Archives de catégorie : Les clandestins en Espagne

L’immigration clandestine en Espagne

Fronterasur (2005)
Fronterasur (2005)

Avez-vous déjà entendu parler de l’immigration clandestine?

La plupart des gens s’entendent pour dire qu’un clandestin est une personne qui vit illégalement dans un pays, traverse une frontière sans papiers légaux et n’est pas un citoyen officiel. (voir Mythes et réalité par rapport à la clandestinité)

Maintenant, comment cette définition s’applique-elle au cas de l’Espagne? Ce pays ne partage que des frontières avec le Portugal et la France, des pays où on imagine mal un grand nombre de clandestins en mouvement constant. Mais le problème n’est pas là. Les clandestins qui arrivent en Espagne par milliers y sont arrivés par nul autre moyen de transport qu’une embarcation misérable.

1 600 migrants sont portés disparus depuis le début de l’année 2015 dans la Méditerranée. Les chiffres ne font qu’augmenter.

Le sujet de l’immigration clandestine en Espagne peut se diviser en plusieurs dimensions pour en faire une analyse plus profonde. En effet, il est important de traiter de plusieurs aspects. Notamment, de l’aspect géo-historique puisqu’il favorise l’immigration clandestine entre les pays du nord de l’Afrique et l’Europe.  L’aspect socio-politique pour démontrer les impacts sur la société quant aux mentalités face aux migrants et les changements politiques qui en résultent. L’aspect socio-économique pour voir si, à long terme, l’Espagne va retrouver une certaine stabilité financière et sociale.

Nous considérons le sujet de l’immigration clandestine en Espagne en est un primordial au sein de l’espace Méditerranéen. En effet, l’Espagne est le pays de transit migratoire par excellence en Europe. Dans l’actualité, elle se trouve au cœur des nouvelles, souvent accompagnées de ses homologues Italiens et Grecs, parce qu’elle fait partie de plusieurs débats et fait face à plusieurs problématiques de grande envergure. Il va de soi en s’informant sur la question que les migrations qui se font du sud au nord (ce qui s’applique très bien à ce pays), entraîneront à long terme un certain déséquilibre démographique, financier et social. Effectivement,

[l]’immigration clandestine est un phénomène qui accable l’Espagne depuis plusieurs décennies. En raison de la position géographique de ce pays et du manque de législation internationale concernant l’immigration clandestine, il est délicat de jongler avec cette situation (Lafrance,  2014).

Suite à l’événement du 19 avril dernier,  un naufrage survenu au large de la Lybie et de L’Italie, où 700 migrants sont portés disparus, il nous semble encore plus urgent que des mesures doivent être  prises pour empêcher une nouvelle catastrophe clandestine. Partout dans le monde, ce naufrage, s’inscrivant dans une longue liste de tragédies qui étaient plutôt inconnues du grand public jusqu’à maintenant, fait la Une dans les plus grands médias et s’accompagne d’une prise de conscience générale du problème Méditerranéen.

En effet, on remarque une certaine agitation des ministres européens : ils sentent qu’il faut agir au plus vite, car c’est leur continent entier qui est aux prises avec des flux migratoires d’arrivée provenant d’Afrique et de sortie de citoyens qui vont rejoindre les rangs djihadistes dans les pays du Moyen-Orient. Suite à nos lectures sur le sujet, nous sommes d’autant plus conscientes que cette problématique ne doit pas seulement être réglée « prochainement », mais bien rapidement. L’indifférence des états perçue dans nos lectures a laissé place à la réaction face aux problèmes.

Nous espérons que suite à ce qui s’est passé, l’immigration clandestine, qu’elle soit en Espagne ou ailleurs dans l’espace Méditerranéen, soit prise comme un problème d’envergure et que l’on agisse concrètement pour le régler à sa source même.

Pour un portrait global de la situation en Méditerranée, vous pouvez consulter l’article La tragédie des migrants en Méditerranée résumée en sept cartes et graphiques .

Voici un reportage très intéressant en lien avec les passages des migrants clandestins à Melilla (Espagne)

Ashley Riley

Emilie Renaud

Marianne Renauld Robitaille

Médiagraphie :

LAFRANCE, Sofie. « La polémique de l’immigration clandestine en Espagne», dans UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE, Perspective Monde, [En ligne], http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=378 (Page consultée le 8 février 2015)

Mythes et réalité par rapport à la clandestinité

Nous avons fait un sondage auprès de la population Montréalaise  dans le but de découvrir les perceptions de chacun  par rapport à la situation des clandestins en général dans le monde.  Dans cette rubrique, nous allons présenter les résultats de notre sondage et vous indiquer, après avoir effectué une recherche, de quelle façon ceux-ci se rapprochent ou s’éloignent de la véritable situation des clandestins aujourd’hui.

(Brooks , 2005)
(Brooks , 2005)

1. Qu’est ce qu’un clandestin?

Définition d’un clandestin :

Tout individu quittant son pays pour s’installer dans un autre en évitant de s’inscrire dans une procédure administrative légale et en bénéficiant de l’aide d’un passeur. (Ghorra-Gobin, 2006)

À notre grande surprise, la majorité des répondants ont réussi à cerner ce qu’est un clandestin. Ils expliquent que c’est une personne qui vit illégalement dans un pays, qui traverse une frontière sans papiers légaux et qui n’est pas un citoyen officiel.

2. Qu’est-ce qui qualifie le mieux un clandestin?

A) un pauvre

B) un sans-emploi

C) un nomade

D) un criminel

E) un migrant désespéré

F) autre

La réponse la plus adéquate pour qualifier un migrant clandestin serait la réponse e) un migrant désespéré. En effet, les clandestins ne sont pas que des pauvres, que des sans-emploi, que des criminels, leur réalité est beaucoup plus complexe et englobe plus de facteurs que seulement l’un de ses critères.  Le mythe entourant les clandestins aurait tendance à les qualifier de criminels. Cependant les répondants ont vu juste puisqu’un migrant désespéré est le qualificatif le plus populaire auprès des sondés.

3. Selon vous, pourquoi le phénomène de la clandestinité est-il un enjeu important dans le monde?  Nommez deux pays touchés par le phénomène d’immigration clandestine dans le monde.

Les principales raisons évoquées sont celles ayant un lien avec les impacts socio-économiques comme les activités illégales qui s’en suivent, la non déclaration des impôts, le faussement des statistiques du pays et les problèmes  de gestion  et d’investissements de temps et d’argent.  De plus, le fait que le phénomène de la clandestinité  touche beaucoup de gens a été souligné. En effet, les sondés sont conscient que c’est une situation qui ne touche pas qu’une région dans le monde, mais bien plusieurs endroits dispersés sur la planète, notamment les pays de la Méditerranée, le Mexique, les États-Unis, la Corée du Nord et du Sud.

Certaines personnes interrogées ont aussi mentionné l’aspect de danger, de drames humains et des morts dues aux conditions de la traversée comme enjeu important.

Nous pouvons ajouter à ces réponses que le phénomène de la clandestinité est aussi un enjeu démographique. Les migrations se faisant des pays pauvres vers les  pays riche créent  un débalancement démographique considérable dans le monde. Pour les pays développés, cela amène un problème de surpopulation et pour les pays sous-développés, le départ de masse de la population empêche de créer de la richesse et d’améliorer le niveau de vie.

Autres informations pertinentes

Quel âge ont les migrants clandestins en moyenne? 

Ils ont entre 18 et 30 ans.  (Lahlou, 2005)

Quelles sont les raisons qui poussent les migrants à quitter leur pays d’origine?

Les principales raisons sont la pauvreté, la recherche d’un meilleur emploi, accéder à de meilleures conditions de vie ou quitter un pays instable.  (Martin-Munoz, 2002)

Quel niveau d’éducation ont les migrants clandestins (Migrants subsahariens en transit au Maroc) ?

Les migrants clandestins sont pour la majorité scolarisé ou très scolarisé (54%). En effet, 24% d’entre eux ont fait des études supérieures au bac,  14% ont terminé leur baccalauréat et 16% ont terminé leurs études secondaires.

Nous espérons vous  avoir éclairé sur certains mythes reliés au sujet de la  clandestinité comme problématique mondial.

Marianne Renauld Robitaille

Emilie Renaud

Ashley Riley

Médiagraphie:

  • GHORRA-GOBIN, Cynthia. « Clandestin », Dictionnaire des mondialisations, Armand Colin, 2006, 399 p.
  • LAHLOU, Mehdi.  « Principales évolutions ayant affecté les migrations irrégulières entre l’Afrique du Nord et l’Europe au cours des dernières années » dans  Les migrations irrégulières entre le Maghreb et l’Union Européenne : évolutions récentes, [En ligne],  http://www.carim.org/Publications/CARIM-RR05_03_Lahlou.pdf (Page consultée le 12 février 2015)
  • MARTIN-MUNOZ, Gema. « Avant-propos L’importance des migrations dans l’histoire de l’Espagne » dans Espagne, Pays de migrations, [En ligne], http://www.generiques.org/wp-content/uploads/old-images/pdf/Migrance_21fra.pdf (Page consultée le 12 février 2015)

L’arrivée clandestine pour l’économie espagnole : un atout ou un fardeau?

 

Drapeau espagnol  Flickr (auteur : fdecomite)
Drapeau espagnol
Flickr (auteur : fdecomite)

L’économie espagnole est loin d’être celle qui a connu le plus de stabilité au cours du XX et XXIe siècle.  Après avoir connu une période de noirceur sous le régime franquiste (voir L’immigration clandestine en Espagne : de l’émigration à l’immigration) , l’Espagne s’est bien redressée et a su se démocratiser en plus d’offrir une performance économique qui lui fut digne d’une place dans la zone euro.  Mais suite à la crise économique de 2008, ce pays est aussi l’un des plus durement touchés et il doit désormais trouver de nouveaux moyens pour rattraper son écart avec la plupart de ces voisins (Baron et Le Bayon, 2014).

Bien sûr, pour l’Espagne, la tentative de sortir de la récession et de reprendre son économie en main implique de se pencher sur la gestion de ses frontières.  C’est ici que l’immigration clandestine entre en jeu, car les migrants illégaux peuvent d’une part, par leur ajout à la démographie du pays, créer une offre de travail additionnelle et occuper des emplois que la population non-immigrée déserte (ainsi faire rouler l’économie). D’autre part, cependant, leur entrée dans le pays s’étant fait en échappant aux mesures traditionnelles (sans enregistrement, sans obtention de permis de séjour),  les activités que les migrants vont pratiquer à des fins de rémunération seront forcément non-déclarées et iront enrichir ce que l’on nomme économie souterraine. Or, l’économie souterraine est source de graves dysfonctionnements dans le système espagnol (Aparicio, 2010).  Penchons-nous un peu sur ce qu’elle implique.

La crise économique mondiale de 2008 affecte beaucoup l'économie espagnole et les pays européens en général
La crise économique mondiale de 2008 affecte beaucoup l’économie espagnole et les pays européens en général

 

L’importance de économie souterraine espagnole

On parle de l’économie souterraine comme l’essentiel des activités échappant au contrôle de l’état.  Cela englobe tous les contrats de travail non-déclarés,  le trafic de psychotropes, la prostitution ainsi que le blanchiment d’argent.  L’économie souterraine engendre une diminution des ressources publiques, c’est-à-dire qu’elle prive l’état d’une source de revenus car le travail non-déclaré n’implique aucun paiement de taxes.  Selon les estimations, elle représente entre 20% et 25% du produit intérieur brut (PIB) de l’Espagne en 2014.

L’économie souterraine existait déjà bien avant les premières vagues d’immigration clandestine (début des années 80). Le marché noir n’est donc pas une conséquence de l’immigration illégale (Cachon, 2008) : il fait partie des causes qui poussent certains migrés à traverser.

Tel que mentionné ci-haut, l’Espagne a connu une période de prospérité et de croissance économique qui commence vers  la fin des années 80 jusqu’à la plus récente crise économique.  Ce qu’on dit peu, c’est qu’une partie de cette croissance même est due au travail illégal.  Effectivement,  les secteurs qui demandent le plus de main-d’œuvre étrangère (comme la construction) sont les piliers de la croissance économique du dernier vingt ans, et [ils] se caractérisent par des niveaux importants d’emplois irréguliers (Gabrielli, 2011).

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’en Espagne l’économie souterraine reste à ce jour très importante pour toutes ces raisons. Elle agit comme un amortisseur de la crise économique.  Malgré les efforts du gouvernement espagnol à lutter contre la fraude,  le marché noir est si vaste qu’il est, pour l’instant, idéaliste de l’éradiquer.

Quels sont les risques pour l’Espagne d’ouvrir un peu plus ses frontières?

Il ne faut pas oublier que la côte espagnole est la frontière méridionale de tout un ensemble de pays : L’espace Schengen (zone euro). Par conséquent, si l’Espagne a une décision d’envergure à prendre par rapport à ses frontières, cela doit se faire en solidarité avec l’avis des pays de l’Union Européenne. Selon Lorenzo Gabrielli, depuis l’adhésion du pays à l’UE en 1985, l’Espagne a du restreindre son ouverture aux pays du Maghreb. C’était un changement majeur qui aurait à coup sur des répercussions économiques.

Par ailleurs, l’opinion publique est plutôt défavorable à l’arrivée des migrants clandestins.  Ceux ci sont victimes de racisme et de xénophobie (voir L’immigration clandestine en Espagne : la réaction de la société espagnole) précisément parce que tout ce qui les concerne est hypermédiatisé.  Il s’agit de « l’institutionnalisation » de l’immigration (Cachon, 2008).  Désormais, l’immigration, même légale est considérée comme un gros problème social à cause de son omniprésence dans l’actualité.

Il faut aussi spécifier que le processus de régularisation des migrants présente de grandes lacunes. Le modifier représenterait temps et argent que l’état n’est pas en mesure de fournir. En effet, c’est parce que les procédures devant être franchises par un migrant clandestin irrégulier pour devenir un migrant régulier et obtenir des papiers légaux prend plusieurs années  que l’on remarque une différence cruciale entre les objectifs gouvernementaux par rapport à la clandestinité et les résultats statistiques donnés (Gabrielli, 2011).

