Les Hongrois et les Roms : Deux populations distinctes

Certes, les Roms et les Hongrois partagent le même territoire, mais cela ne signifie pas que ceux-ci ne forment qu’un seul peuple. En fait, la plupart des Hongrois rejettent l’idée que les Roms habitant le même pays soient reconnus par le même statut social et national qu’eux.

La marginalité des Roms se définit dans la mesure où la communauté vit différemment du reste de la société. En effet, ils n’ont pas accès aux mêmes services et les lois ne sont pas appliquées de la même manière pour la minorité et la population hongroise. Notamment, le milieu éducatif de Hongrie n’est pas égalitaire pour les deux communautés et il représente une filiation discriminatoire. Les enfants Roms étudient dans des classes séparées des autres étudiants, pour cause de « besoins spécifiques » et « d’handicap éducatif ». Cette séparation scolaire se poursuit jusqu’au lycée, où 86% des élèves d’environs 16 ans n’étudient toujours pas dans les mêmes classes que les Roms.(Pierre Verluise, 2013) Aussi, certains Roms ont été placés dans des écoles spécialisées pour déficients mentales, pourtant ces derniers n’affichent aucun handicap. Ils représentent 90% des élèves de ces écoles. Seulement un tiers des Roms vont à l’école mixte, le deux tiers restant se partagent les écoles réservées à la minorité et les centres pour déficients (Global Voices, 2013). Les parents hongrois qui ne veulent pas voir leurs enfants assis à côté d’un Rom à l’école représentent un taux de 70%. L’origine de cette séparation volontaire entre les deux civilisations est l’idéologie qui soutient que le Rom est un individu dangereux et qu’il est préférable de s’en tenir à l’écart. Ensuite, la minorité ethnique est assujettie à une forme de discrimination qui brime leurs droits, au niveau du respect de la réglementation. L’appel à la cours est généralement plus long et les procès concernant des Roms se terminent par un jugement beaucoup plus sévère qu’à la normale (Markus Salzmann, 2012).  Par exemple, la justice hongroise a mise cinq ans pour poursuivre des assassins six de Roms ayant exécuté les meurtres entre mars 2008 et août 2009. Ils ont finalement été condamnés en 2013 (L’OBS, 2014). Bref, les hongrois jugent que les Roms ne doivent pas être traités de la même manière que le reste de la population. La minorité ethnique demeure conséquemment en marge et s’exclue de la vie citoyenne hongroise.

Par ailleurs, l’opinion publique veut que les Roms soient tenus responsables de tous ce qui ne va pas dans la société. Ils sont généralement considérés comme un fardeau pour la Hongrie. Plusieurs politiques et mesures gouvernementales ont été mises en place afin de favoriser l’intégration sociale de la minorité Rom. Notamment la loi LXXVII de 1993 sur les droits des minorités nationales et ethniques qui garantie une autonomie individuelle et collective aux treize minorités reconnues autochtones de Hongrie (Ministère des affaires étrangères Budapest, 2004). Par contre, le gouvernement présentement en fonction tente de plus en plus de les exclure de la société et de dissuader les Roms d’intégrer la vie publique et sociale de la Hongrie. Certaines mesures ont été mises en place pour favoriser indirectement la marginalisation des Roms. Par exemple, une loi abaissant l’âge auquel l’école est obligatoire a été instauré. Sachant que le taux de scolarisation de la population nomade est faible, cette loi encourage indirectement les jeunes Roms à ne pas aller à l’école, cela a donc pour effet de les tenir loin de la société (Pierre Verluise, 2013). Aussi, le gouvernement hongrois est étroitement lié avec le parti fasciste Jobbik. Celui-ci aborde la question Rom avec une idéologie raciste qui consiste à éliminer le peuple nomade « pour une meilleure Hongrie ». Les convictions des dirigeants du pays ont une incidence sur l’opinion publique et la manière dont les structures de la société vont façonner l’identité Rom (Markus Salzmann, 2012).

D’autre part, les Roms n’ont pas la confiance des hongrois. En effet, 60% des gens considèrent la minorité comme étant « généralement criminelle » (Sébastien Gobert, 2012). Pour remédier à leur position inférieure en société, un gouvernement national garanti par la loi hongroise sur l’autonomie des minorités a été développé. Cinquante-trois représentants dotés de quelques connaissances en éducation et en culture s’impliquent pour les droits de la communauté. Par contre, ce gouvernement est fortement critiqué pour son inefficacité et son haut niveau de corruption. La manipulation politique dont fait preuve le gouvernement rom rend difficile leur crédibilité face au reste de la société hongroise. Le haut taux de chômage des nomades attire également beaucoup de reproches à la communauté ainsi que leur vie professionnelle au noir très active. Aussi, étant donné la frontière idéologique et traditionnelle des deux populations, les relations entre celles-ci sont limitées et restreintes. Méfiants, les Hongrois n’osent pas créer de liaisons avec les Roms. Il existe une crainte de cette population partagée par la majorité des Hongrois (Sébastien Gobert, 2012).

