Le tourisme culturel est-il vraiment positif?

Le tourisme culturel a de nombreux avantages, tant au niveau économique que culturel. Par contre, on parle de plus en plus des effets pervers de ce phénomène et, même s’ils ne font pas l’unanimité, ils en inquiètent plus d’un. Ainsi, il est à se demander s’il s’agit vraiment d’un bon phénomène ou si ses risques dépassent ses bénéfices. C’est ce que nous tenterons d’éclaircir dans cet article.

Conséquences positives

D’abord, le tourisme culturel permet à certaines villes dont la majeure partie des attractions est semblables à celle des autres, de s’en distinguer et d’attirer plus de visiteurs par la présentation d’attraits uniques. (Origet du Cluzeau, 2006) Les lieux sont effectivement en compétition entre eux, puisque l’offre touristique augmente. Il est donc de plus en plus important pour une ville de se différencier des autres. La culture est un bon moyen de le faire, puisque chaque endroit a son identité propre, qui passe par ces monuments, mais aussi ses événements, sa langue, ses habitus et bien d’autres.

Ensuite, le tourisme culturel a de nombreux avantages économiques. Il permet en effet de stimuler l’économie d’un endroit, ce qui crée des emplois. (Origet du Cluzeau, 2006) En plus, plusieurs gouvernements, comme celui du Québec, subventionnent les attraits touristiques culturels, ce qui permet aussi de créer et maintenir des emplois et diminue de ce fait le taux de chômage. (Ministère du  tourisme du Québec, 2010)

Ce phénomène permet aussi d’augmenter le chiffre d’affaire de nombreuses entreprises. Premièrement, il augmente celui des activités touristiques culturelles telles les musées. La part de marché du tourisme culturel par rapport à l’ensemble des visiteurs de musées est très variable selon les endroits et peut atteindre 85% de touristes culturels. (Origet du Cluzeau, 2006) À titre de d’exemple, la Direction de Musées de France évalue que «60% de leur fréquentation émanerait des touristes». (Origet du Cluzeau, 2006) On peut donc conclure que «le tourisme tient une part prépondérante dans les effectifs de fréquentation de tous les sites et manifestations culturels. La survie de certains dépend d’ailleurs entièrement du tourisme.» (Origet du Cluzeau, 2006) Les retombées économiques qu’il amène sont pourtant majoritairement indirectes et le prix pour accéder aux activités ne représente que 3% du budget journalier des touristes. (Origet du Cluzeau, 2006) Ceux-ci dépensent effectivement aussi pour le transport, l’hébergement, la restauration et autres, ce qui contribue à augmenter les profits de nombreuses entreprises. (Office québécois de la langue française, 2005)

De plus, la hausse de la qualité demandée par les touristes amène une amélioration des activités culturelles. En effet, «[l]e public recherche l’insolite, l’inattendu et ne se contente plus d’être passif devant le monument». (Colardelle et Monferrand s.d.) Les activités deviennent donc de plus en plus animées et expliquées, et celles qui se conforment à cette nouvelle demande réussissent à attirer les touristes plus longtemps.

 

Conséquences négatives

Par contre, le tourisme culturel peut avoir des conséquences négatives dans certains cas. En effet, il peut amener l’augmentation des prix des biens et services et des propriétés foncières, ce qui est nuisible pour les habitants. (Origet du Cluzeau, 2006)

Source : "Angkor Wat" by Bjørn Christian Tørrissen - Own work. Licensed under GFDL via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Angkor_Wat.jpg#/media/File:Angkor_Wat.jpg
Source : « Angkor Wat » by Bjørn Christian Tørrissen – Own work. Licensed under GFDL via Wikimedia Commons – http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Angkor_Wat.jpg#/media/File:Angkor_Wat.jpg
By Charlesjsharp (Own work) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons
By Charlesjsharp (Own work) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

Sur le plan de l’environnement, selon plusieurs, le tourisme culturel aurait des «effets négatifs sur le patrimoine», en engendrant une «usure prématurée des monuments», à cause de leur surfréquentation et des «dégradations involontaires ou [du] vandalisme». (Colardelle et Monferrand s.d.) Plusieurs touristes endommagent en effet les objets culturels qu’ils visitent, par exemple, en gravant leurs noms sur les murs de plusieurs temples comme celui d’Angkor Vat au Cambodge. (Bommelaer, 2015) Puis, même si ce n’est pas dans leur intention, les touristes contribuent à la dégradation de nombreux lieux seulement par leur présence, puisqu’ils y sont trop nombreux. Par exemple, le sol du Machu Picchu au Pérou s’effrite à cause du trop grand nombre de visiteurs. Ensuite, cette activité produit de nombreux déchets qui sont nuisibles pour l’environnement et amène une grande consommation d’eau dans les hôtels, qui draine la nappe phréatique et amène lentement les temples à s’effondrer, par exemple au Cambodge.

