Les Roms d’Espagne: qui sont-ils?

Avant d’entrer au cœur du sujet, il est primordial de connaître davantage la population gitane. Pour se faire, j’ai dressé un portrait de cette société. Je vous présente donc leur histoire, les quartiers où les gens du voyage vivent, leurs caractéristiques générales de même que leur intégration en Espagne.

Histoire

Le peuple Gitan est très présent en Espagne. Son apparition dans le pays remonte au 15e siècle selon Diane Cambon. (Diane Cambon, 2006) Les Gitans sont arrivés à la suite de la reconquête sur l’occupation arabe. Leur explication d’arrivée dans le pays est le désir d’effectuer un pèlerinage à St-Jacques-de-Compostelle. Selon l’auteur, ces gens seraient des musiciens qui étaient descendus jusqu’en Andalousie. À l’époque, ils allaient de ville en ville pour jouer de la musique et participer aux différentes fêtes. Ils étaient aimés, car ils divertissaient la population. Il y avait tout de même quelque chose de spécial entre ces voyageurs et les autres habitants d’Espagne. Il semblait y avoir un silence, un mystère. Déjà, on ne savait pas s’ils étaient admis ou non. Ils étaient mieux dans ce pays qu’ailleurs, mais un rien pouvait les faire expulser. La population les acceptait tout de même, soit par foi chrétienne ou amitié irraisonnée. Au 18e siècle, ils gênaient les autorités. Pour remédier à la situation, les autorités ont interdit tout autre voyage. Ils devaient alors se sédentariser, changer de coutumes ou accepter de se faire expulser. C’est cette opposition du gouvernement qui a amplifié leurs liens et créé leur identité collective. En 1749, un conseil de guerre oblige leur expulsion brutale. Comme les règles n’étaient pas claires, cette crise n’a créé qu’une confusion dans le pays. Les familles d’Andalousie étaient bien intégrées et s’entendaient bien avec leurs voisins non-gitans. En 1763, les autorités instaurent plutôt l’ordre de libération qui met fin à ce désir d’expulsion. (François Coupry, 2001) Les autorités ont longtemps hésité entre une politique d’expulsion ou d’intégration des Gitans en Espagne. Ces hésitations ont permis à cette population de développer de nombreux traits culturels originaux. Au cours de la crise de 1749, les autorités avaient peur que les Gitans répandent des épidémies. Les citoyens ont appuyé les Gitans, car ceux-ci avaient une conduite irréprochable, vivaient en harmonie avec les autres et participaient à l’économie. (Henriette Asséo, 1994)

Quartiers gitans

En Espagne, les Gitans sont plus de 650 000. La région la plus populeuse est l’Andalousie avec 270 000 Roms. Catalogne en regroupe 80 000 et Madrid 60 000. (Gitanos, 2015) Dans les quartiers, les rues sont en asphalte défoncé, pleines de déchets, d’électroménagers endommagés et de nombreux chiens errants s’y promènent. Les maisons sont préfabriquées ou improvisées. El Vacie est le plus grand et le plus ancien bidonville d’Europe. La moitié des Gitans d’Espagne y vivent. Elle se situe dans la banlieue de Séville et le quartier s’étend sur deux kilomètres avec plus de 200 familles. (Diane Cambon, 2006)

Portrait de la population

La population est très jeune. 45% des Gitans ont moins de 16 ans. L’âge moyen pour avoir des enfants est de 16 à 20 ans chez les femmes et 18 à 22 ans chez les hommes. Pour ce qui est de l’éducation, une étude démontre que 70% des Gitans de plus de 16 ans n’ont pas les études obligatoires (Gitanos, 2015) et que 40% d’entre eux ne savent ni lire ni écrire. Notons tout de même l’évolution depuis 1977 qui était de 80% de la population. La majorité des jeunes ont effectué des études secondaires, mais seulement 30% ont obtenu un BAC. (Diane Cambon, 2006) L’analphabétisme est un des grands problèmes de cette communauté. Les conséquences sont nombreuses. Il est beaucoup plus difficile pour ceux-ci d’avoir de bons emplois par exemple. L’accès à l’éducation est difficile, car les parents valorisent l’aide des enfants dans les tâches quotidiennes ainsi qu’au travail. (Gitanos, 2015)