Dans quelle mesure l’arrivée clandestine est-elle positive pour l’économie?

En premier lieu, il faut savoir que comme de nombreuses populations occidentales, la population espagnole est vieillissante. Tout comme nous l’avons indiqué dans notre article Mythes et réalités par rapport à la clandestinité, les immigrants clandestins sont relativement jeunes (entre 18 et 30 ans) et scolarisés.  Considérant cela, l’Espagne aurait peut-être avantage à accorder aux migrants le droit d’asile prévu dans les conventions qu’elle a elle-même signée.  Sans parler du taux de chômage espagnol, qui de 2005 à 2012, est passé de 9,16 à 24, 60% (Delezenne, 2012).

N’oublions pas que les grillages et barbelés sur les frontières, les nombreux centres d’accueils temporaires des immigrés (CETI) ainsi que la totalité des gardes et du matériel de surveillance des barrières  employés afin de contrôler l’immigration clandestine en Espagne ont un coût social qu’il serait possible d’alléger si l’on accordait de l’importance à la régulation de l’immigration clandestine.

Aussi, il est connu que les secteurs de la construction, du tourisme, des services à la personne (ex : service domestiques) et de l’agriculture sont nourris par la main-d’œuvre clandestine. Bien que ces emplois  soient précaires et sensibles aux faiblesses conjoncturelles (Kachani, 2011), l’obtention de tels emplois reste encore l’objectif numéro 1 des migrants partant d’Afrique vers l’Europe.

Les secteurs comme la construction et le tourisme font partie des emplois les plus courants chez les migrants clandestins Source: freeimages.com
Les secteurs comme la construction et le tourisme font partie des emplois les plus courants occupés par les migrants clandestins
Source: freeimages.com

Que faut-il en retenir ?

Au delà de la réflexion sur les risques ou avantages représentés par une plus grande ouverture à une immigration provenant majoritairement d’Afrique du Nord, certains acteurs de la dynamique clandestine méditerranéenne, notamment certains chercheurs, semblent indiquer que les passeurs (c.à.d les gens qui font payer les migrants en échange d’une place dans une embarcation) auront toujours des clients car il y aura toujours des personnes qui auront besoin de sortir de leur continent (les différentes crises en Afrique vont continuer et encourager les citoyens à fuir) À moins d’une plus grande solidarité européenne ou une décision commune d’assouplissement des règles d’accueil des migrants , pour L’UE, dresser plus de frontières et augmenter les bateaux de surveillance (des actions  récemment adoptées en réaction au dernier naufrage) ne vont pas effacer le vrai problème.

Le passage Espagne-Maroc est par ailleurs en 2015 moins fréquenté par les migrants clandestins que la route centrale Méditerranéenne ou celle de l’ouest.  Mais la question de la légitimité des mesures de « protection »  contre l’immigration non-régulière se pose tout de même.

Après une courte analyse des bénéfices et inconvénients de l’immigration clandestine, on déduit que les pays comme  l’Espagne ont de la difficulté à reconnaître l’indispensable besoin  de main d’œuvre nécessaire à la survie économique de l’Europe.

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Considérer l’immigration clandestine comme une priorité est risqué pour l’Espagne, un pays qui est depuis un certain temps déjà en crise sociale.  Pourtant, si elle faisait un effort de règlementation minimal, peut-être que la présence  clandestins en son territoire pourrait à long terme être bénéfique pour son économie. Mais sa position géopolitique et d’autres facteurs la mettent dans une situation ambiguë.  Elle ne peut que se redresser les manches et compter sur ses atouts comme la forte solidarité familiale des espagnols (Campos, 2008) pour continuer d’affronter les intempéries de la crise économique mondiale.

Alors, l’Espagne est-elle prisonnière des décisions de l’Union Européenne?

Si vous avez envie d’en apprendre plus par rapport à ce sujet, je vous conseille d’écouter le Témoignage d’un migrant ainsi que l’avis d’une juriste spécialiste de l’observatoire des frontières Migreurop.  

Médiagraphie :

APARICIO, Rosa. et al. Les Politiques Relatives Aux Migrants Irréguliers, [En ligne], Stasbourg, Éditions du conseil de l’Europe, 2010, 125p. , dans Google Books (Page consultée le 22 mars 2015)

BARON, Nacima et Sabine LE BAYON, « ESPAGNE (Le territoire et les hommes) – Économie », Encyclopædia Universalis [En ligne], http://ressources.cgodin.qc.ca:2066/encyclopedie/espagne-le-territoire-et-les-hommes-economie/ (consulté le 26 avril 2015)

CACHÓN, Lorenzo « L’immigration en Espagne (1996-2006) : logique de marché et « institutionnalisation » », Travail et Emploi [En ligne], 115 | juillet-septembre 2008, mis en ligne le 03 mars 2011.  http://travailemploi.revues.org/4270  (consulté le 22 février 2015)

CAMPOS, Angel Pueyo et Maria LUZ HERNANDEZ, « L’Espagne face à la grande récession depuis 2008 », Mappemonde, 2014, [En ligne] http://mappemonde.mgm.fr/num39/articles/art13301.fr.html (page consultée le 22 mars 2015)

DELEZENNE, Leila « Vers la fin de l’immigration marocaine en Espagne » dans CECILE, Centre d’Études en civilisations, Langues et Littératures Étrangères [En ligne] http://cecille.recherche.univ-lille3.fr/axes-de-recherche/mediterranee-passages-hybridites/publications-en-ligne/article/vers-la-fin-de-l-immigration (page consultée le 22 février 2015)

GABRIELLI, Lorenzo. La construction de la politique d’immigration espagnole : ambiguïtés et ambivalences à travers le cas des migrations ouest-africaines [En ligne], thèse de doctorat (science politique), Université de Bordeaux, 2011, 469p. (page consultée le 15 mars 2015)

KHACHANI, Mohamed. Simposio internacional : Inmigración y Globalización, Los migrantes marroquíes en España, [En ligne], 2011, http://www.funciva.org/uploads/ficheros_documentos/1296039148_m_khachani.pdf (page consultée le 22 février 2015)

Marianne Renauld Robitaille

L’immigration clandestine en Espagne: de l’émigration à l’immigration

L’historique des migrations concernant l’Espagne

L’Espagne, terre d’émigration avant tout

L’Espagne a longtemps été considérée comme une terre d’émigration, notamment à cause de sa situation d’instabilité politique, économique et sociale. En effet, l’Espagne a été un des pays d’émigration les plus importants en Europe. Les principales destinations des Espagnols étaient des colonies espagnoles, donc l’Amérique Latine, plus particulièrement l’Argentine, Cuba, le Brésil et le Venezuela ainsi que l’Afrique du Nord, dont le Maroc et l’Algérie. Puis, vers les années 1960, la destination des migrants espagnols fluctue vers l’Europe Occidentale. (Gozalvez Pérez, 1996).

