LES SANS-PAPIERS

     La ville de Marseille en est une cosmopolite puisque sa situation géographique permet des échanges entre les différentes nations. Bien que la plupart des individus qui viennent enrichir la culture marseillaise soit légalement entré sur le territoire français, la ville portuaire doit cependant jongler avec un phénomène beaucoup plus complexe qu’est l’immigration clandestine.

     Selon le rapport du Sénat français au sujet de l’immigration clandestine, entre 200 000 et 400 000 clandestins occupaient la France en 2006 et s’ajoute à ce nombre plus de 80 000 qui arrivent chaque année (OTHILY et BUFFET, 2006). Dans la région de Marseille, Provence-Alpes-Côte d’Azur, on y retrouve 9% de tous les immigrants, clandestins ou non, ce qui en fait une des villes les plus multiculturelles de France.

     Arrivant principalement des pays maghrébins en quête d’un avenir meilleur, les immigrants clandestins doivent souvent faire face à de nombreux défis. Le voyage, un aller simple, est souvent périlleux car les embarcations de fortunes surchargés, les traversés du Sahara afin de se rendre aux points de départ et les passeurs sans scrupules qui demande des coûts exorbitants et qui n’hésitent pas à sacrifier des clandestins en les jetant par-dessus bord pour éviter des sanctions des autorités européennes. En ces conditions, on peut facilement affirmer que les fins sinistres de ces voyages sont multiples (OTHILY et BUFFET, 2006).

juju
« North African immigrants near the Italian island of Sicily » , 2006, [Boat People at Sicily in the Mediterranean Sea.jpg], sur le site Wikipedia, [En ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Boat_People_at_Sicily_in_the_Mediterranean_Sea.jpg (Consulté le 28 avril 2015)

Suite au voyage, le repos doit attendre puisqu’un logement à Marseille coûte cher aux clandestins. Ces derniers sans en avoir le choix, se retrouvent en situation de dépendance avec leur bailleur car les appartements accessibles aux clandestins sont rares. Les sans-papiers doivent donc s’accommoder de logements trop petits, insalubre et payer des tarifs abusifs pour éviter la rue. N’ayant pas accès aux services HLM, les loyers inabordables et l’hébergement d’urgence, toujours plein à craquer (PLATFORM FOR INTERNATIONAL COOPERATION ON UNDOCUMENTED MIGRANTS, 2014), la situation des migrants est précaire et l’itinérance, toujours trop proche.

jujui
« Vue d’immeubles du 143 dans les quartiers Nord de Marseille, depuis le Boulevard de Lesseps (limite entre 3e et 15e arrdt) », 2013, [Felixpyat-lesseps-marseille.JPG], sur le site Wikipedia, [En ligne], 2http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Felixpyat-lesseps-marseille.JPG (Consulté le 28 avril 2015)

Les marchands de sommeil, qui louent des logements indécents à des prix tout aussi déshonnêtes, peuvent aussi servir d’option pour le logement si le secteur privé devient inaccessible.

     Burno Guidi, un marseillais qui louait des taudis à « une clientèle captive qui n'[avait] pas le choix de son logement » (PIEL, 2012), a comparu devant le tribunal le 27 septembre 2012 pour avoir loger, dans un immeuble de quatre étage sans eau chaude ou potable, des individus dans des conditions inhumaines. Le loyer, entre 130 et 140 euros par mois, était constitué d’une chambre de 10 à 16 mètres carrés où résidaient entre autre une femme enceinte et sa fille ainsi qu’une femme âgée dont la santé mentale défaillait (PIEL, 2012). Ce marchand de sommeil en est un parmi tant d’autre dans la ville française où les solutions de logement pour les clandestins font défauts.

     Avec les frais démesurer des logements, le travail est nécessaire bien que difficile d’accès. Afin de joindre les deux bouts, les migrants en situation irrégulière non d’autre choix que de se tourner vers le travail au noir ou dans les réseaux criminels, faute de permis de travail.

     Selon le rapport du Sénat, le bâtiment et travaux publics, l’hôtellerie, les cafés et la restauration ainsi que l’agriculture sont les secteurs d’activité où le travail illégal est le plus répandu. En 2004, bien que les étrangers ne représentent que 10% de la population française, ils étaient surreprésentés dans les statistiques relatives aux infractions d’emploi d’étranger sans titre avec 44% des infractions. La région de Marseille ne fait pas exception puisqu’elle se retrouve presque au sommet du classement de la répartition régionale de l’emploi d’étrangers sans titre de travail en 2004(OTHILY et BUFFET, 2006).

    En plus de dégrader l’image de ces secteurs à cause du nombre élevé de clandestins dans ces domaines, les salaires nettement inférieurs qui leur sont offert ne peuvent être concurrencés par les entreprises dont les employés sont tous en situation régulière. Par conséquent, de la concurrence déloyale est observée entre elles ce qui peut mettre en péril les entreprises dont les activités sont légales.

     Quand les secteurs d’emploi deviennent inaccessibles pour les clandestins, ils doivent se tourner vers les réseaux criminels pour survivre (LEMOINE,2012). Ceux-ci se concentrent majoritairement dans les quartiers nord de Marseille qui sont réputé pour être les plus dangereux de toute la France (GUIBERT, 2015).

     Ces réseaux savent comment s’implanter dans les quartiers et comment recruter des membres même à un très jeune âge. Bien que certains craignent ces réseaux puisque les membres sont constamment en danger de mort, d’autre ne pose pas de question quant à la nature de l’argent qui sert à payer le loyer ou la nourriture puisqu’elle permet de survivre (LEMOINE, 2012). Ces réseaux sont donc jusqu’à un certain point bénéfique pour les clandestins et les habitants de ces quartiers puisqu’ils jouent le rôle du soutien de l’état bien qu’ils soient violent et dangereux (LEMOINE, 2012).

     L’immigration clandestine touche plusieurs aspects de la ville de Marseille. Qu’il s’agisse des logements ou du travail illégal, l’impact qu’on ces sans-papiers sur la ville portuaire est évident. Bien que des efforts soient faits pour améliorer leur situation, il est inévitable que des solutions permanentes doivent bientôt être mise en place pour éviter l’éclatement d’une des villes les plus culturellement riches de France.

Signé Justine Morasse


MÉDIAGRAPHIE

OTHILY, Georges et BUFFET, François-Noël. « Immigration clandestine : une réalité inacceptable, une réponse ferme, juste et humaine (rapport) », dans Sénat, [En ligne], http://www.senat.fr/rap/r05-300-1/r05-300-1.html (consulté le 21 février 2015)

PIEL, Simon. « À Marseille, le procès d’un marchand de sommeil » dans Le Monde, [En ligne],  http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/09/28/a-marseille-le-proces-d-un-marchand-de-sommeil_1767133_3224.html (consulté le 21 février 2015)

PLATFORM FOR INTERNATIONAL COOPERATION ON UNDOCUMENTED MIGRANTS. « Logement et sans-abrisme des migrants sans papiers en Europe », [En ligne], http://picum.org/picum.org/uploads/publication/Annual%20Conference%202013%20report%20HOUSING_FR_FINAL.pdf (consulté le 21 février 2015)

LEMOINE, Maurice. « Marseille, quartiers nord », dans Le Monde diplomatique, [En ligne], http://www.monde-diplomatique.fr/2012/09/LEMOINE/48118

GUIBERT, Jonathan. Entrevue réalisé le 27 mars 2015 dans le cadre du cours de démarche d’intégration des acquis en sciences humaines avec Jonathan Guibert, natif de Marseille.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *