Idéologie d’accueil des immigrants

Un minimum de cohésion sociale se présente comme étant essentiel pour une société. Par contre, avec le contexte contemporain de l’immigration et la diversification grandissante des sociétés sur le plan éthique et religieux, cela dû à l’immigration, cette cohésion nécessaire devient un enjeu primordial. En effet, la fragilisation de la cohésion culturelle est due « d’une part [aux] mouvements migratoires successifs sur une longue période [qui] ont conduit à la présence de plus en plus importante de populations d’origine immigrée » (Laurent de Briey, 2014.) Aussi, l’immigration a beaucoup changé et apporte aujourd’hui beaucoup de diversité. En 1971, seulement 12 % des immigrants venaient des pays de l’Asie, par rapport à 58 % entre 2001 et 2006 (Boudarbat, Boulet, 2010). Bref, il y a diversification culturelle et l’intégration devient plus importante que jamais. L’intégration est un sujet qui est récurrent sur la scène politique. Le rapport Bouchard Taylor et la récente crise sur la laïcité et les accommodements raisonnables sont des événements qui démontrent l’aspect important de ce dialogue québécois sur l’intégration.

Or avant de se lancer dans la lecture de cette recherche portant sur l’intégration des immigrants au Québec, il faut tout d’abord savoir ce qu’est l’intégration. En effet l’intégration étant un sujet largement traité, nous croyons savoir ce que c’est jusqu’au jour où l’on se penche sérieusement sur la question.

L’intégration est un « un processus d’adaptation à long terme, multidimensionnel et distinct de l’assimilation. Ce processus dans lequel la maitrise de la langue d’accueil joue un rôle moteur essentiel, n’est achevé que lorsque l’immigrant ou ses descendants participent pleinement à l’ensemble de la vie collective de la société d’accueil et ont développé un sentiment d’appartenance à son égard. » (Laferté, 2015) En effet, l’intégration et l’implication harmonieuses des immigrants nécessitent la participation de l’immigré et de la société d’accueil. Ce processus d’intégration se fait en plusieurs phases et selon plusieurs dimensions. En effet, l’intégration est distincte de l’assimilation qui se définit comme étant : « l’adoption complète par un individu ou un groupe des caractéristiques culturelles d’un autre groupe jusqu’à la disparition de ses caractéristiques propres. » (Laferté, 2015) L’intégration ne demande donc pas aux immigrants de devenir exactement comme les personnes de la société d’accueil. L’intégration c’est participer totalement à la vie d’une société et d’avoir un sentiment d’appartenance envers cette société. Bien sûr, ce sentiment d’appartenance effectif ne peut avoir lieu que si l’immigrant est reconnu par les autres membres de la communauté comme faisant partie de la communauté, au même titre qu’eux (Gaudet, 2011). L’intégration est donc un rapport entre le nouvel arrivant et sa société d’accueil. L’immigrant, principale concernée, n’est pas seul dans ce processus à devoir faire des efforts.

Il existe aussi plusieurs philosophies par rapport à l’intégration des immigrants. Certaines d’entre elles sont : le multiculturalisme et l’interculturalisme. Au Canada deux visions par rapport à l’immigration s’opposent (Kotto, 2011). La vision canadienne sur l’immigration est le multiculturalisme. Le multiculturalisme est une idéologie « ayant comme fondement l’idée que les démocraties modernes doivent assurer la reconnaissance équitable des différentes cultures, en réformant leur institution et en donnant aux individus les moyens effectifs pour cultiver et transmettre leurs différences » (Milena Doytcheva, 2005). Cette idéologie en est une qui met de l’avant la reconnaissance des spécificités culturelles. Elle veut faire une place à la différence culturelle dans l’espace public (Milena Doytcheva, 2005). Au Canada le multiculturalisme véhicule la vision d’un Canada composée d’une, mosaïque de groupes ethniques, unifier par la communication dans deux langues officielles, l’anglais et le français (Gaudet, 2011).

Multiculturalisme
André GUSTAVO, « Brazil and Australia, München, 18/06/06», 2006, [PNG], sur le site flickr, [En ligne], https://www.flickr.com/photos/andregustavo/172244276/ (Page consultée le 28 avril 2015)

Au contraire, le Québec aurait davantage une vision interculturalisme. L’interculturalisme est défini par Gérard Bouchard : « comme pluralisme intégrateur est un modèle axé sur la recherche d’équilibres qui entend tracer une voie entre l’assimilation et la segmentation et qui, dans ce but, met l’accent sur l’intégration, les interactions et la promotion d’une culture commune dans le respect des droits et de la diversité » (Bouchard, 2012). Cette vision serait basée sur le principe que « la diversité culturelle est souhaitable, qu’elle vient enrichir la société québécoise » (Kotto, 2011). L’interculturalisme est donc une idéologie qui espère l’émergence d’une culture commune. Dans cette idéologie québécoise, la langue française jouerait un rôle primordial de vecteur d’intégration. Cette langue commune étant essentielle pour le dialogue interculturel (Bouchard, 2012). Elle favoriserait, selon, M. Bouchard, « l’éclosion de l’identité commune » (Bouchard, 2012). Selon Maka Kotto, pour cette intégration dans une philosophie interculturalisme québécoise, il faudrait aussi s’accorder sur d’autres valeurs fondamentales communes telles « l’égalité entre les femmes et les hommes, la séparation de la religion et de l’État et la recherche d’une meilleure justice sociale » (Kotto, 2011).

Finalement, selon Maka Kotto, le multiculturalisme canadien mène à la ghettoïsation et à un communautarisme de repli. Cette philosophie est donc très critiquée parce qu’elle ne mènerait pas à l’intégration effective des immigrants. L’interculturalisme pour sa part serait une vision efficace (Kotto, 2011). L’interculturalisme québécois permettrait d’affirmer le français comme langue publique commune. Elle favoriserait aussi les rapprochements et l’acceptation des différences dans le respect mutuel, entre citoyens d’origines diverses, grâce au dialogue interculturel et la sensibilisation de toutes les composantes de la société québécoise au patrimoine public commun (Gaudet, 2011).

En conclusion, le processus d’intégration est complexe et nécessite du temps. Le gouvernement doit donc avoir plus qu’une philosophie et une compréhension des concepts tels que l’intégration. En effet, le gouvernement doit aussi pouvoir instaurer des institutions, des services et des politiques pour encadrer l’immigration et supporter les immigrants au cours des différentes phases d’intégration.

 Frédéric St-John

 

Médiagraphie

 

Livre

  • Nathalie Laferté, « Définitions en vrac », Recueil de texte et notes de cours 1re partie (numéro 611), Montréal, Hiver 2015, p. 37

 

  • Milena DOYTCHEVA, le multiculturalisme, Paris, La Découverte, 2005, p. 16-17

 

  • Gérard BOUCHARD, L’interculturalisme un point de vue québécois, Montreal, Boréal, 2012, p. 51
  •  Édithe Gaudet, Relations interculturelles comprendre pour mieux agir, 2e éd., Montreal, groupe modulo, 2011, p. 117

 

Publication gouvernementales

  • Quebec, Immigration au Quebec: Politique et intégration au marché du travail, Montréal Ciranon, 2010, p. 41-58

Article

 

  • Laurent de Briey, « Un interculturalisme communautarien : à propos de L’interculturalisme. Un point de vue québécois, de Gérard Bouchard », Philosophiques, Volume 41, numéro 2, automne 2014, p. 414

 

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