L’Espagne, devenue terre d’immigration

En 1973,  les flux migratoires les plus importants sont ceux de retours. (Gozalvez Pérez, 1996) En effet, depuis 1950, l’Espagne fait face à un processus de transformation économique pour mettre fin à l’autarcie. Plusieurs autres facteurs entraînent ce retour, notamment les accords avec les États-Unis, l’augmentation du tourisme, le processus d’urbanisation et d’industrialisation qui ont favorisé de changements autant sociaux qu’économiques. Ainsi qu’un changement politique majeur, la transition vers une démocratie, due au départ de Franco. (Martin-Munoz, 2002).

Mais pourquoi vouloir quitter l’Espagne?

Franco

L’Espagne franquiste en détails
Caractéristiques du régime

La dictature de Franco en Espagne  a débuté en octobre 1936 et a duré près de quarante ans. Son règne est caractérisé par une idéologie traditionaliste et antimoderniste basée sur la religion catholique. C’est un régime a parti unique, un régime autoritaire, totalitaire pour certains et voir même fasciste. Il est antidémocratique et répressif, ce qui se voit notamment dans le rejet du libéralisme et des libertés politiques comme le droit d’association et d’opinion. Il est aussi caractérisé par un très fort nationalisme espagnol, d’où le refus de tout droit politique, linguistique ou culturel des régions. L’Armée est utilisée pour maintenir l’ordre et la lutte contre l’ennemi intérieur. Voilà tous des raisons pour lesquelles les habitants désirent quitter ce pays mené par un dictateur, et ce, en grand nombre. L’Église sert à légitimer le pouvoir de Franco en faisant de son coup d’État une « Croisade contre l’athéisme marxiste ». À son tour, Franco reconnaît le catholicisme comme la religion d’État, assure un budget et rétablie en fonction des religieux dans les syndicats, l’armée et les écoles, où le contrôle social s’effectue. L’État contrôle donc la police politique, l’éducation nationale, l’action syndicale, la presse, la radio, la propagande et toute la vie économique. Durant cette dictature, l’Espagne n’est donc pas un pays où il fait bon vivre ni un pays très ouvert sur le monde extérieur, d’où l’absence d’immigration(Histoire de l’Espagne, 2011).

Évolution du régime

Sous le premier franquisme (1939-1959), l’Espagne est ruinée démographiquement et économiquement. Sous ce régime oppressif, tous ceux qui s’opposaient au « Glorieux mouvement national » pouvaient être poursuit, même que des dizaines de milliers d’opposants politiques ont été fusillés sous la première décennie de la dictature de Franco.

Économiquement, la majeure partie de la population est en situation de faim et de pauvreté extrême. La pauvreté étant une raison de quitter son pays d’origine tel que vu dans l’article provant de notre sondage (Mythes et réalités par rapport à la clandestinité) .  Pour Franco, la solution c’est l’autarcie basée sur l’autosuffisance et l’intervention de l’État. Par exemple, l’État fixait le prix agricole et obligeait les paysans à céder leurs surplus agricoles. Voilà un premier exemple d’une Espagne fermée sur le monde.

À la veille de la secondaire guerre mondiale, l’Espagne se range du côté de l’Axe, mais dès que cela devient un embarras,  elle se considère neutre. Malgré la proclamation de sa neutralité, l’Espagne est condamnée comme alliée de l’Axe. Ce qui a contribué la mise à l’écart de l’Espagne lors de la création de l’Organisation des Nations unies. Voilà un deuxième exemple d’une Espagne fermée sur le monde.

Mais tout bascule lors de la guerre froide, car les États-Unis mettent en place plusieurs bases militaires en Espagne en échange d’une aide financière et militaire pour l’Espagne.  Ce pays devient donc un acteur important dans le bloc anti-communiste et adhère finalement, en 1955, à l’Organisation des Nations unies. Une première tentative de s’ouvrir au monde.

À cause de l’échec de l’isolationnisme, l’autarcie prend fin dans les années 1950 et dès cette année-là l’Espagne assiste à une certaine libéralisation des prix et du commerce. C’est la fin du rationnement des aliments et le début d’une croissance économique. En 1954, le PIB/habitant dépasse celui de 1935, ce qui veut dire que vingt ans avaient été perdus en ce qui a trait à l’économie.

Même après ces changements, la fin de Franco est dépeinte par une opposition plus en plus marquée des travailleurs, étudiantes, souverainistes et même l’Église catholique qui cesse d’appuyer le régime. C’est donc en 1973 que Franco abandonne son poste pour être remplacer par l’amiral Carrero Blanco désigné pour assurer la continuité du régime franquiste. Cependant, Blanco meurt d’un attentat la même année, ce qui ne laisse pas le choix au pays de revoir Franco comme dirigeant du pays, ce qui laisse place à la période la plus agonisante du régime jusqu’à sa mort en 1975.

Mais la croissance économique amorcée  amène une forte inflation, donc encore plus de misère. Les réformes économiques étant nécessaires, le protectionnisme et l’intervention étatique a diminué pour laisser place au système libéral, ce qui favorise l’intégration de l’Espagne au reste de l’Europe après la mort de Franco (Histoire de l’Espagne, 2011).

L’Espagne n’a pas eu le choix de changer, et ce, malgré la volonté de Franco. Ces nombreuses transformations  socio-économiques et politiques ont ouvert l’Espagne à l’Europe et du même fait, à l’immigration légale ET clandestine.

 

Emilie Renaud

Article sur le même sujet et du même auteur:

L’immigration clandestine en Espagne: une situation de proximité

 Article sur le même sujet:

Présentation du sujet: L’immigration clandestine en Espagne

Mythes et réalités par rapport à la clandestinité

Médiagraphie

L’immigration clandestine en Espagne: une situation de proximité

Espagne

 

La proximité des frontières entre les pays développés de l’Union Européenne et les pays sous-développés ou en voie de développement de l’Afrique du Nord crée une situation d’instabilité géo-démographique, soit l’immigration clandestine. Ce phénomène amène des problèmes de sécurité aux frontières de l’Europe, notamment en Espagne, principale porte d’entrée de ce continent.

D’où vient cette migration illégale?

Les migrants clandestins qui se dirigent vers l’Espagne proviennent en très grande majorité de l’Afrique subsaharienne (Joëssel, 2007), notamment de l’Afrique du nord-ouest soit du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie,  du Mali, du Sénégal, de la Guinée et  bien d’autres encore  (Carnet, 2012).

Quels sont les principaux lieux de passages des clandestins?

La situation de proximité entre le territoire espagnol et l’Afrique du Nord favorise les flux d’immigration clandestine, surtout en ce qui a trait à trois passages.  De plus, tous les moyens sont bons pour tenter de rentrer sur le territoire européen, autant les voies terrestres, aériennes que maritimes (Joannin, 2006).

