matin, [En ligne],  http://www.lematin.ma/journal/-/186394.html, (page           consultée le 22 février 2015)

2. Documents accessibles par Internet

BOKBOT, Moha et Ali FALEH, Un siècle d’émigration marocaine vers la France: aperçu historique, [En ligne], 2010, http://digitum.um.es/xmlui/bitstream/10201/14661/1/06-Moha%2055-        64.pdf, (page consultée le 19 février 2015)

HÉRAN, François et Gilles PISON, Maghreb, Maroc, Marrakech: Convergences démographiques, contrastes socio-économiques, [En ligne], 2009, http://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/19127/popetsoc_459.fr.pdf (page consultée le 19 février 2015)

L’IMMIGRATION EN FRANCE: PERSPECTIVE HISTORIQUE ET POLITIQUE

               Après avoir étudié les bénéfices de l’immigration en France, il difficile de concevoir pourquoi celle-ci est perçue comme un problème et parfois même comme un risque par les citoyens français. Malgré l’expérience sérieuse de la France en matière d’immigration, le pays se trouve confronté à des problèmes de gestion des flux migratoires et aussi d’intégration des immigrés. La ressource migratoire est une solution simple et logique au déficit démographique alarmant et au ralentissement économique du pays, toutefois les Français « se raidissent sur des crispations identitaires » (Ritaine, 2010). La position de la France dans un classement des pays européens selon leurs performances en matière de politique et d’intégration des immigrants parle d’elle même. La République française se trouve au 11e rang sur 28 pays: soit à peine dans la moyenne des performances. (Lacasse et Palard, 2010) On se demande alors pourquoi un pays, ayant une expertise ou du moins une habitude dans le domaine, se retrouve dans l’ère de la globalisation derrière ses compères. L’intégration à la française et, du coup, ses grandes idéologies semblent avoir échouées… Tentons de comprendre ces résultats à l’aide de la perspective politique, historique et sociologique.

 « National motto of France », sur le site Wikipédia, [En ligne], http://en.wikipedia.org/wiki/Libert%C3%A9,_%C3%A9galit%C3%A9,_fraternit%C3%A9#/media/File:Liberte-egalite-fraternite.png. (Page consultée le 28 avril 2015)
« National motto of France », sur le site Wikipédia, [En ligne], http://en.wikipedia.org/wiki/Libert%C3%A9,_%C3%A9galit%C3%A9,_fraternit%C3%A9#/media/File:Liberte-egalite-fraternite.png. (Page consultée le 28 avril 2015)

La politique d’immigration française

Définissons d’abord la politique d’immigration française, qui diverge considérablement de l’ensemble européen. Le mode d’intégration est fondé sur deux principes centraux: la citoyenneté et la laïcité. Cette philosophie considère que la meilleure façon d’intégrer un étranger à la société est de l’« abstraire de ses conditions sociales et culturelles d’origine» (Lacasse et Palard, 2010). Il ne faut pas confondre ce modèle idéologique avec un programme politique d’intégration, voire d’assimilation spécifique, c’est simplement un principe de la culture politique française qui s’appuie sur l’appartenance nationale et qui est applicable à l’ensemble des citoyens français. Cette recherche d’égalité peut être considérée comme une utopie politique puisqu’avec la citoyenneté française, vient un grand sacrifice humain caractérisé par une sorte « d’invisibilité citoyenne » (Lacasse et Palard, 2010).

La France: un pays d’immigration du travail

La France fut longtemps un pays d’immigration de travail, c’est-à-dire que l’entente migratoire était motivée par la condition de travailler au pays pour quelques semaines, mois ou années sans nécessairement s’établir définitivement. (Ritaine, 2010) Cette tendance s’est toutefois ralentie à partir de 1974, où une politique stricte de contrôle des flux fut établie. Cette date marque la fin des ouvriers spécialisés, mais ouvre la porte à une vague de revendication de nouveaux droits sociaux et syndicaux pour les immigrés. Le système social français est en période de crise, à la fin des années 60, tous les moyens pris par le gouvernement pour assurer une égalité des chances sont ébranlés: le système scolaire est en crise, causant, entre autres, un ralentissement important des possibilités d’ascension sociale et cela amène au recul notable de la protection sociale. Le cercle vicieux s’établit: la crise sociale produit des exclus, ce qui anime des tensions sociales entre nationaux et immigrés. Le tout est ainsi à l’origine de la montée de mouvements extrémistes de protestation comme des organisations d’extrême gauche, ou pire d’exclusion comme le Front National.

Répercussions de l’immigration à Marseille

À Marseille particulièrement, on assiste à un racisme généralisé qui est à l’origine, de mouvements de contestation. Plusieurs associations (comme la Fédération des associations de solidarité avec tous-te-s les immigré-e-s ou l’Association des travailleurs maghrébins de France) furent créées pour militer entre autres pour la reconnaissance des droits politiques des immigrés. La seconde génération issue de l’immigration maghrébine se retrouve victime de discrimination postcoloniale, leur frustration sociale laisse place à une mobilisation importante pour exiger la dignité et la liberté d’association. Cette dernière, seulement reconnue en 1981, est le droit « de constituer, d’adhérer et de refuser d’adhérer à une association » (Ritaine, 2010). De plus, le droit de vote persiste à être refusé aux étrangers, créant logiquement des rapports difficiles entre la culture musulmane et la société française. C’est la Marche des beurs de décembre 1983 qui est à l’apogée de la mobilisation sociale contre les discriminations liées à l’origine ethnique. Le quartier de la Cayolle à Marseille est témoin du meurtre raciste d’un enfant de treize ans: événement déclencheur du mouvement. 19 individus commencent donc une marche historique de Marseille à Paris, prêchant pour la valorisation de l’antiracisme, la citoyenneté de résidence, la carte de séjour de 10 ans, mais aussi le mélange de culture et l’identité plurielle. Bref, l’enjeu essentiel de cette période de l’histoire est de négocier socialement une politique d’appartenance collective comme Arabe et comme musulman dans la société française. Notez que la ville de Marseille joue un rôle central dans ce débat national considérant sa proximité géographique avec le Maghreb et, du coup, l’importance de sa communauté maghrébine. (Crépeau, 2009)

Un climat de tension généralisé

De 1984 à 1994, on assiste malheureusement au déclin du mouvement beur, qui donnait une image positive des jeunes musulmans, et à la montée d’attentats islamistes et par conséquent, du sentiment d’insécurité envers la culture musulmane. Cette décennie est marquée par autant d’avancées que de reculs sur le plan législatif en lien avec  l’intégration des musulmans. La communauté musulmane se nuit en fournissant aux médias une multitude d’images qui inquiète sérieusement l’opinion publique. Par exemple on voit dans les journaux des fidèles accroupis dans la rue, des salles de prières, l’apparition de marchés associés à l’islam avec des boucheries hallal, des syndicats religieux, des guerres de clans religieux, etc. Les Français blâment alors l’Islam comme cause principale de la difficulté des communautés maghrébines à s’intégrer dans la société. Méfiante, craintive et mal à l’aise, la population française confond plusieurs concepts comme l’islam, l’islamisme, l’intégrisme et le fondamentalisme. L’opinion publique est donc alimentée par des individus associant les stéréotypes négatifs face à l’Islam avec musulmans délinquants et clandestins.  Finalement, l’Europe empire le climat de tension en signant les accords de Schengen (1985) et de Dublin (1990) qui criminalisent le passage illégal des frontières et renforce encore une fois les contrôles. (Crépeau, 2009)

Interaction conflictuelle avec l’identité française

À partir de 1995, les communautés maghrébines sont en interactions constantes, mais conflictuelles avec l’identité française. Les nombreux attentats commis par de jeunes islamistes radicaux à Paris et à Lyon ont des répercussions à travers le pays. L’image des musulmans et des Arabes reste tachée par la branche radicale. Les problèmes sociaux chez les immigrés maghrébins persistent. Le chômage est expliqué par une discrimination à l’emploi, dans le logement, dans les affections scolaires et même dans le contact avec la police. L’actualité internationale nuit aussi à l’intégration des Maghrébins. Ces derniers sont associés aux attentats du 11 septembre et ils sont troublés par le conflit israélo-palestinien, par l’invasion de l’Iraq et aussi par l’intervention américaine en Afghanistan. Actuellement, les pouvoirs publics tentent encore d’apaiser les tensions en rétablissant l’ordre républicain. Entre autres, par la loi de 2004 sur l’interdiction du port d’éléments religieux ostentatoires à l’école. Bref, après plus de 50 ans sur le sol français, les populations maghrébines ne sont pas encore complètement intégrées à la société française. (Crépeau, 2009)

Réflexion ouverte

Après avoir pris connaissance des causes principales expliquant la situation critique de la France d’aujourd’hui en terme d’intégration des immigrants, on peut se demander si « la crise que traverse de nombreux pays développés n’est-elle pas avant tout une crise de leur identité politique, bien plus qu’une difficulté d’intégration migratoire, les immigrants n’étant alors que la présence révélée du monde dans nos sociétés?» (Ritaine, 2010).

Par Catherine Maertens

MÉDIAGRAPHIE

  1. Article périodique en ligne

AGNÈS, Laurent et Xavier CHOJNICKI, « Protection sociale et immigration: les chiffres contre les clichés » [en ligne], dans L’Express.fr,‎ 14 novembre 2012 (page consulté le 21 février 2015).

  1. Livres

CRÉPEAU, Fançois, NAKACHE, Delphine, ATAK, Idil, et ass. Les migrations internationales contemporaines- une dynamique complexe au cœur de la globalisation, Montréal, Les presses de l’Université de Montréal, 2009, 411 p.

LACASSE, Nicole et Jacques PALARD, Immigration et intégration au Québec et en France: enjeux de société et expériences territoriales, Québec, Les presses de l’Université Laval, 2010, 419 p.

RITAINE, Évelyne. Immigration et intégration au Québec et en France: enjeux de société et expériences territoriales, Québec, Les presses de l’Université Laval, 2010, p.22

Concepts théoriques : de l’étranger jusqu’à l’intégration de l’immigrant

     Historiquement définie par sa position géographique et son port, Marseille est le carrefour entre l’Europe et le reste de la Méditerranée, ce qui explique son attrait migratoire. Puis, il va sans dire que l’immigration influence et contribue à modeler un territoire, et ce particulièrement lorsqu’elle s’effectue sur des longues périodes de temps. Ainsi, afin de comprendre les impacts et les différents enjeux de cette migration humaine, la question
«comment est-ce que l’immigration façonne la société marseillaise?» s’impose. Afin d’y répondre, il nous faut d’abord situer certains concepts théoriques pour comprendre le cheminement de l’étranger jusqu’à son intégration en tant qu’immigrant.

Notion d’Étranger et d’Immigrant

     Il est important de différencier ces deux notions puisque chacune affecte le statut de l’individu qui essaie de s’inscrire dans une société par l’immigration. D’après l’INSÉE (Institut National de la Statistique et des Études économiques, qui produit des statistiques officielles en France), la différence fondamentale entre les deux notions est notable puisqu’un n’implique pas nécessairement l’autre :

Un Immigré est toute « personne née étrangère à l’étranger et résidant en France », tandis qu’un Étranger est « une personne qui réside en France et ne possède pas la nationalité française, soit qu’elle possède une autre nationalité […], soit qu’elle n’en ait aucune ».

Réticences et préjugés envers l’Étranger– L’Opinion publique                     Nous parvenons donc au point de départ où l’Étranger se confronte à la population déjà établie. L’Étranger en soi génère des réticences. Il constitue l’image effrayante d’une « invasion » et la « peur de la perte identitaire » (RESCH, 2001). Ainsi, l’incertitude et la peur face à l’Étranger lui donnent, avant tout, une connotation péjorative [plus ou moins consciente]. L’immigrant se trouve donc initialement dans un environnement méfiant et défavorable à son intégration.

     C’est cette idée d’une confrontation à l’inconnu qui vient perturber l’opinion publique, qui constitue l’ensemble des idées ou convictions qui passent comme communes à un groupe social (DERET, 2014). Cette représentation sociale qui est faite des immigrants chez les Marseillais français résulte donc d’un mélange « de perception, d’opinion et d’imaginaire » (Ministère de la Culture et de la Communication français, 2008). Puis, à travers l’actualité et les médias, la pensée populaire est reflétée, en même temps d’en être influencée. C’est ainsi que l’opinion publique fonctionne comme moteur qui vient confronter et influencer les politiques, et donc à la longue, forger Marseille.

Pour illustrer cela, prenons l’exemple de la réputation de Marseille. Internationalement, elle est reconnue comme une ville d’immigration, mais aussi souvent perçue comme une ville de violence : bien souvent, elle a fait la une des journaux pour des histoires de délinquance, de trafic de stupéfiants, de corruption, de meurtres… C’est donc sans trop s’étonner que les discours de certaines politiques (d’extrême droite notamment) ont tracé l’immigration comme un synonyme de délinquance.

INCONNU. «convention présidentielle front national, lille, 25 février – 15 », 25 février 2007, [photographie], dans Flickr, [En ligne], https://www.flickr.com/photos/politiqueaunord/402110367/in/photostream/ (page consultée le 6 mai 2015)
INCONNU. «convention présidentielle front national, lille, 25 février – 15 », 25 février 2007, [photographie], dans Flickr, [En ligne], https://www.flickr.com/photos/politiqueaunord/402110367/in/photostream/ (page consultée le 6 mai 2015)

 Plusieurs politiciens en ont fait la promotion, tel que Marine Le Pen (présidente du Front national) et Claude Guérant (ministre de l’Intérieur et partisan de l’Union pour un mouvement populaire); c’est donc ces préjugés qui ont servi à des politiques discriminatoires racistes, comme la préférence nationale pour les allocations familiales ou l’initiative pour créer un ministère de l’identité nationale, que dénonce Christiane Taubira, l’actuelle ministre de la justice française, dans un article du Mediapart (TAUBIRA, 2013).

  Ainsi, c’est à partir de cet environnement renfermé, et alimenté par les événements du quotidien, que les « Marseillais de souche » ont développé une réticence à l’immigration et une volonté à la restreindre au minimum. Cette réalité est particulièrement observable à travers les médias et socialement où toutes sorte de préjugés discriminatoires aux migrants se font entendre tel que :
« Restez donc chez vous », « Vous ne faites que voler nos emplois »,
« Vous n’imposerez pas vos modes de vie ici », « Vous contribuez à la dégradation de nos conditions de vie », etc. (RESCH, 2001).

http://www.urtikan.net/n-42/musulman-d-apparence/

Problématiques sociales que cela génère

     L’impact majeur de ces opinions discriminatoires est la stigmatisation des immigrants Maghrébins, qui subissent un marquage social, tels que l’étiquetage et l’ostracisme, ce qui finalement contribue à leur mise à l’écart (LAFERTÉ, 2013). Qu’ils soient visibles (la couleur de peau des Africains, la race ou la nationalité) ou non visibles (la religion), les stigmates relevés des traits distinctifs servent à différencier et inférioriser les individus qui s’y conforment jusqu’à les discréditer, et mener à leur infériorisation sociale (REA, 2008). Bref, lorsque l’opinion publique se laisse entraîner par des préjugés, elle écarte les véritables causes des problèmes sociaux, afin de rendre les immigrés maghrébins victimes ou responsables de leur sort (TAUBIRA, 2013).

