Les conséquences physiologiques et physiques chez le migrant suite à l’expérience migratoire

L’immigration en général a plusieurs effets à divers niveaux sur l’immigré. Dans ce cas-ci, un résumé de l’analyse des conséquences négatives sur l’immigrant d’origine maghrébine venant s’installer à Marseille sera fait. En effet, il a été observé chez les communautés d’immigrants en France que le changement de vie durant l’expérience migratoire qu’ils ont subie les a grandement affectés au niveau psychologique (SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, 2010-2011). Il est possible de supposer que les immigrés d’origines maghrébines à Marseille auraient vécu une expérience migratoire similaire qui aurait eu des conséquences semblables.

Les conséquences chez les enfants immigrants

Chez les enfants immigrés nouvellement arrivés en France, si l’expérience migratoire s’avère être un traumatisme, c’est-à-dire une expérience de violence hors du commun qui menace l’intégrité physique et psychique d’un individu, des manifestations immédiates, intermédiaires ou différées comme des cauchemars ou des flashbacks ont été remarquées (SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, 2010-2011). En effet, selon plusieurs facteurs qui influencent le déclenchement de troubles mentaux chez un enfant, il a été constaté chez les jeunes immigrants en France que le cadre culturel et l’enveloppe psychique, soit l’ensemble des structures mentales permettant de décrire et de comprendre certaines organisations psychopathologiques, leur formation ainsi que la façon dont elles fonctionnent (HOUZEL, 2010), sont des éléments ayant une grande conséquence sur le développement de troubles psychosomatiques et somatoformes chez ceux-ci (SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, 2010-2011). Pour plus de précision, un trouble psychosomatique est un trouble psychique qui se manifeste par des symptômes physiques tandis que les troubles somatoformes se caractérisent par une préoccupation exagérée de la présence de symptômes corporels qui n’ont aucun fondement médical (Cours d’Initiation à la psychologie du Cégep Gérald-Godin).

Ce genre de troubles est souvent associé en général aux immigrants et à leur changement de vie, car aucune cause physique n’est trouvée et les maux restent toujours. D’ailleurs, ce sont ces troubles en particulier qui ont été remarqués chez la plupart des jeunes immigrés selon une étude faite entre 2010 et 2011 en France (SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, 2010-2011). Effectivement, à leur arrivée en France, les jeunes adolescents originaires de la République du Congo, de l’Angola, de l’Afghanistan et de l’Inde, sont déjà des proies faciles et isolées concernant leur identité face aux Français, étant donné leurs différences corporelles ainsi que leurs origines qui se distinguent de celles des Français là-bas (SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, 2010-2011). De plus, si leur expérience migratoire s’avère être un traumatisme ayant eu pour effet la rupture des liens d’attachement primaire avec leurs origines, ceux-ci développeraient des troubles psychiques (SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, 2010-2011). Il est à noter que plus les liens d’attachements primaires avec la culture d’origine sont sécures, moins l’expérience d’immigration sera perçue comme traumatique pour l’enfant et celui-ci sera capable d’une meilleure intégration à la société française (SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, 2010-2011). Selon la même étude, après leur arrivée, plusieurs enfants ont développé des troubles du langage ainsi que des troubles psychiques, de

Lewis RONALD, « Stress ball », sur le site Wikipédia, [En ligne], http://en.wikipedia.org/wiki/Stress_ball#/media/File:Earth_globe_stress_ball.jpg (Page consultée le 28 avril 2015)
Lewis RONALD, « Stress ball », sur le site Wikipédia, [En ligne], http://en.wikipedia.org/wiki/Stress_ball#/media/File:Earth_globe_stress_ball.jpg (Page consultée le 28 avril 2015)

sommeil et anxieux comme du stress et de l’anxiété chroniques (SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, 2010-2011). On pourrait en conclure que le même scénario aurait tendance à se reproduire dans le cas des jeunes enfants maghrébins suite à leur immigration à Marseille. Par exemple dans un article concernant la population vieillissante composée de Maghrébins à Bruxelles, il a été remarqué qu’en raison de leur isolement par rapport aux membres de leurs familles ne vivant pas avec eux là-bas, les personnes âgées originaires de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie avaient tendance à développement des troubles somatoformes (BERNARDOT, 2006).

Les conséquences chez les adultes immigrants

Les enfants immigrants ne sont pas les seuls à être atteints de troubles psychologiques suite à la migration, car chez les adultes un haut niveau de stress et d’anxiété a aussi été remarqué, mais pour des raisons différentes que celles des enfants (GUILBERT, BOUCHER et RACINE, 2014). En effet, pour un adulte suite à la migration, plusieurs changements au niveau du mode de vie arrivent, comme l’installation dans une nouvelle demeure dans le pays d’accueil (GUILBERT, BOUCHER et RACINE, 2014). Malgré les effets bénéfiques que posséder une maison amène, cela engendrait également des conflits et du stress élevé chez les couples d’immigrants au Canada et au Québec (GUILBERT, BOUCHER et RACINE, 2014). L’anxiété due à un endettement élevé, le stress, la fatigue et la peur de perdre la maison ainsi que la famille, commence à fragiliser le sentiment de sécurité ontologique régnant au sein de la famille, ce qui crée des troubles psychiques comme le stress ou l’anxiété chronique chez les immigrés adultes (GUILBERT, BOUCHER et RACINE, 2014). En effet, il est mentionné dans des statistiques que Marseille fait partie des villes en France ayant le plus haut taux de divorce en incluant les immigrants (« Le Sud en tête du palmarès du divorce », Changer de ville). Ces séparations assez fréquentes chez les immigrants s’expliquant par de multiples éléments provoquent du stress chez les adultes et les enfants et nécessitent des ajustements plus ou moins importants (GUILBERT, BOUCHER et RACINE, 2014). De plus, ce stress dans la vie des adultes peut devenir plus pathologique et causer des dépressions ou d’autres troubles plus graves (JEKOVSKA, 2008), et chez les enfants, leur environnement familial est troublé et cela peut contribuer au développement de troubles psychiques chez ceux-ci en raison de la perte de repères dans leur cadre social (SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, 2010-2011).