Premièrement, la frontière qui cause le plus de troubles est celle qui sépare l’Espagne au Maroc en raison du détroit de Gibraltar qui sépare ces deux pays  par seulement  une dizaine de kilomètres (Pérés, 1999).   Vers la fin des années 80, les clandestins, principalement des Marocains, empruntent la voie maritime et traversent le détroit du Gibraltar à l’aide de petites barques en bois, appelés pateras et autrefois utilisé pour la pêche.  Puis, vers les années 2000, ils échangent les petits bateaux de bois pour des zodiacs.  Les autres moyens de transport utilisés sont les ferries,  les remorques, ou même des voitures familiales dans lesquels ils réussissent à embarquer en soudoyant des forces de polices ou bien tout simplement en se cachant. (Carnet,  2012)

http://en.wikipedia.org/wiki/2007_Morocco%E2%80%93Spain_diplomatic_conflict#/media/File:Ceuta-melilla.png
http://en.wikipedia.org/wiki/2007_Morocco%E2%80%93Spain_diplomatic_conflict#/media/File:Ceuta-melilla.png

Deuxièmement, le cas du Maroc est aussi problématique à cause des enclaves espagnoles, Ceuta et Melilla,  présentes sur le territoire marocain (Péres, 1999). Cette option en reste une plutôt efficace puisque la loi autorise les Marocains à résider sur les enclaves Ceuta et Melilla si ce n’est que pour rester une seule nuit.  Cependant, depuis 2005, les grillages se sont renforcés passant de 3 à 6 mètres,  ayant doublés, s’étant munis de fils barbelés et de pics de fer. Ces mesures de protection de la frontière espagnole a donc mis fin à ce point de passage, qui était pourtant le passage le moins coûteux pour les clandestins (Carnet, 2012).

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Troisièmement, devant l’impossibilité d’accéder à ces enclaves, les migrants clandestins empruntent une nouvelle voie de passage.  Il s’agit d’atteindre les îles Canaries par la voie maritime en partant soit du Sénégal, soit de la Mauritanie. Cette traversée équivaut à 850  kilomètres en mer et dure de 5 à 10 jours dépendamment du lieu de départ et des conditions climatiques. Le temps varie aussi surtout en fonction du type d’embarcation utilisé, trop souvent de grandes pirogues en bois mal en point qui contient  un nombre immense d’individus, soit entre 85 et 120 personnes, même que parfois elles peuvent contenir jusqu’à 230 personnes (Carnet, 2012).  Le contrôle de la frontière espagnole demeure un enjeu important en ce qui a trait à cette voie maritime. En effet, pour les forces de sécurité, il est plus complexe de procéder à des arrestations une fois que les migrants sont des les eaux internationales.  L’autre enjeu important, c’est le drame humain qui découle de cette traversée. Entre 700 et 800 personnes tentent fuir en traversant la mer chaque jour et 40% des bateaux qui prennent la mer à cet endroit finisse par faire naufrage (Joëssel, 2007).

Quelles sont les régions visées par les immigrants clandestins?

Une fois leur périple clandestin réussi, les régions visées varient selon  la situation économique des régions espagnoles.

Ce que les migrants clandestins recherchent avant tout, c’est d’améliorer leur sort, notamment en se trouvant un emploi qui leur permettra de se sortir de la pauvreté (voir Mythes et réalités par rapport à la clandestinité).

En Espagne, les régions visées par les clandestins sont donc nécessairement des endroits où il y a une possibilité de travail (Gozalvez Pérez, 1996). Les grandes agglomérations comme Madrid et Barcelone sont donc très attrayantes puisqu’elles offrent plusieurs possibilités d’emplois dans la construction, le service domestique, la restauration, la vente et les affaires illégales qui s’adonnent souvent dans les grandes villes. Les zones littorales méditerranéennes sont aussi attrayantes puisqu’elles offrent des emplois reliés au tourisme et à l’agriculture. (Pérez & Medina, 2004)

En conclusion, les principaux migrants clandestins qui se dirigent vers l’Espagne proviennent d’Afrique du Nord, ils quittent donc un pays avec d’énormes difficultés socio-économiques. Les principales voies de déplacement qu’ils utilisent sont le détroit de Gibraltar, les enclaves Ceuta et Melilla et les Îles Canaries. Chacune de ces voies contiennent leur lot de problématiques pour ce qui est des conditions misérables des trajets, la sécurité nationale espagnole et  l’aspect de la sécurité humaine, c’est-à-dire, les risque de noyade et de mort.  Cette problématique était connue des autorités européennes et africaines, mais la situation ne semblait pas urgente jusqu’à tout récemment. L’éveil de la communauté internationale face à cette problématique qui touche la Méditerranée apportera sans doute des solutions et une certaine mobilisation. Les solutions envisageables concernent notamment le renforcement de la coopération entre les pays de départ et les pays d’arrivée. Trop de naufrages et de morts tragiques découlent des problèmes socio-économiques des pays de départ, il faudrait donc régler ce problème en s’attaquant à sa source.

 Emilie Renaud

Médiagraphie

  • « Évolution des routes migratoires « clandestines » » dans Pauline CARNET,  « Passer et quitter la frontière ? : les migrants africains »clandestins » à la frontière sud espagnole », Archives-Ouvertes.fr,[En ligne],https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00691680/document (Page consultée le 9 février 2015)
  • GOZALVEZ PÉREZ, Vicente « L’immigration étrangère en Espagne (1985-1994),  Revue Européenne des Migrations Internationales, vol.12 no1, 1996, [En ligne], http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remi_0765-0752_1996_num_12_1_1495 (Page consultée le 16 février 2015)
  • JOANIN, Pascale « L’immigration illégale  en Europe : Le cas de l’Espagne » Le Centre de recherches et études sur l’Europe, [En ligne], http://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0036-l-immigration-illegale-en-europe-le-cas-de-l-espagne (Page consultée le 19 février 2015)
  • JOËSSEL, Viviane, « L’Espagne dépassée par le phénomène de l’immigration clandestine », dans UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE, Perspective Monde, [En ligne], http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=378  (Page consultée le 8 février 2015)
  • PÉRÉS, Hubert,  « L’Europe commence à Gibraltar : le dilemme espagnol face à l’immigration » dans Persée portail de revues scientifiques, [En ligne], http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pole_1262-1676_1999_num_11_1_1048 (Page consultée le 18 février 2015)
  • PÉREZ, Jesus M. Gonzalez & MEDINA, José Somaza « Territoire et immigation. Une étude de cas en Palma de Mallorca et Léon », dans CYBERGÉO : REVUE EUROPÉENE DE GEOGRAPHIE, Espace, société, territoire, [En ligne], http://cybergeo.revues.org/2440  (Page consultée le 11 février 2015)

L’immigration clandestine en Espagne: les mesures politiques et la sécurité des frontières

Il n’est pas rare d’être témoin de changements de loi et de la mise en place de différentes réformes qui ne font pas l’unanimité au sein de la population. Dans le cas de l’Espagne, qui était un pays d’émigration et qui est désormais un pays d’immigration suite à la mort de Franco en 1975 (L’immigration clandestine en Espagne: de l’émigration à l’immigration), ce pays a dû s’adapter à cette nouvelle réalité qui ne plaît pas à beaucoup d’Espagnols. Ainsi, depuis les années 80 et encore aujourd’hui, les différents gouvernements ayant été au pouvoir n’ont pas eu d’autres choix que d’adopter plusieurs mesures politiques dans le but de réguler le plus possible la venue d’immigrants dans le pays. En effet, le contrôle des flux migratoires en provenance du territoire subsaharien et le trafic illégal d’individus occupe une place primordiale dans la politique extérieure espagnole (Mohamad Khachani, 2011).