L’intégration de l’immigrant

Ayant passé le stade d’Étranger, l’Immigré s’inscrit alors dans le long processus à suivre pour s’insérer dans la société, aussi appelé l’intégration. En effet, Yannick Resch, professeur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, nous explique parfaitement ce qu’est l’intégration:

« Être intégré, c’est participer totalement à la vie d’une société, c’est en être tout à fait membre. C’est aussi être reconnu par les autres membres de la communauté nationale comme faisant partie, en cette même qualité, de celle-ci. C’est enfin la possibilité d’accéder aux divers services, prestations et moyens que cette société met à la disposition de chacun de ses membres. » (RESCH, 2001)

PS, Tania. « Símbol de França », 16 mars 2009, [image], dans Wikipédia, [En ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Logo_de_la_Republique_francaise.png (page consultée le 6 mai 2015)
PS, Tania. « Símbol de França », 16 mars 2009, [image], dans Wikipédia, [En ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Logo_de_la_Republique_francaise.png (page consultée le 6 mai 2015)

    Puis, la première étape pour atteindre l’intégration est l’acquisition de la nationalité française par la citoyenneté, où l’Étranger se joint à la population nationale. C’est à ce point que la question devient politique, car c’est l’État [la France] qui gère le droit au contrôle de l’identité, ainsi que le droit de vivre sur un territoire. C’est donc au nom de cette abstraction souveraine que les gouvernements administrent les politiques d’immigration, en faisant recours au juridique (BENOIT, 2014).

signé Andrée-Anne Roy

Pour la suite: La vie ensemble, en pratique


MÉDIAGRAPHIE

Article périodique en ligne 

TALEB, Sara. « »Marseille Story, une histoire de la violence », un documentaire pour comprendre pourquoi la cité phocéenne défraie la chronique », Le HuffPost, mars 2013, [En ligne], http://www.huffingtonpost.fr/2013/03/04/marseille-story-une-histoire-violence-documentaire_n_2805981.html (page consultée le 18 mars 2015)

TAUBIRA, Christiane. « Les préjugés racistes sont plus forts que le droit », Mediapart, novembre 2013, [En ligne], http://blogs.mediapart.fr/edition/les-batailles-de-legalite/article/191113/les-prejuges-racistes-sont-plus-forts-que-le-droit (page consultée le 21 mars 2015)

Document accessible par Internet

MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION. Les mémoires de l’immigration à Marseille : lieux, récits, projets, Marseille, Transvers cite, 2008, 94 p. [En ligne], http://www.culture.gouv.fr/mpe/recherche/pdf/R_492.pdf (page consultée le 20 mars 2015)

MINISTÈRE INTÉRIEUR. Le projet de loi relatif au droit des étrangers, [En ligne], 2014, http://www.immigration.interieur.gouv.fr/Immigration/Le-projet-de-loi-relatif-au-droit-des-etrangers (page consultée le 26 février 2015)

Livre

REA, Andrea et TRIPIER, Maryse. Sociologie de l’immigration, Paris, La Découverte, 2008, 118 pages (Collection repères)

Livre électronique accessible par une base de données

Yannick, RESCH. Définir l’intégration? Perspectives nationales et représentations symboliques, [En ligne], Montréal, XYZ éditeur, 2001, 157 pages, dans ebrary (page consultée le 19 février 2015)

Site Internet

INSEE, Définitions et méthodes : Définitions- Immigré, [En ligne], http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/immigre.htm (page consultée le 20 mars 2015)

INSEE, Définitions et méthodes : Définitions- Étranger, [En ligne], http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/etranger.htm (page consultée le 20 mars 2015)

MINISTÈRE INTÉRIEUR. Le projet de loi relatif au droit des étrangers, [En ligne], 2014, http://www.immigration.interieur.gouv.fr/Immigration/Le-projet-de-loi-relatif-au-droit-des-etrangers (page consultée le 26 février 2015)

Images

FRONT NATIONAL. «Affiche éditée par le Front national », années 1980, [Affiche], sur © Bibliothèque de documentation internationale contemporaine – MHC, [En ligne], http://www.histoire-immigration.fr/musee/collections/affiche-editee-par-le-front-national-annees-1980 (page consultée le 25 avril 2015)

HORVAT, B. « Le ministre de l’Intérieur Claude Guéant le 28 novembre 2011 à Marseille », 2011, [photographie], dans l’OBS, [En ligne], http://leplus.nouvelobs.com/contribution/218582-claude-gueant-vs-marine-le-pen-l-ump-a-droite-toute.html (page consultée le 18 mars 2015)

JOCARD, Alain. « 21 mars 2012 à Tours d’un document donné au citoyens français naturalisés », 2012, [photographie], sur L’Express, [En ligne], http://www.lexpress.fr/actualite/societe/une-majorite-de-francais-pour-la-modification-du-droit-du-sol_1294422.html (page consultée le 25 avril 2015)

LIEU SONG, Benh. «Marseille Old Port and Notre Dame de la Garde », 2011, [photographie], dans WIKIPÉDIA, [En ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Marseille_Old_Port_and_Notre_Dame_de_la_Garde.jpg (page consultée le 25 avril 2015)

SOULCIÉ, Thibault et FAUJOUR, Loïc. « Une campagne toute en nuance », « Festival de racisme ordinaire », « Psychose », « DCRI » et «Mohamed Merah profession carrossier », [caricatures], dans Urtikan, numéro 42, 28 mars 2012, [En ligne], http://www.urtikan.net/n-42/musulman-d-apparence/ (page consultée le 18 mars 2015)

Notes de cours personnelles

DERET, Anne. Définition de l’Opinion publique, Notes de cours, Opinion publique et groupes de pression, 2014

LAFERTÉ, Nathalie. Définition de Stigmatisation, Notes de cours, L’individu au cœur du social, 2013

BENOIT, Sylvain. Définition État, Notes de cours, Défis politiques, 2014

La vie ensemble, en pratique

     Maintenant que certains concepts théoriques sont établis et que nous avons observé brièvement le cheminement de l’étranger jusqu’à son intégration en tant qu’immigrant, nous parvenons à la réalité pratique et appliquée à Marseille; c’est elle qui nous montre concrètement comment l’immigration vient façonner cette société.

Intégration et pluralisme

     En elle-même, Marseille se définit tant géographiquement qu’historiquement comme une ville cosmopolite.

AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE. « Atlas urbain de Marseille- Géographie physique », 2015, [carte géographique], sur l’AGAM, [En ligne], http://www.agam.org/index.php?id=312 (page consultée le 26 avril 2015)
AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE. « Atlas urbain de Marseille- Géographie physique », 2015, [carte géographique], sur l’AGAM, [En ligne], http://www.agam.org/index.php?id=312 (page consultée le 26 avril 2015)

En effet, encerclée par les calanques et faisant face à la mer, la localisation géographique de Marseille fait de cette ville un espace d’intersection entre l’Europe et la Méditerranée, en plus de s’être établie comme ville portuaire [elle est actuellement le premier port français et deuxième port méditerranéen (MOUVEMENT MÉTROPOLE, 2011)]; Marseille est donc naturellement un lieu d’échanges où les différentes nations s’y rencontrent pour partager leurs biens, leurs idées, et leurs manières d’être. Puis, au fil du temps, Marseille s’est constituée un cosmopolitisme résultant de vagues d’immigration successives, dont quatre grandes ces cent dernières années :

  1. D’abord (fin 19ème – début 20ème s.) vint une immigration latine particulièrement italienne poussée par l’industrialisation de la ville et son économie florissante;
  2. puis (entre 1918-1939) Marseille devint aussi une ville refuge pour les exilés notamment ceux fuyant le fascisme, le génocide arménien ou des réfugiés d’Europe de l’Est;
  3. ensuite (en 1960 et pendant l’époque des Trente Glorieuses) on observe une décolonisation de la ville ainsi que l’industrialisation du pays;
  4. finalement (depuis 1980 jusqu’à aujourd’hui), on observe une vague d’immigration majoritairement maghrébine et africaine résultant de l’indépendance de ces pays et du climat révolutionnaire du printemps arabe…
    (AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE, 2015).

C’est n’est donc pas une surprise lorsqu’on apprend que Marseille compte 13% d’immigrés sur toute sa population, ainsi que 8% d’étrangers ayant une nationalité différente (INSÉE, 2011).

