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Intervenir auprès des réfugiés : un enjeu en soi


Une bonne intégration des réfugiés politiques dans leur nouveau pays d’accueil dépend grandement de l’approche des intervenants. Une recherche faite auprès de la clientèle du Centre de santé de Hamilton et de Niagara, qui est le 3e plus grand centre d’accueil d’immigrants au Canada incluant un grand nombre de réfugiés (Diallo et Lafrenière, 2007), démontre une importante lacune dans l’intervention auprès de cette classe d’immigrants fragiles. Certes, les premiers en contact avec les réfugiés n’ont pas les aptitudes nécessaires pour répondre à leur situation particulière.


L’état des réfugiés à leur arrivée au Canada

   Les réfugiés qui s’installent au Canada proviennent majoritairement des régions d’Amérique Latine, d’Asie et d’Afrique. Les pays de ces régions sont malheureusement très familiers avec de graves maladies, avec la guerre, la torture et la violence organisée. En raison de cela, la santé physique de la population de ces pays est alarmante. Donc, le processus d’immigration du Canada oblige tout le monde à passer un examen médical sous le contrôle d’un médecin agrée par l’Ambassade du Canada.

 En plus des nombreux problèmes physiologiques, les survivants de guerre et de torture ayant intégrés leur pays d’accueil ont des problèmes de santé mentale et émotionnelle du à plusieurs faits, notamment du au processus d’intégration et le stress de l’immigration, la séparation familiale, la perte d’identité et des repères culturels propres à leurs pays d’origine. Ces derniers causent des symptômes de dépression et de stress post-traumatique chez les réfugiés.

 Pour connaître cet autre grand problème qui fait partie de la réalité des réfugiés, vous pouvez consulter l’article détaillé d’Ariane Primeau concernant la situation difficile des demandeurs d’asile.

 Le grand problème des intervenants

            Les travailleurs du Centre de santé de Hamilton et de Niagara ont pour la majorité une formation générale sur les soins de santés primaires et services sociaux, comme un Ph D., une Maîtrise, un Baccalauréat, les Sciences ou d’autres formations plus spécialisés.

 Le grand problème est que la majorité est de même avis en disant ne pas avoir reçu de formation particulière concentrée sur l’aide aux personnes victimes de traumatisme. D’ailleurs, seulement 25% disent avoir eu cette formation à travers des programmes spécialisés. Tout de même, ils y apportent un bémol en disant que ces programmes sont plus adaptés à la réalité des immigrants en général. Donc ils sont insuffisants lorsqu’il s’agit d’intervenir auprès des réfugiés victimes de traumatisme et en provenance de communautés culturelles loin de notre réalité. Les autres travailleurs sociaux du domaine n’ont jamais eu de formation spécifique au traumatisme. Néanmoins, ils croient tous qu’une telle formation est primordiale pour pouvoir bien aider. À cela s’ajoute l’importance de mieux connaître le pays d’origine, ce qui s’est passé à l’intérieur de ce pays et d’obtenir des informations continuelles sur sa situation politique, en plus de connaître les pratiques et les croyances culturelles et religieuses de ces pays. Le manque de savoir sur le traumatisme et sur les derniers aspects énumérés fait en sorte que les intervenants n’osent pas aborder la question du traumatisme par peur de ne pas savoir comment procéder par après (Diallo et Lafrenière, 2007).

Les défis rencontrés lors des interventions 

             Les intervenants affirment que plusieurs défis font obstacles à leur travail auprès de cette clientèle particulièrement fragile.

La communication et la langue sont notées comme étant le défi le plus important. Plus précisément, un manque d’information et de compréhension rend le diagnostic et le traitement plus difficile. Ils ne savent souvent pas si la personne a été torturée ou pas, si oui dans quelles conditions, et ne connaissent pas les pratiques culturelles du pays d’origine. Outre, plusieurs réfugiés souhaitent recevoir des services en français, cependant les ressources francophones dans le domaine spécifique du traumatisme sont limitées au Canada. Conséquemment, les enfants jouent le rôle d’interprète et cela joue un rôle important sur la dynamique familiale. Également, les termes et les questions liés au traumatisme et à la santé mentale sont souvent trop complexes pour ces personnes, d’où la difficulté de simplifier les termes le plus possible sans perdre de précision sur leur état.

Une autre grande difficulté que rencontre les intervenants lorsqu’ils tentent d’aider les réfugiés est le manque de confiance. D’une part, le vécu du survivant dans son pays et son expérience des camps de réfugiés et de tout le processus englobant son immigration viennent fragiliser sa personne. Ainsi, une fois au Canada, ils ont une certaine difficulté à établir un lien de confiance avec les personnes censées de les aider. D’autre part, certains intervenants se sentent manipuler par les réfugiés afin d’obtenir plus de soins, et d’autres restent sceptiques face aux histoires qu’ils entendent.

Aussi, il y a un certain manque de connaissance du système canadien par les réfugiés. Ceux-ci ne sont pas familiers avec le fonctionnement et pour cette raison, on remarque beaucoup d’absences et de problèmes de ponctualité. Ce qui cause un autre grand problème dans le processus du travail des intervenants.

Dernièrement, l’incompréhension culturelle entre le monde de l’intervenant et celui d’où provient le réfugié vient compliquer les choses. Il y a dans certaines régions du monde de nombreux tabous liés à la peur et aux stéréotypes, ce qui cause des difficultés culturelles. Par exemple, la santé mentale peut être synonyme de folie pour certains. Il faut donc beaucoup de temps à familiariser les réfugiés à la thérapie individuelle et au vocabulaire qu’elle comporte. Rarement, on peut également voir un manque de sympathie de la part de l’intervenant.

Dans ce dernier point abordé, la question de l’importance de la spiritualité fait souvent surface. Les travailleurs sociaux travaillant auprès des réfugiés sont tous d’accord sur le fait que les croyances religieuses sont un aspect important de l’intervention. Ce point de vue est controversé chez les écoles de travail social, et chez les médecins et infirmières, car ils croient qu’il n’est pas favorable d’inclure la foi et la religion dans la thérapie. Leurs apprenants disent cependant qu’ils sont à l’aise d’aborder cette question lorsqu’ils aident les réfugiés. Cela leur permet d’établir une relation plus confortable avec leurs clients, en plus de mieux les connaître pour pouvoir mieux les aider par la suite. Si les questionner sur ce sujet n’est pas possible, les intervenants affirment qu’ils doivent au moins être informés sur le rôle de la spiritualité dans la vie de ces personnes. De nombreux réfugiés reconnaissent leur religion comme seul point de repère avec leur passé, et cette dernière devient un moyen d’alléger certains troubles et douleurs. Bref, la spiritualité est en quelque sorte un mécanisme de survie très important, ce pourquoi les intervenants doivent avoir les connaissances nécessaires sur celle-ci.

 Résultat 

            Ces défis ne sont pas sans conséquences, au contraire, ils viennent aggraver le traumatisme des réfugiés. Ces derniers vont souvent dénier l’existence d’un traumatisme, ou bien ils vont refuser de le reconnaître pour diverses raisons. Les intervenants peuvent parfois sous-estimer la sévérité de leur état de santé, ce qui peut retardé le diagnostic et le traitement au complet. Il y a également une détérioration de leur santé physique : les réfugiés sont souvent inconfortables dans les salles d’hôpitaux puisqu’il est reconnu que dans de nombreux pays, les spécialistes de la santé participes au tortures avec leurs instruments.

Résultat sur les intervenants 

             Les intervenants qui travaillent constamment avec les réfugiés et qui entendent des histoires lourdes non communes finissent par en subir des conséquences. En effet, il est fréquent de voir les intervenants ouvrir leur cœur aux histoires tranchantes des réfugiés, à un tel point qu’ils remettent en question leurs propres croyances, et cela les transforme énormément. Ce fait s’appelle le traumatisme par empathie. Il faut donc que les intervenants apportent une attention toute particulière à leur propre état de santé mentale.

Voici un tableau résumant les effets de ce métier sur les professionnels du domaine :

Lamine DIALLO, Ginette LAFRENIÈRE, « Intervenir auprès des survivants de guerre, de torture et de violence organisée », Revue d’intervention sociale et communautaire, [En ligne], vol. 13, nº1, 2007, p.41-77, dans Érudit, (page consulté le 26 février 2015)
Lamine DIALLO, Ginette LAFRENIÈRE, « Intervenir auprès des survivants de guerre, de torture et de violence organisée », Revue d’intervention sociale et communautaire, [En ligne], vol. 13, nº1, 2007, p.41-77, dans Érudit, (page consulté le 26 février 2015)
CONCLUSION

Suite à la compréhension de ces enjeux importants dans le travail des intervenants sociaux auprès des réfugiés, il devient sans doute que le gouvernement doit porter une attention toute particulière à leur formation. Ainsi, ces derniers seront mieux adaptés pour aider les survivants ayant fuient des situations traumatisantes dans des pays ayant une réalité complètement différente de celle du Canada.

 

par Elmira Oskuizadeh


MÉDIAGRAPHIE

1. Articles tirés d’une base de données

Lamine DIALLO, Ginette LAFRENIÈRE, « Intervenir auprès des survivants de guerre, de torture et de violence organisée », Revue d’intervention sociale et communautaire, [En ligne], vol. 13, nº1, 2007, p.41-77, dans Érudit, (page consulté le 26 février 2015)

 

 

2 réflexions au sujet de « Intervenir auprès des réfugiés : un enjeu en soi »

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