Les mesures politiques adoptees et leurs impacts sur l’immigration

Sans vouloir énumérer et expliquer en détail toutes les mesures politiques qui ont été mises en place depuis les années 80, cet article va présenter celles qui ont eu le plus d’impacts sur l’immigration clandestine en Espagne.

La première mesure qui a été adoptée par le gouvernement espagnol est en 1985-1986 et on la nomme la Loi d’extranéité et de son Règlement d’exécution. Elle a pour objectif de mettre en place les premiers visas, de régler les passages des frontières et le processus d’expulsion. Également, de donner la documentation obligatoire pour habiter et travailler dans le but de réguler le marché du travail (Les clandestins en Espagne: leurs activités économiques) et la sécurité publique en Espagne. Cette loi n’est qu’un début des mesures adoptées et donc, elle oublie certainement d’autres aspects importants pour contrôler l’immigration comme, par exemple, l’aide dans le domaine de la santé. Ainsi, cette première loi n’a pas le succès escompté. Le gouvernement espagnol commence à prendre conscience du phénomène de l’immigration clandestine. C’est pourquoi, entre les années 1986 et 1990, l’Espagne met en place 33 mesures qui vont contrôler le nombre d’immigrants entrant sur le marché du travail par l’entremise de quotas et de contingents, c’est-à-dire qu’on donne aux immigrants les emplois qui ne sont pas couverts par la population espagnole. Cela va contrôler un peu plus la venue des immigrants voulant travailler sur le territoire espagnol, mais seulement le cinquième de la population visée va être réellement regularise (Agrela Romero, 2001). En 1991, une seconde vague de régularisation de migrants en situation irrégulière va avoir un impact sur le nombre d’immigrants qui s’installent en sol espagnol.  En effet, cette regularisation va attirer plusieurs clandestins à s’installer, dont les Marocains vu leur proximité au territoire espagnole.

Le gouvernement espagnol va également adopter, en 1994, le projet pour l’intégration sociale des immigrants, puisqu’un des grands problèmes pour les immigrants, légaux ou illégaux, est l’intégration dans la société. Plusieurs d’entre eux sont victimes de racisme et de xénophobie (L’immigration clandestine en Espagne: la réaction de la société espagnole) , deux phénomènes bien présents au sein de la population espagnole. Toutefois, ce projet se limite aux migrants légaux. Ainsi, cela à des impacts négatifs sur les clandestins en Espagne, puisqu’ils sont dans l’impossibilité d’avoir accès aux ressources sociales qui demandent une documentation règlementaire (Agrela Romero, 2001).

Après avoir pris conscience de l’ampleur de la nouvelle réalité migratoire en Espagne et devant respecter ces nouveaux contrats sur le plan international, les autorités espagnoles vont adopter le second Règlement d’extranéité en 1996. Son but premier est d’aider à l’établissement et l’intégration des immigrants qui habite en Espagne. Notamment, il va y avoir la mise en place de nouveaux visas qui poussent à six mois le délai quant à la résolution des dossiers, « la reconnaissance des droits et libertés spécifiques à la population étrangère [comme] le droit à l’assistance juridique, à un interprète, à la liberté d’affiliation syndicale, etc., la création du statut de résident permanent, l’établissement d’un contingent de main-d’œuvre, une nouvelle règlementation des permis de travail […] » (Agrela Romero, 2001). Malgré l’adoption de toutes ces nouvelles mesures dans le but d’aider les immigrants, celles-ci vont plutôt simplifier les mesures d’expulsion, ce qui a un impact négatif sur les clandestins qui veulent s’intaller en Espagne.

La loi 8/2000, qui est entrée en vigueur en 2001, empêche les immigrants illégaux en Espagne d’avoir accès au « droit de vote aux élections municipales et au droit de réunion, manifestation, association, syndicalisation, de grève» (Carnet, 2011). Également, aucun regroupement familial sera toléré pour limité le nombre de migrants qui amènent leur famille illégalement dans les pays touchés par le phénomène de la clandestinité. Cette tentative de contrôler la venue des immigrants en Espagne va être renforcé par la mise en place de la réforme 14 de 2003. Celle-ci va, par exemple, obliger les entreprises de transports de passagers en Espagne à fournir une liste complète de qui se trouve sur leurs embarcations, en y incluant le nom, la nationalité, le numéro de passeport, des documents d’identité, etc. Lorsque cette réforme n’est pas respectée par les compagnies, celles-ci peuvent être passible d’une amende allant jusqu’à un million et demi d’euros. Cela limite donc grandement la venue d’immigrant clandestin, puisqu’évidemment, ceux-ci n’ont pas les papiers demandés par les compagnies de transport des passagers. De plus, cette nouvelle réforme encourage les clandestins à dénoncer les trafiquants de personne, car elle offre un permis de résident à tous ceux qui le font. Par conséquent, cela donne une image positive à l’Espagne, puisqu’elle lutte contre le trafic de personne. Cela à aussi un impact positif sur les immigrants illégaux, car ceux-ci pourront résider légalement en Espagne, en plus de diminuer les risques d’être victime de ce trafic (Carnet, 2011).

Cela résume certaines des mesures politiques que le gouvernement espagnol a adoptées, après avoir réalisé l’ampleur du phénomène de la clandestinité dans son pays.

Le renforcement de la sécurité frontalière
Une équipe maritime
Une équipe maritime

 

L’Espagne, au début des années 90, devient le surveillant des frontières sud-européenne, dû au fait qu’elle est extrêmement proche du Maroc, séparé seulement par le détroit de Gibraltar (L’immigration clandestine en Espagne: situation de proximité), et de l’Afrique du Nord. Le Système intégré de surveillance extérieure (SIVE), qui a été mis en place par l’Europe, est un des moyens pour lutter contre l’immigration clandestine et les différents trafics illégaux dans ce détroit et aux frontières des pays européens. Le SIVE « s’appuie sur des équipes maritimes, aériennes et terrestre et utilise la haute technologie : radars sensoriels, caméras thermiques et infrarouges » (Carnet, 2011), pour contrer cette grande arrivée de migrants illégaux. Il y a également eu un renforcement du contrôle policier quant à la protection des frontières, avec l’ajout de plusieurs policiers aux frontières et à l’expulsion des illégaux (Lahlou, 2005). Par exemple, en lien avec la réforme 14, les policiers ont désormais le droit de regarder les informations du registre municipal, lui qui donne accès à de divers services sociaux et est une « preuve de présence sur le territoire » (Carnet, 2011). Bref, ce renforcement policier va certainement contrôler et diminuer la venue des immigrants illégaux.