Les Gitans se reprennent peu à peu en main. Les jeunes vont en garderie et sont éduqués, les femmes militent et joignent des associations. Elles ne suivent plus la tradition pour ce qui est de leur rôle. L’éducation et la panoplie d’enfants ne semblent plus être leur priorité. Elles ont même organisé leur premier sommet à Grenade. De nombreux services sont aussi offerts à la population gitane tels des ateliers pour leur montrer qu’il y a une vie hors des quartiers. Par exemple, on leur propose « Auto estime » ou « Choisis pour toi » afin qu’ils soient plus outillés. (Diane Cambon, 2006)

Intégration

Le Roms d’Espagne s’intègrent bien à leur pays contrairement à d’autres pays comme l’Italie. L’Espagne a instauré de nombreuses politiques d’intégration et mise sur la tolérance. C’est d’ailleurs ce qui fait le succès de leur intégration. Selon une étude menée par l’institut Open Society, 53% des Roms qui avaient émigré en Espagne avaient un emploi contrairement à plusieurs communautés ou le chômage est à son apogée. Leur domaine principal est l’agriculture. Les conditions de vie diffèrent dans chaque pays. Alors qu’en Roumanie et Bulgarie, seulement 20% des Roms ont accès à des toilettes correctes, en Espagne ce taux augmente à 95%. Les conditions de vie y sont meilleures. (Laurence Nauer, 2012)

Un des problèmes en Espagne semble être le désintérêt de la population pour les Roms. En effet, la population gitane n’est pas une priorité. C’est donc ce qui les conduit vers l’exclusion sociale et la misère. Cependant, même s’ils sont mal vus, ils ne sont pas une cible pour les autorités. Alors qu’en France on démantèle les campements, en Espagne ils sont plus libres quant à leurs logements. Les installations sont le dernier des soucis de l’administration espagnole. Personne ne s’occupe du phénomène même si des fonds européens sont disponibles pour ce genre de cas. Leur façon de vivre en Espagne est dite inclusive. On y instaure des politiques d’intégration afin de favoriser leur accès à l’emploi, aux services de santé, aux logements et à l’éducation. Tout n’est tout de même pas parfait. Le pourcentage de racisme envers les gitans est toujours très élevé. Ils sont d’ailleurs victimes de xénophobie. (Le Huffington Post, 2013)

Selon Alexandre Boudet, les Gitans sont entre 10 et 12 millions sur le continent européen. Le pays européen accueillant le plus de Roms est l’Espagne. Selon le Conseil de l’Europe, ils seraient 750 000. L’Espagne serait le pays où ils sont le mieux intégrés. Les autorités locales ont lancé un plan reposant sur quatre piliers qui a coûté plus de 100 millions d’euros. Ils misent sur l’éducation, la santé, le logement et les actions en faveur des femmes. Madrid se distingue aussi par ses enseignements basés sur l’égalité de traitement et la discrimination ethnique. (Alexandre Boudet, 2013)

Pour un résumé de l’histoire et de la situation des Roms, voici un reportage d’Euronews :

Alycia Leduc

Médiagraphie

BOUDET Alexandre. « Roms en Europe : comment les gouvernements répondent à la question », Le Huffington Post, [En ligne], http://www.huffingtonpost.fr/2013/09/29/roms-europe-gouvernements-reponse_n_3980507.html (page consultée le 15 février 2015)

CAMBON Diane. « Les Gitans en Espagne », Rencontres Tsiganes, [En ligne], http://www.rencontrestsiganes.asso.fr/spip.php?article309 (page consultée le 15 février 2015)

COUPRY François. Les Gitans, Toulouse, Les Essentiels Milan, 2001, (p. 20-21)

ASSÉO Henriette. Les Tsiganes une destinée européenne, Paris, Découvertes Gaillimard, 1994.

Le Huffington Post. « La France expulse les Roms et démantèle leurs campements, tandis que l’Espagne les ignore », Le Huffington Post, [En ligne], http://www.huffingtonpost.fr/2013/10/05/france-expulse-roms-espagne-ignore_n_4047842.html (page consultée le 15 février 2015)

NEUER Laurence. « Les Roms bulgares et roumains s’intègrent bien en Espagne selon une étude », Le Point, [En ligne], http://www.lepoint.fr/societe/les-roms-bulgares-et-roumains-s-integrent-bien-en-espagne-selon-une-etude-28-06-2012-1478716_23.php (page consultée le 15 février 2015)

« La población gitana española », Gitanos, [En ligne], http://www.gitanos.org/publicaciones/guiasalud/cultura_02 (page consultée le 15 février 2015)

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