Source : "Lascaux painting" por Prof saxx - Obra do próprio. Licenciado sob CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Lascaux_ painting.jpg#/media/File:Lascaux_painting.jpg
Source : « Lascaux painting » por Prof saxx – Obra do próprio. Licenciado sob CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons – http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Lascaux_ painting.jpg#/media/File:Lascaux_painting.jpg

À cause de ces problèmes, certains sites doivent être fermés pour éviter qu’ils ne soient complètement dégradés, comme la grotte de Lascaux en France, qui a été fermée suite aux nombreux dommages dues à un trop grand nombre de visiteurs. (Bommelaer, 2015) D’autres sites doivent restreindre leur accès pour ne pas aggraver leur détérioration, comme le Machu Picchu. Puis, certains sites planifient plutôt d’encourager les gens à visiter d’autres monuments pour limiter la dégradation des plus populaires, comme celui d’Angkor Vat.

Finalement, le tourisme culturel amène une vulgarisation pour être compris de tous qui rendrait selon certains les objets culturels vulgaires, au sens péjoratif du terme. Le fait de rendre plus compréhensible obligerait à diminuer l’information et l’authenticité de ceux-ci, ce qui n’est pas souhaitable aux yeux de plusieurs (Colardelle et Monferrand s.d.).

 

Conclusion

Par contre, les conséquences négatives du tourisme culturel sont loin de faire l’unanimité et plusieurs spécialistes croient qu’il s’agit de généralisations abusives, puisque ces impacts ne sont vrais que dans un pourcentage minime des cas. Surtout dans le cas de la vulgarisation, plusieurs spécialistes s’entendent pour dire qu’elle ne pose aucun problème (Colardelle et Monferrand s.d.). Par rapport aux problèmes de surfréquentation, il semble qu’elle soit à l’origine de problèmes de dégradation que pour une petite partie des objets culturels qui existent. Ainsi, il semble que de limiter l’accès aux sites pour éviter l’endommagement où cela est nécessaire serait une bonne manière de les préserver et d’équilibrer le nombre de visiteurs parmi les objets culturels. Quant à la pollution, la limitation semble aussi une bonne idée, puisqu’elle permettrait de mieux répartir les touristes et de préserver l’environnement. Ces solutions permettraient de contrer les problèmes existants, tout en préservant le tourisme culturel et ses avantages.

Selon les lectures faites dans le cadre de ce travail, le tourisme culturel semble amener plus de bénéfices que de risques, surtout que plusieurs conséquences négatives ne font pas l’unanimité des experts. Ce phénomène serait donc généralement positif.

 

Alexe Champagne-Lessard

 

Médiagraphie:

BOMMELAER, Claire. «La face noire du tourisme de masse», Le Figaro, [En ligne], no. 21934 (14 février 2015), p.31, dans Eureka, (Page consultée le 21 février 2015)

COLARDELLE, Michel et Alain MONFERRAND. «Tourisme culturel», Encyclopædia Universalis, [En ligne], http://ressources.cgodin.qc.ca:2066/encyclopedie/tourisme-culturel/ (Page consultée le 19 février 2015)

MINISTÈRE DU TOURISME DU QUÉBEC.  Diagnostic – Tourisme culturel Volet industrie événementielle, [En ligne], 2010, http://www.tourisme.gouv.qc.ca/publications/media/document/etudes-statistiques/diagnostic-tourisme-culturel-2010.pdf (Page consultée le 15 mars 2015)

OFFICE QUÉBÉCOIS DE LA LANGUE FRANÇAISE. «Tourisme», Grand dictionnaire terminologique, [En ligne], http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=8355489 (Page consultée le 19 mars 2015)

ORIGET DU CLUZEAU, Claude. Texte de la 608e conférence de l’Université de tous les savoirs donnée le 12 janvier 2006- Claude Origet du Cluzeau: «Le tourisme culturel», [En ligne], 2006, http://download2.cerimes.fr/canalu/documents/utls/download/pdf/120106.pdf (Page consultée le 21 février 2015)

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