Profil de Marseillais

     Nous nous demandons alors qui sont ces Marseillais, mais surtout « en quoi consiste population marseillaise? ». Pour y répondre, l’AGAM (l’Agence d’urbanisme de l’Agglomération Marseillaise) nous en fait l’explication en catégorisant les Marseillais d’après quatre profils type:

  • le premier profil (et le plus grand avec environ 425 000 personnes, soit près de la moitié de la population de Marseille) est les « Marseillais de souche » qui comprend tout individu né à Marseille avec la nationalité française à sa naissance[1],
  • puis le deuxième profil regroupe les Marseillais de nationalité française qui sont nés
    « en France métropolitaine »
    (le quart de la population avec un peu plus de 210 000 personnes)[2].
  • Puis, le troisième profil comprend les Français nés à l’étranger, soit surtout les rapatriés (environ 10 % de la population, soit 85 000 pers),
  • et le dernier profil est tous les Marseillais d’origine étrangère qui sont identifiable statistiquement (environ 15 % de la population, soit un peu moins de 130 000 pers).
    (AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE, 2015)

AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE. Qui sont les Marseillais ? Radioscopie des habitants, [En ligne], janvier 2015, http://www.agam.org/fr/publications/regards-de-lagam/regards-de-lagam-n28.html (page consultée le 18 mars 2015)
AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE. Qui sont les Marseillais ? Radioscopie des habitants, [En ligne], janvier 2015, http://www.agam.org/fr/publications/regards-de-lagam/regards-de-lagam-n28.html (page consultée le 18 mars 2015)
Le cosmopolitisme- La notion d’identité (ou des identités) des Marseillais

     C’est pourquoi, en résultat de son interaction avec le monde méditerranéen et des grandes vagues d’immigration qui se sont greffées à la population au fil des décennies, la ville de Marseille recèle d’identités qui, chacune, contribuent à la dynamique de cette population.

PLANTU. « Entre deux chaises », 1985, [caricature], sur © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, [En ligne], http://www.histoire-immigration.fr/musee/collections/plantu-entre-deux-chaises-1985 (page consultée le 25 avril 2015)
PLANTU. « Entre deux chaises », 1985, [caricature], sur © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, [En ligne], http://www.histoire-immigration.fr/musee/collections/plantu-entre-deux-chaises-1985 (page consultée le 25 avril 2015)

     On peut voir que le fondement de la construction identitaire de la ville de Marseille apparaît au travers de son cosmopolitisme, soit le mélange de « populations de différentes origines géographiques et ethniques » (GASTAUT, 2003) avec « la capacité [de la ville] à savoir faire vivre et fonctionner ensemble des acteurs qui ne sont pas « du même monde » » (ESCALLIER, 2003); il est alors question d’inventer une société qui combine citoyenneté et multiculturalisme, la République et la préservation des codes sociaux des différentes ethnies (ESCALLIER, 2003).

     Ainsi, Marseille s’est construite en interaction avec les identités de ses migrants, et leur acculturation au pays d’accueil et son modèle d’intégration dit « Républicain », mais aussi dans un sentiment d’appartenance au monde de la Méditerranée. Effectivement, cette identité méditerranéenne repose sur « la mémoire, le port et le cosmopolitisme » (AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOBÉRATION MARSEILLAISE, 2015) et elle surpasse,  aux yeux des Marseillais la définition de Marseille comme « une ville européenne ou une capitale régionale » (Idem).

Exemples de l’intégration au quotidien

      Ainsi, Marseille s’est forgé l’image d’une ville d’immigration pluraliste, multiculturelle et cosmopolite, enrichie par le brassage des populations. Cependant, la problématique du racisme est demeurée bien réelle, particulièrement dans les années 1970. Pour briser cette image, la première initiative populaire fut Marseille fraternité, en 1987, où 120 associations et 25 000 personnes ont été manifester dans les rues de la ville leur fraternité (GASTAUT, 2003).

     Puis, on a cherché à tisser un lien entre Marseille et le monde de la méditerranée grâce à des partenariats euro-méditerranéens. Le premier, le processus de Barcelone, en 1995, est poursuivi actuellement par le projet d’Euroméditerranée. Ce dernier a pour but principal de faire de Marseille une Métropole économique, et de se défaire de l’image négative de « ville rongée par [les] crises sociales, politiques et économiques – et en proie à des problèmes liés à la corruption et à l’intégration des « populations issues de l’immigration » » (BULLEN, 2012). Toutefois, derrière la vision optimiste des discours officiels pour des projets de reconstruction de la ville, on observe une polémique au sein de la population marseillaise (CRÉZÉ, 2013).


Signé Andrée-Anne Roy


[1] N.B. Il faut noter que cela inclus aussi les personnes ayant des parents d’origine étrangère, mais qui ne sont pas identifiables statistiquement.

[2] Cela comprend les « Provençaux », puis les « Marseillais de longue date » et les « néo-Marseillais» (qui ont la nationalité française, mais qui sont nés hors de la région marseillaise et installés là depuis un minimum de 5 ans –ou moins dans le cas des néo-Marseillais).


 

MÉDIAGRAPHIE

Article tiré d’une base de données

BULLEN, Claire. « Marseille, ville méditerranéenne? », Rives Méditerranéennes, volume 2, 2012, numéro 42, pages 157-171, dans Cairn.info (page consultée le 26 avril 2015)

ESCALLIER, Robert. « Le cosmopolitisme méditerranéen : Réflexions et interrogations », Cahiers de la Méditerranée, volume 67, 2003, pages 1-13, dans OpenEdition (page consultée le 24 avril 2015)

GASTAUT, Yvan. « Marseille cosmopolite après les décolonisations : un enjeu identitaire », Cahiers de la Méditerranée, volume 67, 2003, pages 269-285, dans OpenEdition (page consultée le 24 avril 2015)

Article d’un périodique électronique en ligne

CRÉZÉ, Elodie. « Marseille, capitale de la rupture en documentaire », dans MARSACTU, mars 2013, [En ligne], http://www.marsactu.fr/culture-2013/marseille-capitale-de-la-rupture-en-documentaire-30592.html (page consultée le 24 avril 2015)

Document audiovisuel

LA RABIA DEL PUEBLO. Marseille, capitale de la rupture, Marseille, 2013, 20 :13 min, couleur, documentaire, [En ligne], https://youtu.be/CEg1jMeTIjQ (page consultée le 25 avril 2015)

Site Internet

INSÉE. « STATISTIQUE COMMUNE DE MARSEILLE (INSEE 2012) – Population par sexe, âge et nationalité », données de 2011, [En ligne], http://www.insee.fr/fr/themes/tableau_local.asp?ref_id=NAT1&millesime=2011&niveau=1&typgeo=COM&codgeo=13055 (page consultée le 25 avril 2015)

INSÉE. « STATISTIQUE COMMUNE DE MARSEILLE (INSEE 2012) – Population par sexe, âge et situation quant à l’immigration », données de 2011, [En ligne], http://www.insee.fr/fr/themes/tableau_local.asp?ref_id=IMG1A&millesime=2011&niveau=1&typgeo=COM&codgeo=13055 (page consultée le 25 avril 2015)

MOUVEMENT MÉTROPOLE (Mission interministérielle pour le projet métropolitain Aix-Marseille-Provence). Carte d’identité, [En ligne], http://www.mouvement-metropole.fr/aujourdhui/carte-d-identite/item/nos_liens-3.sls (page consultée le 19 mars 2015)

Document accessible par Internet

AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE. Qui sont les Marseillais ? Radioscopie des habitants, [En ligne], janvier 2015, http://www.agam.org/fr/publications/regards-de-lagam/regards-de-lagam-n28.html (page consultée le 18 mars 2015)

Images

AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE. « Atlas urbain de Marseille- Géographie physique », 2015, [carte géographique], sur l’AGAM, [En ligne], http://www.agam.org/index.php?id=312 (page consultée le 26 avril 2015)

LOPEZ, E et TEMIME, E. «Les vagues d’immigration à Marseille de la fin du XIXe siècle aux années 2000 », 1990-1991, [carte géographique], dans Migrance. Histoire des migrations à Marseille, Edisud, Aix-en-Provence, [En ligne], http://lelivrescolaire.fr/4258/2_Marseille_terre_d_immigration_au_XXe_siecle.html#Document=17063 (page consultée le 26 avril 2015)

PLANTU. « Entre deux chaises », 1985, [caricature], sur © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, [En ligne], http://www.histoire-immigration.fr/musee/collections/plantu-entre-deux-chaises-1985 (page consultée le 25 avril 2015)


L’importance de s’intéresser à l’état psychique et physique des migrants suite à l’expérience migratoire

L’immigration internationale est un phénomène mondial qui s’est beaucoup développé durant les dernières années. De plus en plus de migrations dans le monde ont été constatées, celles-ci ont entre autres triplé en 40 ans et aujourd’hui, environ 240 millions de migrants se déplacent partout sur le globe (WITHOL DE WENDEN, 2012). Par ailleurs, plusieurs raisons poussent un individu à quitter son pays d’origine pour venir s’installer ailleurs. Lorsque le migrant

Jonathan MCINTOSH, «Immigrant rights march for amnesty in downtown Los Angeles, California on May Day », 2006, sur le site Wikimedias Commons, [En ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:May_Day_Immigration_March_LA37.jpg (Page consultée le 28 avril 2015)
Jonathan MCINTOSH, «Immigrant rights march for amnesty in downtown Los Angeles, California on May Day », 2006, sur le site Wikimedias Commons, [En ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:May_Day_Immigration_March_LA37.jpg (Page consultée le 28 avril 2015)

est arrivé dans sa nouvelle société, il sera immergé de plusieurs changements notamment au niveau de son environnement socioculturel et du mode de vie de son pays d’accueil. Tous ces changements peuvent avoir un impact sur sa santé mentale et physique de manière négative ou positive et sa vie dans son pays d’accueil peut être meilleure ou moins bonne. Il faut aussi prendre en considération qu’en général, les dimensions biologiques (composantes biologiques et physiologiques de l’individu), les dimensions psychodéveloppementale (aspect cognitif, affectif et rationnel de l’individu) ainsi que les dimensions contextuelles (insertion de l’individu dans son environnement et ses relations avec son milieu) influencent l’état de la santé mentale d’un individu suite à l’immigration (JEKOVSKA, 2008) et s’il va être affecté ou non par toutes les modifications dans sa vie.

Dans cette optique, il est intéressant de s’attarder aux répercussions sur le mental et le physiologique chez le migrant suite à l’expérience migratoire et durant son insertion dans sa nouvelle société. Parmi tous les grands mouvements migratoires dans le monde, les communautés maghrébines font partie des principaux flux migratoires et elles se dirigent entre autre vers Marseille. Cet article sera donc dédié à la présentation de l’analyse de l’état psychique et physique du migrant d’origine maghrébine suite à son expérience migratoire et à son arrivée dans la ville de Marseille.

Dans la plupart des cas, les immigrants subissent d’énormes changements et doivent s’accommoder et à leur nouveau domicile. Comme il a été dit précédemment, ces changements ont plusieurs effets sur la santé mentale de l’individu ainsi que sur son intégration en société (SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, 2010-2011). Par ailleurs, il est semble essentiel de s’attarder à la condition mentale et physique des migrants maghrébins nouvellement arrivés à Marseille pour mieux comprendre la façon dont ils vivent leur expérience migratoire et pour les aider à mieux s’intégrer dans la société française.

Les aspects négatifs

Par exemple, approfondir le côté plus individuel des immigrants des pays du Maghreb vivant leur changement de vie dans la communauté marseillaise peut être fait de plusieurs manières. Effectivement, observer les effets négatifs que peut amener l’immigration chez certains individus, en prenant pour exemple les immigrants maghrébins à Marseille, est un bon moyen de constater l’état psychique et physique des migrants maghrébins en France. Cela permet aussi de voir s’ils ont des séquelles dues à leur expérience migratoire ou à leur insertion dans leur nouvelle société. Les aspects de l’acculturation psychologique, de la discrimination, de

« English : Discrimination », 2013, sur le site Wikimedia Commons, [En ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Discrimination2.jpg (Page consultée le 28 avril 2015)
« English : Discrimination », 2013, sur le site Wikimedia Commons, [En ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Discrimination2.jpg (Page consultée le 28 avril 2015)

l’exclusion sociale (marginalisation), de la stigmatisation, des difficultés à s’insérer dans la société et dans le monde du travail, ainsi que de la détresse psychologique (stress/anxiété) et ses effets que certains immigrants maghrébins peuvent vivre suite au voyage migratoire font partie des éléments intéressants à analyser pour en savoir plus sur la condition mentale et physique des migrants dans le monde, en particulier celles des Maghrébins à Marseille.

Les aspects positifs

Être un nouvel arrivant issu des pays du Maghreb dans la ville de Marseille a aussi des aspects positifs. Par exemple, il y a les effets bénéfiques d’un milieu de vie sécuritaire en France sur la santé mentale d’un individu issu d’une situation difficile dans un pays du Maghreb (VIRUPAKSHA, KUMA et PARTHSARATHY NIRMALA). Ces conséquences positives tendent à se produire lorsque l’immigrant réussit à bien s’intégrer dans la société marseillaise, dans le système d’éducation français et dans le monde du travail et lorsqu’il peut subvenir adéquatement à ses besoins de bases (VIRUPAKSHA, KUMA et PARTHSARATHY NIRMALA).

S’intéresser aux migrants pour améliorer l’expérience migratoire

Comme mentionné plus au début dans le texte, il semble nécessaire de s’intéresser à la condition mentale et physique de l’immigrant dans son pays d’accueil suite à son expérience migratoire pour en savoir plus à son sujet et pour potentiellement connaitre les lacunes reliées à l’immigration dans le monde (plus précisément celles reliées aux Maghrébins à Marseille). Entre autres, pour améliorer l’état psychique et physique du migrant dans son pays d’accueil, il sera essentiel à la société d’accueil de faire disparaitre les limites entre les différents groupes ethniques dans la population, de se pencher sur la problématique de l’incorporation et de l’inculturation sociale, de s’attarder à la participation des immigrants à l’économie, de diminuer les inégalités et les distinctions par rapport aux migrants et enfin, de développer un sentiment d’appartenance chez l’immigration pour son pays d’accueil (FRIDERES). Ces éléments constituent entre autre des pistes de solutions pour rendre les conditions d’immigration plus favorables pour les migrants, comme les Maghrébins, lorsqu’ils sont arrivés dans leur pays d’accueil, en particulier celui de la France.

En gros, le côté individuel et les aspects positifs et négatifs de la façon dont les immigrants des communautés maghrébines vivent leur arrivée à Marseille seront le point central du travail de recherche qui sera effectué. Il est essentiel de s’intéresser à ces éléments pour mieux comprendre la manière dont ils vivent leur expérience migratoire et pour les aider à mieux s’intégrer en société.

 

Par Catherine Montpetit

 

Médiagraphie

Christel SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, La migration traumatique, une pathologie du lien : Souffrance psychique et souffrance corporelle chez les mineurs isolés étrangers, [En ligne], 2010-2011, http://www.horslarue.org/files/Mmoire_Christel_Silvestro-Teissonnire-1.pdf (Page consultée le 25 février 2015)

J.S. FRIDERES par l’Université de Calgary, Les Immigrants, l’intégration et l’intersection des identités, [En ligne], canada.metropolis.net/events/diversity/immigration_fr.doc (Page consultée le 24 février 2015)

H. G. VIRUPAKSHA, Ashok KUMAR et Bergai PARTHSARATHY NIRMALA, «Migration and mental health: An interface », US National Library of Medecine National Institude of Health, [En ligne], http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4121889/ (Page consultée le 25 février 2015)

Monica JEKOVSKA, Pauvreté, santé mentale, détresse psychologique : situations connexes ou pures coïncidence?, [En ligne], 2008, http://www.crds.centre-du-quebec.qc.ca/client/uploads/36/185509170154622.pdf (Page consultée le 24 février 2015)

Catherine WITHOL DE WENDEN, « Les dynamiques migratoires dans le monde », Revue Humanitaire, 2012, [En ligne], http://humanitaire.revues.org/1412 (Page consultée le 26 mars 2015)

Les conséquences physiologiques et physiques chez le migrant suite à l’expérience migratoire

L’immigration en général a plusieurs effets à divers niveaux sur l’immigré. Dans ce cas-ci, un résumé de l’analyse des conséquences négatives sur l’immigrant d’origine maghrébine venant s’installer à Marseille sera fait. En effet, il a été observé chez les communautés d’immigrants en France que le changement de vie durant l’expérience migratoire qu’ils ont subie les a grandement affectés au niveau psychologique (SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, 2010-2011). Il est possible de supposer que les immigrés d’origines maghrébines à Marseille auraient vécu une expérience migratoire similaire qui aurait eu des conséquences semblables.