 

Ashley Riley

 

 

Médiagraphie

  • AGRELA ROMERO, Belén. Politiques d’action sociale auprès de la population immigrante étrangère en Espagne : approximations du schéma d’intervention à partir du travail social, [En ligne], 2001, http://erudit.org/revue/nps/2001/v14/n1/008344ar.pdf (page consultée le 10 février 2015)
  • CARNET, Pauline. PASSER ET QUITTER LA FRONTIERE? Les migrants africains « clandestins » à la frontière sud espagnole, [En ligne], 20 septembre 2011, https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00691680/document, p. 122 (page consultée le 17 février 2015)
  • KHACHANI, Mohamed. Simposio internacional : Inmigración y Globalización, Los migrantes marroquíes en España, [En ligne], 2011, http://www.funciva.org/uploads/ficheros_documentos/1296039148_m_khachani.pdf (page consultée le 10 février 2015)

 

Les clandestins en Espagne : Leurs activités économiques

Source: Hernan Pinera (Flickr)
Source: Hernan Pinera (Flickr)

 

Nous savons, grâce à plusieurs facteurs, que l’Espagne actuelle se trouve dans une situation économique plutôt mauvaise. Alors, comment les migrants clandestins font-ils pour s’insérer dans le marché du travail Espagnol, déjà aux prises avec des très haut taux de chômage? Sont-ils en mesure de subsister adéquatement en dehors des frontières africaines? Surtout, en quoi leur situation est-elle précaire (fragile)?

Le premier obstacle à l’obtention d’un travail « légal » est en premier lieu l’absence de papier officiels pour la majorité des clandestins.  S’installe alors ce que l’on appelle le syndrome de la menace (Morice, 2015). Pour les clandestins ayant réussi à entrer en Espagne, cela se manifeste par un stress continu de savoir que les droits à circuler, séjourner et vivre en paix et en famille sont limités et brimés.

À ce problème s’ajoute une impossibilité d’ouvrir un compte en banque ou d’obtenir un numéro de sécurité sociale.  S’installe donc en conséquence une précarité juridique, économique et sociale qui est visible dans le logement, dans la santé, et se répercute aussi sur le travail du migrant.

Alain Morice parle de  la situation des migrants en utilisant la figure de l’épée de Damoclès. Il insinue que pour les migrants, la tentation de la fraude et du trafic, surtout dans un milieu hostile, est très grande. Il est vrai que le trafic de cannabis, par exemple, occupe une place considérable dans le marché noir et que garder de la marchandise chez soi ou passer quelques kilos de drogue d’une région à un autre est fréquent, voire même légitime, car la part de risque que cela représente est nécessaire à prendre pour la survie (Carnet, 2011).

Nous pouvons lire sur ce panneau "attention-interdit" avec l'image d'une famille qui s'échappe Source : Noborder Network (Flickr)
Nous pouvons lire sur ce panneau « attention-interdit » avec l’image d’une famille qui s’échappe
Source : Noborder Network (Flickr)

 

Alors, le travail du migrant clandestin n’est jamais déclaré?

Rarement. Le profil du travailleur au noir ressemble beaucoup à celui du clandestin (voir Mythes et réalités par rapport à la clandestinité) notamment à cause de son jeune âge (Agence France Presse, 2014). Les clandestins étant attirés par les grandes agglomérations (Madrid, Barcelone, etc.) pour y trouver un emploi, il est chose courante qu’à des endroits précis de ces villes, à chaque jour, se tiennent des travailleurs cherchant à être employés sans protection sociale – et que les patrons d’entreprises passent les chercher en voiture sans grandes représailles policières (Morel, 2013).   Le travail qu’ils vont effectuer se fait à coup de services. Ce peut même être de petites réparations, le temps d’une journée. On remettra ensuite le salaire aux migrés sous forme d’argent liquide sans en informer les autorités publiques.

Qu’en pensent les acteurs du marché du travail espagnol?

Ce ne sont pas tous les acteurs et agents économiques du marché du travail espagnol qui sont unanimes au sujet de l’immigration clandestine et des avantages qu’elle apporte (Aparicio, 2010)

Les groupes qui réclament plus d’encadrement et plus de planification de l’immigration tout en faisant plus d’efforts pour lutter contre la fraude sont les syndicats et les agences de travail temporaire.  Il faut, disent-ils, travailler en collaboration avec gouvernement afin de recruter plus rapidement les migrants sans complications administratives. De nombreux groupes, qui peuvent être des Organisations Non-Gouvernementales ou être simplement des réseaux de professionnels et de chercheurs s’étant rassemblés,  se déclarent en faveur de plus d’organisation de la migration clandestine en Espagne mais aussi dans tous les pays côtiers de la mer Méditerranée.

Cependant, certains entrepreneurs ne plaideront pas en vue d’accorder plus d’encadrement pour les nouveaux arrivés puisque ceux-ci savent qu’avec des papiers légaux, les clandestins ne seront plus en mesure de faire réduire leurs coûts de production.

Ainsi, agir plus efficacement pour régulariser la migration ne fait pas l’affaire de tous. Somme toute, il s’agit d’un processus complexe que de réformer ou modifier définitivement les politiques relatives aux flux migratoires.  Nul doute qu’en matière d’immigration clandestine, l’Espagne a encore des défis à relever.

Médiagraphie

APARICIO, Rosa. et al. Les Politiques Relatives Aux Migrants Irréguliers, [En ligne], Strasbourg, Éditions du conseil de l’Europe, 2010, 125p. , dans Google Books (Page consultée le 22 mars 2015)

MORICE, Alain. « Situation actuelle des migrations internationales : réalités et controverses », L’information psychiatrique, [En ligne], Volume 91 (2015/03), p.207 à 215, dans CAIRN

MOREL, Sandrine. « En Espagne, sans l’économie souterraine, il y aurait déjà eu une révolution » Le monde [En ligne]  http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/04/25/en-espagne-sans-l-economie-souterraine-il-y-aurait-deja-eu-une-revolution_3166111_3234.html (page consultée le 22 mars 2015)

Marianne Renauld Robitaille

L’immigration clandestine en Espagne: la réaction de la société espagnole

Le racisme et la xénophobie

Le gouvernement espagnol adopte différentes mesures politiques  (L’immigration clandestine en Espagne: les mesures politiques et la sécurité des frontières) dans le but d’aider les immigrants à s’intégrer dans la société et le fonctionnement de celle-ci. Cependant, la plupart d’entre elles vont s’appliquer seulement aux personnes immigrantes vivant légalement en Espagne et par conséquent, elles vont exclure les immigrants illégaux. C’est ainsi que s’installe cette haine envers les clandestins et la discrimination qui est faite envers ceux-ci. En effet, ils sont vus « comme des “mauvais” migrants » (Europe, conseil de l’Europe: Assemblée parlementaire, 1999), puisqu’ils nuisent à la migration légale et à leur intégration dans le pays.

La proximité du Maroc de l'Espagne
La proximité du Maroc de l’Espagne

Le groupe souffrant le plus de racisme et xénophobie est sans aucun doute celui des Marocains, puisque le Maroc est le pays le plus près de l’Espagne et donc, le plus grand flux migratoire provient de ce pays. Ces Marocains, communément appelés sous le terme péjoratif « los moros », sont les plus pauvres et les plus marginalisés des immigrants en Espagne. Également, ceux-ci ont l’impression d’être exclus de cette société (Khachani, 2011).