La pauvreté et la migration

Enfin, un lien entre la pauvreté et la santé mentale des immigrés maghrébins à Marseille peut être observé. En effet, les problèmes de santé mentale ainsi que les troubles mentaux sont plus fréquents dans les milieux défavorisés (JEKOVSKA, 2008). Chez les jeunes, entre autres immigrants, au Canada et au Québec, la détresse psychologique et la perception de leur santé mentale comme mauvaise ou passable ainsi que la présence d’idées suicidaires tendent à augmenter lorsque le revenu des parents diminue (JEKOVSKA, 2008). Il serait possible d’appliquer ce même principe

Éric POUHIER, « A homelessman in Paris », sur le site Wikipédia, [En ligne], http://en.wikipedia.org/wiki/Poverty_in_France#/media/File:HomelessParis_7032101.jpg (Page consultée le 28 avril 2015)
Éric POUHIER, « A homelessman in Paris », sur le site Wikipédia, [En ligne], http://en.wikipedia.org/wiki/Poverty_in_France#/media/File:HomelessParis_7032101.jpg (Page consultée le 28 avril 2015)

aux jeunes immigrants maghrébins à Marseille. De plus, le fait de vivre dans des conditions socioéconomiques défavorables durant l’enfance et l’adolescence augmente le risque de souffrir plus tard de problèmes de santé (JEKOVSKA, 2008). Selon des statistiques, le quartier du troisième arrondissement de Marseille en France est composé des ménages disposant du plus faible taux de revenus en France et celui-ci est habité principalement par des familles de migrants comoriens et maghrébins (PENVERNE, 2014). Donc, en sachant que les ménages de migrants d’origine maghrébine vivent pour la plupart dans la pauvreté à Marseille, il est possible de constater que ceux-ci auraient tendance développer des troubles mentaux étant donné leur situation financière.

En gros, il est possible de constater une certaine corrélation entre l’expérience migratoire et le développement de certains troubles psychiques tels des troubles somatoformes et psychosomatiques, un niveau de stress élevé et de la détresse psychologique chez les migrants autant jeunes qu’adultes.

 

Par Catherine Montpetit

 

Médiagraphie

Christel SILVESTRO-TEISSONNIÈRE, La migration traumatique, une pathologie du lien : Souffrance psychique et souffrance corporelle chez les mineurs isolés étrangers, [En ligne], 2010-2011, http://www.horslarue.org/files/Mmoire_Christel_Silvestro-Teissonnire-1.pdf (Page consultée le 25 février 2015)

J.S. FRIDERES par l’Université de Calgary, Les Immigrants, l’intégration et l’intersection des identités, [En ligne], canada.metropolis.net/events/diversity/immigration_fr.doc (Page consultée le 24 février 2015)

H. G. VIRUPAKSHA, Ashok KUMAR et Bergai PARTHSARATHY NIRMALA, «Migration and mental health: An interface », US National Library of Medecine National Institude of Health, [En ligne], http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4121889/ (Page consultée le 25 février 2015)

Monica JEKOVSKA, Pauvreté, santé mentale, détresse psychologique : situations connexes ou pures coïncidence?, [En ligne], 2008, http://www.crds.centre-du-quebec.qc.ca/client/uploads/36/185509170154622.pdf (Page consultée le 24 février 2015)

Didier HOUZEL, Le concept d’enveloppe psychique, In Press Eds, 2010

Marc BERNARDOT, Le grand âge en foyer de migrants : nouvelles figures, nouveaux enjeux, [En ligne], 2006, http://perso.numericable.fr/~sitedurtf7/downloads/CG/cgtxtbernardot.pdf (Page consultée le 11 avril 2015)

Lucille GUILBERT, Colette BOUCHER et Michel RACINE, Connaître Comprendre Accompagner Créer du lien : Les défis de la diversité culturelle et de l’immigration en dehors des grands centres, [En ligne], 2014,
http://www.ediq.ulaval.ca/fileadmin/ediq/fichiers/Publication/CE_2014_Vol_2_No_1/CE2014_VF_31_oct.pdf#page=37 (Page consultée le 15 mars 2015)

« Le Sud en tête du palmarès du divorce », Changer de ville, [En ligne], http://www.changerdeville.fr/ou-vivre/le-sud-en-tete-du-palmares-du-divorce-913.html (Page consultée le 22 mars 2015)

Mickaël PENVERNE, « Marseille : Visite du quartier le plus pauvre de France », 20 Minutes, 2014, [En ligne], http://www.20minutes.fr/marseille/1284822-20140130-quartier-plus-pauvre-france (Page consultée le 22 mars 2015)

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