Les conséquences chez les enfants immigrants

Chez les enfants immigrés nouvellement arrivés en France, si l’expérience migratoire s’avère être un traumatisme, c’est-à-dire une expérience de violence hors du commun qui menace l’intégrité physique et psychique d’un individu, des manifestations immédiates, intermédiaires ou différées comme des cauchemars ou des flashbacks ont été remarquées (SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, 2010-2011). En effet, selon plusieurs facteurs qui influencent le déclenchement de troubles mentaux chez un enfant, il a été constaté chez les jeunes immigrants en France que le cadre culturel et l’enveloppe psychique, soit l’ensemble des structures mentales permettant de décrire et de comprendre certaines organisations psychopathologiques, leur formation ainsi que la façon dont elles fonctionnent (HOUZEL, 2010), sont des éléments ayant une grande conséquence sur le développement de troubles psychosomatiques et somatoformes chez ceux-ci (SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, 2010-2011). Pour plus de précision, un trouble psychosomatique est un trouble psychique qui se manifeste par des symptômes physiques tandis que les troubles somatoformes se caractérisent par une préoccupation exagérée de la présence de symptômes corporels qui n’ont aucun fondement médical (Cours d’Initiation à la psychologie du Cégep Gérald-Godin).

Ce genre de troubles est souvent associé en général aux immigrants et à leur changement de vie, car aucune cause physique n’est trouvée et les maux restent toujours. D’ailleurs, ce sont ces troubles en particulier qui ont été remarqués chez la plupart des jeunes immigrés selon une étude faite entre 2010 et 2011 en France (SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, 2010-2011). Effectivement, à leur arrivée en France, les jeunes adolescents originaires de la République du Congo, de l’Angola, de l’Afghanistan et de l’Inde, sont déjà des proies faciles et isolées concernant leur identité face aux Français, étant donné leurs différences corporelles ainsi que leurs origines qui se distinguent de celles des Français là-bas (SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, 2010-2011). De plus, si leur expérience migratoire s’avère être un traumatisme ayant eu pour effet la rupture des liens d’attachement primaire avec leurs origines, ceux-ci développeraient des troubles psychiques (SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, 2010-2011). Il est à noter que plus les liens d’attachements primaires avec la culture d’origine sont sécures, moins l’expérience d’immigration sera perçue comme traumatique pour l’enfant et celui-ci sera capable d’une meilleure intégration à la société française (SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, 2010-2011). Selon la même étude, après leur arrivée, plusieurs enfants ont développé des troubles du langage ainsi que des troubles psychiques, de

Lewis RONALD, « Stress ball », sur le site Wikipédia, [En ligne], http://en.wikipedia.org/wiki/Stress_ball#/media/File:Earth_globe_stress_ball.jpg (Page consultée le 28 avril 2015)
Lewis RONALD, « Stress ball », sur le site Wikipédia, [En ligne], http://en.wikipedia.org/wiki/Stress_ball#/media/File:Earth_globe_stress_ball.jpg (Page consultée le 28 avril 2015)

sommeil et anxieux comme du stress et de l’anxiété chroniques (SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, 2010-2011). On pourrait en conclure que le même scénario aurait tendance à se reproduire dans le cas des jeunes enfants maghrébins suite à leur immigration à Marseille. Par exemple dans un article concernant la population vieillissante composée de Maghrébins à Bruxelles, il a été remarqué qu’en raison de leur isolement par rapport aux membres de leurs familles ne vivant pas avec eux là-bas, les personnes âgées originaires de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie avaient tendance à développement des troubles somatoformes (BERNARDOT, 2006).

Les conséquences chez les adultes immigrants

Les enfants immigrants ne sont pas les seuls à être atteints de troubles psychologiques suite à la migration, car chez les adultes un haut niveau de stress et d’anxiété a aussi été remarqué, mais pour des raisons différentes que celles des enfants (GUILBERT, BOUCHER et RACINE, 2014). En effet, pour un adulte suite à la migration, plusieurs changements au niveau du mode de vie arrivent, comme l’installation dans une nouvelle demeure dans le pays d’accueil (GUILBERT, BOUCHER et RACINE, 2014). Malgré les effets bénéfiques que posséder une maison amène, cela engendrait également des conflits et du stress élevé chez les couples d’immigrants au Canada et au Québec (GUILBERT, BOUCHER et RACINE, 2014). L’anxiété due à un endettement élevé, le stress, la fatigue et la peur de perdre la maison ainsi que la famille, commence à fragiliser le sentiment de sécurité ontologique régnant au sein de la famille, ce qui crée des troubles psychiques comme le stress ou l’anxiété chronique chez les immigrés adultes (GUILBERT, BOUCHER et RACINE, 2014). En effet, il est mentionné dans des statistiques que Marseille fait partie des villes en France ayant le plus haut taux de divorce en incluant les immigrants (« Le Sud en tête du palmarès du divorce », Changer de ville). Ces séparations assez fréquentes chez les immigrants s’expliquant par de multiples éléments provoquent du stress chez les adultes et les enfants et nécessitent des ajustements plus ou moins importants (GUILBERT, BOUCHER et RACINE, 2014). De plus, ce stress dans la vie des adultes peut devenir plus pathologique et causer des dépressions ou d’autres troubles plus graves (JEKOVSKA, 2008), et chez les enfants, leur environnement familial est troublé et cela peut contribuer au développement de troubles psychiques chez ceux-ci en raison de la perte de repères dans leur cadre social (SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, 2010-2011).

La pauvreté et la migration

Enfin, un lien entre la pauvreté et la santé mentale des immigrés maghrébins à Marseille peut être observé. En effet, les problèmes de santé mentale ainsi que les troubles mentaux sont plus fréquents dans les milieux défavorisés (JEKOVSKA, 2008). Chez les jeunes, entre autres immigrants, au Canada et au Québec, la détresse psychologique et la perception de leur santé mentale comme mauvaise ou passable ainsi que la présence d’idées suicidaires tendent à augmenter lorsque le revenu des parents diminue (JEKOVSKA, 2008). Il serait possible d’appliquer ce même principe

Éric POUHIER, « A homelessman in Paris », sur le site Wikipédia, [En ligne], http://en.wikipedia.org/wiki/Poverty_in_France#/media/File:HomelessParis_7032101.jpg (Page consultée le 28 avril 2015)
Éric POUHIER, « A homelessman in Paris », sur le site Wikipédia, [En ligne], http://en.wikipedia.org/wiki/Poverty_in_France#/media/File:HomelessParis_7032101.jpg (Page consultée le 28 avril 2015)

aux jeunes immigrants maghrébins à Marseille. De plus, le fait de vivre dans des conditions socioéconomiques défavorables durant l’enfance et l’adolescence augmente le risque de souffrir plus tard de problèmes de santé (JEKOVSKA, 2008). Selon des statistiques, le quartier du troisième arrondissement de Marseille en France est composé des ménages disposant du plus faible taux de revenus en France et celui-ci est habité principalement par des familles de migrants comoriens et maghrébins (PENVERNE, 2014). Donc, en sachant que les ménages de migrants d’origine maghrébine vivent pour la plupart dans la pauvreté à Marseille, il est possible de constater que ceux-ci auraient tendance développer des troubles mentaux étant donné leur situation financière.