Il est donc très difficile pour ce groupe de s’intégrer à la communauté espagnole, car, en plus d’être victimes de discrimination, les Espagnols craignent que ceux-ci envahissent leur territoire. En effet, selon un sondage diffusé dans le quotidien El Pais, environ 80 % d’entres eux appréhendent le fait qu’il y a une possibilité d’une invasion de migrés (Khachani, 2011).

Une maison dans un quartier pauvre
Une maison dans un quartier pauvre

Par contre, les Marocains ne sont pas le seul groupe victime de racisme et de xénophobie dans la société. Il y a les Chinois, les Latino-américains, les roumains, etc. La plupart d’entre eux vivent, comme les Marocains, dans la pauvreté et cela va amener la formation de ghettos qui seront la cible de nombreux préjugés et de racisme comme c’est le cas de la ville de Palma ( M. Gonzales Pérez et Somoza Medina, 2004).  Dans ces quartiers, il y a énormément de ségrégation sociale, économique et culturelle basée sur l’ethnie et la culture du migrant. La situation est encore pire pour les clandestins, puisque ceux-ci n’ont pas accès aux services sociaux offerts à la population, car en arrivant au pays, ils n’ont aucun document officiel légal. Ainsi, « par leur situation juridique irrégulière [les clandestins] sont sans aucun doute ce[ux] qui souffrent le plus des situations d’exclusion sociale » (Agrela Romero, 2001).

Également, la crise économique (L’arrivée clandestine pour l’économie espagnole : un atout ou un fardeau?) de 2008 a certainement eu un impact sur cette manière de penser puisque beaucoup d’Espagnols craignent que les immigrants, légaux ou pas, « volent » leurs emplois. La discrimination faite au travail est très fréquente en Espagne parce que près de 46 % des Espagnols considèrent que le nombre d’immigrants sur leur territoire est excessif et 31 % croit qu’il est élevé. À dire vrai, « on ne te dit pas directement qu’on ne veut pas t’embaucher parce que tu es marocain, mais on t’explique qu’on préfère des gens d’ici » (De Taillac, 2010).

Finalement, ces changements de mentalité vont aussi être grandement influencés par les médias, qui créer une image très négative de l’immigration et qui sépare les étrangers de la population espagnole. Par exemple, ils présentent le « Eux » comme une menace à la culture, puisque les Marocains sont musulmans et ainsi, ils ne sont pas aptes à s’intégrer dans la population espagnole (Carnet, 2011). Les médias ont tendance à déformer l’image des immigrants illégaux en les associant, par exemple, à la criminalité, pour que la société les craigne et ne veulent pas d’eux sur leur territoire. C’est ainsi que les propos racistes et xénophobes commencent à faire surface.

La mentalité de la société espagnole a évolué et s’est modifiée à la suite de ces grands mouvements de population dans le pays.

 

L’éducation des mineurs

Dans le but de faciliter l’accueil des jeunes immigrants dans le pays, lors de leur cours à l’école, ceux-ci apprennent tous les éléments en lien avec la culture espagnole comme la langue par exemple. Par contre, il n’est pas toujours évident pour l’enfant d’apprendre la langue, ce qui fait qu’il prend du retard dans tout le reste des autres matières qu’il voit. Également, la scolarisation est souvent tardive, due à l’accroissement du regroupement familial. Ainsi, il y a, dans la plupart des cas, un manque de motivation pour l’école, puisque ces jeunes étrangers vivent toutes sortes de situations difficiles et n’ont pas nécessairement le soutien d’une personne à les encourager à poursuivre leurs études (Garreta Bochaca et Llevot Calvet, 2001).

De plus, les immigrants, légaux ou illégaux, sont souvent victimes de discrimination pour différentes raisons. Cela est une des raisons pourquoi il est difficile pour les enfants immigrés de comprendre l’utilité de l’éducation, alors que dès qu’ils se présentent à l’école, ceux-ci sont critiqués par des propos racistes et xénophobes (Garreta Bochaca et Llevot Calvet, 2001).  Bref, il est difficile pour ces jeunes étrangers de se présenter à l’école, par crainte de représailles des autres.

Solution?

Une des solutions pour régler le problème de la clandestinité est, malgré qu’elle soit très idéaliste, d’éliminer l’inégalité des richesses dans le monde. Une des raisons qui poussent les individus à quitter leur pays est la recherche d’une vie meilleure quant à leur emploi, leur habitation, leur accès à de la nourriture, etc. (Mythes et réalité par rapport à la clandestinité). Donc, en supprimant cette inégalité, personne ne fuirait leur pays et il n’y aurait pas ou peu de clandestins dans le monde. Aussi, il y aurait moins de discrimination envers les autres.

Ashley Riley

Médiagraphie

  • AGRELA ROMERO, Belén. Politiques d’action sociale auprès de la population immigrante étrangère en Espagne : approximations du schéma d’intervention à partir du travail social, [En ligne], 2001, http://erudit.org/revue/nps/2001/v14/n1/008344ar.pdf (page consultée le 10 février 2015)
  • CARNET, Pauline. PASSER ET QUITTER LA FRONTIERE? Les migrants africains « clandestins » à la frontière sud espagnole, [En ligne], 20 septembre 2011, https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00691680/document, p. 122 (page consultée le 17 février 2015)
  • EUROPE, CONSEIL DE L’EUROPE : ASSEMBLÉE PARLEMENTAIRE. Migration clandestine du sud de la Méditerranée vers l’Europe, 21 décembre 1999, [En ligne], http://assembly.coe.int/ASP/Doc/XrefViewHTML.asp?FileID=8815&Language=fr (page consultée le 10 février 2015)
  • GARRETA BOCHACA, Jordi, et Núria LLEVOT CALVET. Immigration, éducation et intégration en Catalogne (Espagne), [En ligne], 2001, http://www2.cndp.fr/archivage/valid/22707/22707-4165-3972.pdf (page consultée le 17 février 2015)
  • GONZALES PÉREZ, Jesús M., et José SOMOZA MEDINA. « La ville multiculturelle en Espagne », dans CYBERGÉO, Territoire et immigration en Espagne. Une étude de cas en Palma de Mallorca et León, [En ligne], http://cybergeo.revues.org/2440 (page consultée le 11 février 2015)
  • KHACHANI, Mohamed. Simposio internacional : Inmigración y Globalización, Los migrantes marroquíes en España, [En ligne], 2011, http://www.funciva.org/uploads/ficheros_documentos/1296039148_m_khachani.pdf (page consultée le 10 février 2015
  • TAILLAC, Mathieu de. « L’Espagne en crise se retourne contre ses immigrés », Le figaro, 5 mars 2010, [En ligne], http://www.lefigaro.fr/international/2010/03/05/01003-20100305ARTFIG00293-l-espagne-en-crise-se-retourne-contre-ses-immigres-.php (page consultée le 11 février 2015)