Pour démontrer la perception critique de la population hongroise face aux Roms, il est inévitable d’aborder le concept de discrimination, de préjugé et de stéréotype. Ce sont d’anciennes croyances, des faits divers, la perception à première vue des Roms, qui justifient l’exclusion de la minorité ethnique de la société. Certains les considèrent comme « paresseux », d’autres comme « dangereux », et même « inutiles ». Le peuple de Hongrie partage son territoire avec des communautés Roms et il semble que ce soit un combat continu qui concerne le peuple nomade, la population hongroise civile et le gouvernement. Les relations interculturelles sont un débat d’actualité toujours présent dans le pays et aucune solution n’a encore été élaborée. Par exemple, le premier bébé hongrois de 2015 est d’identité rom. L’évènement s’est retrouvé dans l’actualité, accompagné de commentaires du vice-président, projetant la déperdition des hongrois à l’avantage des Roms (Le Monde, 2015).

Comme cela a été mentionné plus haut, il existe tout de même en Hongrie certaines organisations visant la lutte pour la protection des droits des minorités et pour la sauvegarde de leur identité, de leurs valeurs culturelles, de leur langue et de leurs traditions. Ces organismes, telles que le Centre Européen des droits des Roms, ou certains représentants au gouvernement, soutiennent la thèse que les communautés Roms ont leur place dans la société hongroise. Elles travaillent donc très fort afin de favoriser l’intégration de ces derniers et de les protéger contre toutes sortes d’injustices faites à leur égard dues à la mauvaise perception de la majorité de la Hongrie face à eux (Ministère des affaires étrangères Budapest, 2004). La Cour européenne des droits de l’Homme a notamment dénoncé la scolarisation isolée des Roms se retrouvant dans des centres pour handicapés. La présidente de l’ONG « Chance pour les enfants » réfute la directrice de l’institution, qui affirme que le but d’accueillir les jeunes Roms à cet école était de favoriser leur réinsertion au programme scolaire régulier en réglant leur troubles d’apprentissage, en affirmant que les faits démontrent le contraire (L’OBS, 2014).

Discours contre les expulsions forcées

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Erwan DEVERRE, Journée Internationale des Roms, 2013, sur Flickr, https://www.flickr.com/photos/38737012@N04/8627697080/, (page consultée le 27 avril 2015)

Arielle Desjardins

 

VERLUISE Pierre, Les Roms en Hongrie : sont-ils discriminés, 2013, http://www.diploweb.com/Les-Roms-en-Hongrie-sont-ils.html [En ligne], Diploweb (page consultée le 25 avril 2015),

Global Voices, Les Roms victimes de la lenteur de la justice hongroise, [En ligne], 2013, http://fr.globalvoicesonline.org/2013/09/18/153836/ (page consultée le 25 avril 2015)

SALZMANN Markus, Des pogroms anti-Roms organisés en Hongrie, 2012, World Socialist Web Site, , [En ligne], https://www.wsws.org/fr/articles/2012/sep2012/roms-s11.shtml (page consultée le 25 avril 2015)

L’OBS, Hongrie. Des enfants roms dans des écoles pour handicapés mentaux, [En ligne], http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20140128.OBS3989/hongrie-des-enfants-roms-dans-des-ecoles-pour-handicapes-mentaux.html, 2014, (page consultée le 25 avril 2015)

Ministère des affaires étrangères Budapest, Les Tsiganes/Roms en Hongrie, Dossiers sur la Hongrie, 2004, http://www.mfa.gov.hu/NR/rdonlyres/4B99AAD3-E9CC-4AAF-81C3-C3DE23278D91/0/Roma_fr.pdf

GOBERT Sébastien, Roms de Hongrie : un « non-enjeu » politique. Et pourtant…, [En ligne], revue Regard sur l’est, 2010, http://www.regard-est.com/home/breve_contenu.php?id=1057 (page consultée le 25 avril 2015)

Le Monde, En Hongrie, un bébé rom au cœur d’une polémique sur le racisme, [En ligne], M Blogs, 2015, http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2015/02/09/en-hongrie-un-bebe-rom-au-coeur-dune-polemique-sur-le-racisme/ (page consultée le 25 avril)

 

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