En gros, il est possible de constater une certaine corrélation entre l’expérience migratoire et le développement de certains troubles psychiques tels des troubles somatoformes et psychosomatiques, un niveau de stress élevé et de la détresse psychologique chez les migrants autant jeunes qu’adultes.

 

Par Catherine Montpetit

 

Médiagraphie

Christel SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, La migration traumatique, une pathologie du lien : Souffrance psychique et souffrance corporelle chez les mineurs isolés étrangers, [En ligne], 2010-2011, http://www.horslarue.org/files/Mmoire_Christel_Silvestro-Teissonnire-1.pdf (Page consultée le 25 février 2015)

J.S. FRIDERES par l’Université de Calgary, Les Immigrants, l’intégration et l’intersection des identités, [En ligne], canada.metropolis.net/events/diversity/immigration_fr.doc (Page consultée le 24 février 2015)

H. G. VIRUPAKSHA, Ashok KUMAR et Bergai PARTHSARATHY NIRMALA, «Migration and mental health: An interface », US National Library of Medecine National Institude of Health, [En ligne], http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4121889/ (Page consultée le 25 février 2015)

Monica JEKOVSKA, Pauvreté, santé mentale, détresse psychologique : situations connexes ou pures coïncidence?, [En ligne], 2008, http://www.crds.centre-du-quebec.qc.ca/client/uploads/36/185509170154622.pdf (Page consultée le 24 février 2015)

Didier HOUZEL, Le concept d’enveloppe psychique, In Press Eds, 2010

Marc BERNARDOT, Le grand âge en foyer de migrants : nouvelles figures, nouveaux enjeux, [En ligne], 2006, http://perso.numericable.fr/~sitedurtf7/downloads/CG/cgtxtbernardot.pdf (Page consultée le 11 avril 2015)

Lucille GUILBERT, Colette BOUCHER et Michel RACINE, Connaître Comprendre Accompagner Créer du lien : Les défis de la diversité culturelle et de l’immigration en dehors des grands centres, [En ligne], 2014,
http://www.ediq.ulaval.ca/fileadmin/ediq/fichiers/Publication/CE_2014_Vol_2_No_1/CE2014_VF_31_oct.pdf#page=37 (Page consultée le 15 mars 2015)

« Le Sud en tête du palmarès du divorce », Changer de ville, [En ligne], http://www.changerdeville.fr/ou-vivre/le-sud-en-tete-du-palmares-du-divorce-913.html (Page consultée le 22 mars 2015)

Mickaël PENVERNE, « Marseille : Visite du quartier le plus pauvre de France », 20 Minutes, 2014, [En ligne], http://www.20minutes.fr/marseille/1284822-20140130-quartier-plus-pauvre-france (Page consultée le 22 mars 2015)

LES QUARTIERS NORD DE MARSEILLE

Vivre dans la clandestinité peut représenter un défi pour certains et une chance pour d’autre. Pour un français, citoyen, en règle il s’agit plutôt d’un défi. En plus des quartiers immigrants dangereux et des conditions de vie dangereuse, un citoyen français verrait la majorité de ses droits retirés.

À Marseille, la majorité des immigrants, avec ou sans papiers se concentrent dans les quartiers nord de la ville (GUIBERT, 2015). Ces quartiers regroupent les 13e, 14e, 15e et 16e arrondissements et près du tiers de la population de la ville soit 250 000 habitants dans des conditions douteuses (WIKIPEDIA, 2014).

Bien que ces quartiers fassent partie de la ville en théorie, la réalité est tout autre. Selon Jonathan Guibert, les populations des cités de Marseille, c’est-à-dire des banlieues de la ville, vivent dans une sorte d’autarcie. Elles ont leurs propres lois, souvent différentes de celles du pays, leur propre façon de penser et le trafic d’arme et de drogue domine (GUIBERT, 2015).

Ce micro-organisme est notamment dû, toujours selon Guibert, à l’exclusion de ces populations. Ces quartiers étant considérés par les autorités comme les pires de France (GUIBERT, 2015), un cordon de sécurité a été émis autour de ces quartiers afin de protéger les populations extérieures (LEMOINE, 2012). Résultat, une séparation s’est créée entre les populations du nord et les le reste de la population marseillaise.

L’isolement que subissent ces quartiers est aussi dû au manque de services puisque les transports en commun, par exemple, est difficile d’accès car les quartiers sont mal desservis. L’enseignement aussi y passe puisque les enseignants ne restent pas très longtemps dans ces environnements plutôt hostiles aux étrangers et où la motivation scolaire est difficile à maintenir (LEMOINE, 2012).

Le décrochage scolaire est un autre fléau qui détériore encore plus la situation des 13e, 14e, 15e et 16e arrondissements. Cela s’explique principalement par la logique derrière le nord de la ville. Selon Jonathan Guibert, la ville de Marseille a installé les nouveaux arrivants à l’écart du reste de la société. Étant exclu, rien n’encourage les jeunes des cités à poursuivre leur éducation pour tenter d’améliorer leur situation puisque, comme l’explique Jonathan Guibert qui a grandi dans ces quartiers et obtenu un diplôme universitaire tout en habitant dans les cités, lorsqu’un employeur apprend l’origine populaire d’un candidat, il le rejette presque automatiquement. M. Guibert a donc été obligé d’immigrer au Canada tant à cause du taux de chômage en France qu’à cause de l’endroit où il résidait (GUIBERT, 2015).

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« Des pochoirs à Marseille …», 2007, [medium_PersonnageQuiMarche3-web.jpg], sur le site Photigule’s blog, [En ligne] http://fuligule.blogspirit.com/archive/2007/01/22/des-pochoirs-a-marseille.html (consulté le 28 avril 2015)

Chez les immigrants clandestins, le travail au noir est la seule solution possible puisque les permis de travail manquent. Les secteurs de l’hôtellerie, des cafés et de la restauration, le bâtiment et les travaux publics et l’agriculture sont des sources d’emploi pour les clandestins bien que leurs tâches se concentrent à l’écart du public. Les entreprises, désirant conserver une certaine image auprès du public, vont garder les employés clandestins cachés.

Cette difficulté à travailler entraîne donc évidemment le développement des réseaux criminels qui profitent du chômage et des difficultés économique pour recruter des nouveaux membres. Ces réseaux sont très lucratifs mais comportent des risques énormes pour les membres. Meurtre et agression sont monnaie courante dans les quartiers pris d’assaut par les réseaux criminels (LEMOINE, 2012).

Normalement, dans de telles circonstances, la police devrait intervenir afin de calmer le jeu. Cependant, toujours selon Guibert, dans ces quartiers dangereux, la police à peu d’impact et reste loin des problèmes des cités. Accueilli avec des jets de pierres, les policiers aussi bien que les pompiers et les ambulanciers sont en quelque sorte impuissants face à la situation des cités puisqu’on ne veut pas qu’ils interviennent (GUIBERT, 2015).

Vivant tous les jours dans cet isolement, les populations à l’extérieur marginalisent les cités et on voit apparaître des préjugés. Par exemple, des préconceptions par rapport aux vêtements, à la religion, surtout musulmane à Marseille, et aux coutumes alimentaires font parties des principaux préjugés. On associe aussi les musulmans aux terroristes, comme les américains, et à la racaille (GUIBERT, 2015).

Dans ce contexte, on peut comprendre la difficulté des populations des cités du nord de Marseille à se sortir de la situation plutôt précaire dans laquelle ils se sont retrouvés sans qu’il n’en soit vraiment responsable. Bien que les solutions soient plutôt limitées, une ouverture des français aux populations des quartiers nord de Marseille et leur intégration dans la société pourrit permettre de régler certains problèmes que l’on y retrouve.

Signé Justine Morasse


MÉDIAGRAPHIE

GUIBERT, Jonathan. Entrevue réalisé le 27 mars 2015 dans le cadre du cours de démarche d’intégration des acquis en sciences humaines avec Jonathan Guibert, natif de Marseille.

LEMOINE, Maurice. « Marseille, quartiers nord », dans Le Monde diplomatique, [En ligne], http://www.monde-diplomatique.fr/2012/09/LEMOINE/48118

WIKIPEDIA. « Quartiers nord (Marseille) », dans Wikipédia, [En ligne], http://fr.wikipedia.org/wiki/Quartiers_nord_%28Marseille%29

LES SANS-PAPIERS

     La ville de Marseille en est une cosmopolite puisque sa situation géographique permet des échanges entre les différentes nations. Bien que la plupart des individus qui viennent enrichir la culture marseillaise soit légalement entré sur le territoire français, la ville portuaire doit cependant jongler avec un phénomène beaucoup plus complexe qu’est l’immigration clandestine.

     Selon le rapport du Sénat français au sujet de l’immigration clandestine, entre 200 000 et 400 000 clandestins occupaient la France en 2006 et s’ajoute à ce nombre plus de 80 000 qui arrivent chaque année (OTHILY et BUFFET, 2006). Dans la région de Marseille, Provence-Alpes-Côte d’Azur, on y retrouve 9% de tous les immigrants, clandestins ou non, ce qui en fait une des villes les plus multiculturelles de France.

     Arrivant principalement des pays maghrébins en quête d’un avenir meilleur, les immigrants clandestins doivent souvent faire face à de nombreux défis. Le voyage, un aller simple, est souvent périlleux car les embarcations de fortunes surchargés, les traversés du Sahara afin de se rendre aux points de départ et les passeurs sans scrupules qui demande des coûts exorbitants et qui n’hésitent pas à sacrifier des clandestins en les jetant par-dessus bord pour éviter des sanctions des autorités européennes. En ces conditions, on peut facilement affirmer que les fins sinistres de ces voyages sont multiples (OTHILY et BUFFET, 2006).

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« North African immigrants near the Italian island of Sicily » , 2006, [Boat People at Sicily in the Mediterranean Sea.jpg], sur le site Wikipedia, [En ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Boat_People_at_Sicily_in_the_Mediterranean_Sea.jpg (Consulté le 28 avril 2015)

Suite au voyage, le repos doit attendre puisqu’un logement à Marseille coûte cher aux clandestins. Ces derniers sans en avoir le choix, se retrouvent en situation de dépendance avec leur bailleur car les appartements accessibles aux clandestins sont rares. Les sans-papiers doivent donc s’accommoder de logements trop petits, insalubre et payer des tarifs abusifs pour éviter la rue. N’ayant pas accès aux services HLM, les loyers inabordables et l’hébergement d’urgence, toujours plein à craquer (PLATFORM FOR INTERNATIONAL COOPERATION ON UNDOCUMENTED MIGRANTS, 2014), la situation des migrants est précaire et l’itinérance, toujours trop proche.

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« Vue d’immeubles du 143 dans les quartiers Nord de Marseille, depuis le Boulevard de Lesseps (limite entre 3e et 15e arrdt) », 2013, [Felixpyat-lesseps-marseille.JPG], sur le site Wikipedia, [En ligne], 2http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Felixpyat-lesseps-marseille.JPG (Consulté le 28 avril 2015)

Les marchands de sommeil, qui louent des logements indécents à des prix tout aussi déshonnêtes, peuvent aussi servir d’option pour le logement si le secteur privé devient inaccessible.

     Burno Guidi, un marseillais qui louait des taudis à « une clientèle captive qui n'[avait] pas le choix de son logement » (PIEL, 2012), a comparu devant le tribunal le 27 septembre 2012 pour avoir loger, dans un immeuble de quatre étage sans eau chaude ou potable, des individus dans des conditions inhumaines. Le loyer, entre 130 et 140 euros par mois, était constitué d’une chambre de 10 à 16 mètres carrés où résidaient entre autre une femme enceinte et sa fille ainsi qu’une femme âgée dont la santé mentale défaillait (PIEL, 2012). Ce marchand de sommeil en est un parmi tant d’autre dans la ville française où les solutions de logement pour les clandestins font défauts.

     Avec les frais démesurer des logements, le travail est nécessaire bien que difficile d’accès. Afin de joindre les deux bouts, les migrants en situation irrégulière non d’autre choix que de se tourner vers le travail au noir ou dans les réseaux criminels, faute de permis de travail.

     Selon le rapport du Sénat, le bâtiment et travaux publics, l’hôtellerie, les cafés et la restauration ainsi que l’agriculture sont les secteurs d’activité où le travail illégal est le plus répandu. En 2004, bien que les étrangers ne représentent que 10% de la population française, ils étaient surreprésentés dans les statistiques relatives aux infractions d’emploi d’étranger sans titre avec 44% des infractions. La région de Marseille ne fait pas exception puisqu’elle se retrouve presque au sommet du classement de la répartition régionale de l’emploi d’étrangers sans titre de travail en 2004(OTHILY et BUFFET, 2006).

    En plus de dégrader l’image de ces secteurs à cause du nombre élevé de clandestins dans ces domaines, les salaires nettement inférieurs qui leur sont offert ne peuvent être concurrencés par les entreprises dont les employés sont tous en situation régulière. Par conséquent, de la concurrence déloyale est observée entre elles ce qui peut mettre en péril les entreprises dont les activités sont légales.

     Quand les secteurs d’emploi deviennent inaccessibles pour les clandestins, ils doivent se tourner vers les réseaux criminels pour survivre (LEMOINE,2012). Ceux-ci se concentrent majoritairement dans les quartiers nord de Marseille qui sont réputé pour être les plus dangereux de toute la France (GUIBERT, 2015).

     Ces réseaux savent comment s’implanter dans les quartiers et comment recruter des membres même à un très jeune âge. Bien que certains craignent ces réseaux puisque les membres sont constamment en danger de mort, d’autre ne pose pas de question quant à la nature de l’argent qui sert à payer le loyer ou la nourriture puisqu’elle permet de survivre (LEMOINE, 2012). Ces réseaux sont donc jusqu’à un certain point bénéfique pour les clandestins et les habitants de ces quartiers puisqu’ils jouent le rôle du soutien de l’état bien qu’ils soient violent et dangereux (LEMOINE, 2012).

     L’immigration clandestine touche plusieurs aspects de la ville de Marseille. Qu’il s’agisse des logements ou du travail illégal, l’impact qu’on ces sans-papiers sur la ville portuaire est évident. Bien que des efforts soient faits pour améliorer leur situation, il est inévitable que des solutions permanentes doivent bientôt être mise en place pour éviter l’éclatement d’une des villes les plus culturellement riches de France.

Signé Justine Morasse


MÉDIAGRAPHIE

OTHILY, Georges et BUFFET, François-Noël. « Immigration clandestine : une réalité inacceptable, une réponse ferme, juste et humaine (rapport) », dans Sénat, [En ligne], http://www.senat.fr/rap/r05-300-1/r05-300-1.html (consulté le 21 février 2015)

PIEL, Simon. « À Marseille, le procès d’un marchand de sommeil » dans Le Monde, [En ligne],  http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/09/28/a-marseille-le-proces-d-un-marchand-de-sommeil_1767133_3224.html (consulté le 21 février 2015)

PLATFORM FOR INTERNATIONAL COOPERATION ON UNDOCUMENTED MIGRANTS. « Logement et sans-abrisme des migrants sans papiers en Europe », [En ligne], http://picum.org/picum.org/uploads/publication/Annual%20Conference%202013%20report%20HOUSING_FR_FINAL.pdf (consulté le 21 février 2015)

LEMOINE, Maurice. « Marseille, quartiers nord », dans Le Monde diplomatique, [En ligne], http://www.monde-diplomatique.fr/2012/09/LEMOINE/48118

GUIBERT, Jonathan. Entrevue réalisé le 27 mars 2015 dans le cadre du cours de démarche d’intégration des acquis en sciences humaines avec Jonathan Guibert, natif de Marseille.