Demandeur d’asile: une situation difficile

Demander l’asile est une étape complexe qui entraine beaucoup de stress. La rapidité du processus causée par les modifications de 2012 a eu d’importants impacts à la fois aux niveaux psychologiques et affectifs chez les demandeurs. Selon un demandeur d’asile : « L’aspect négatif, pour moi, c’est le stress. J’ai les nerfs en boule et beaucoup de pression parce que tout est tellement rapide » (Conseil canadien pour les Réfugiés, 2014).

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Première impression…

D’après une étude effectuée par le Conseil canadien pour les réfugiés (CCR), le processus de demande d’asile est complexe et difficile à vivre pour les demandeurs d’asile puisqu’il entraine un sentiment d’incompréhension et d’inquiétude qui engendre un gros stress pour ces personnes déjà fragiles. Dans cette étude, certains répondants ont dit s’être sentis intimidés par les agents de l’immigration. Ce n’est pas une première impression très accueillante. L’un d’eux a comparé son entrevue avec l’Agence des Services frontaliers du Canada (ASFC) à un interrogatoire fait par un enquêteur de la police vis-à-vis d’un criminel, et un autre a dit s’être fait traiter comme un délinquant. Un autre a qualifié les agents des services frontaliers de « très rudes et très grossiers » (Conseil canadien pour les Réfugiés, 2014). Certains se font littéralement menotter et amener dans un Centre de prévention de l’immigration, ils sont donc traités comme des criminels : « Ils sont venus, ils m’ont menotté. Ils m’ont mis dans un fourgon, comme dans une cage, avec des clés, comme un animal. Pour moi, c’était choquant; dans mon pays, je n’ai jamais passé même trente minutes dans un poste de police » (Leprince, 2014). Cette manière d’agir est expliquée par les autorités comme étant des « mesures afin de prévenir des dangers éventuels » (Quinty-Falardeau, 2015). Selon l’étude du CCR, malgré que certains « déclarent avoir été intimidés et menacés de renvoi », d’autres personnes ont eu une expérience positive lorsqu’ils ont présenté leur demande. Les courts délais sont stressants, entrainent de grandes craintes, de la pression et de l’angoisse. Le stress peut mener chez certains à des problèmes de santé : insomnie, perte d’appétit… (Conseil canadien pour les Réfugiés, 2014).

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L’obstacle lié à la langue a aussi un gros impact chez les demandeurs. Certains sont mal à l’aise de raconter leur histoire devant les interprètes, et ils sont souvent inquiets que la traduction rende mal leur récit et les désavantages (Conseil canadien pour les Réfugiés, 2014).

Les nouvelles mesures: source d’angoisse

Les mesures aggravent aussi l’état psychologique des demandeurs détenus. Selon une étude menée entre 2010 et 2012 par Janet Cleveland, une psychologue et chercheuse de McGill, « les demandeurs détenus présentent un niveau considérablement plus élevé de symptômes de trouble de stress post-traumatique, de dépression et d’anxiété que les demandeurs étant toujours demeurés libres au Canada. Pourtant, aucune aide psychologique n’est offerte en détention » (Cleveland, 2012). Action Réfugiés Montréal offre à ces détenus de l’aide juridique afin de remplir tous les documents nécessaires à leur demande de statut de réfugié. Les lois entourant l’immigration humanitaire sont dans les plus complexes au Canada, ce qui rend l’absence d’aide juridique un gros handicap. De plus, à peine 6 % de ces détenus sont soupçonnés de représenter un risque pour la sécurité, selon une étude réalisée en 2011 par une professeure de droit de l’Université d’Ottawa. « Un pays d’accueil ne peut pénaliser un demandeur d’asile pour être entré sur son territoire à l’aide de faux papiers, selon la convention de Genève. Mais le Canada, à l’instar d’autres pays, fait fi de cette clause » (Quinty-Falardeau, 2015). Dès qu’une personne entre sur les territoires sans papiers ou avec de faux papiers, elle est mise en détention automatiquement. Une des personnes interviewées par le CCR avait été maintenue en détention pour une durée de onze jours à la suite d’une erreur dans les dates faite par des fonctionnaires canadiens (Conseil canadien pour les Réfugiés, 2014).

Audiences

L’audience, quant à elle, est un autre évènement très stressant pour les demandeurs d’asile, car ils ont conscience que leur vie en dépend, et ceux qui n’ont pas immédiatement une réponse positive à la fin de l’audience vivent un stress supplémentaire dû à l’attente de cette réponse. Selon un individu, il est « difficile de [se] souvenir d’évènements pénibles comme ceux d’être emprisonné, enlevé et torturé. Ça [l’a] stressé de [se] souvenir du mauvais traitement [qu’il avait] reçu. » Certains ont eu recours à une thérapeute afin de gérer leurs troubles et leurs craintes, mais certains, comme les détenus, n’ont pas accès à de tels services. De plus, avant que la demande soit déclarée recevable, le demandeur n’a pas accès à certains services et avantages, incluant les soins de santé et l’aide sociale, ce qui place certains demandeurs dans une situation très précaire (Conseil canadien pour les Réfugiés, 2014).

Malheureusement, les inquiétudes des demandeurs ne cessent pas nécessairement lors de l’obtention du statut de réfugié et l’obtention de la résidence permanente. Pour diverses raisons, incluant la demande d’un passeport du pays d’origine, que le Canada voit comme une demande de protection de ce pays, ou si le réfugié retourne dans son pays d’origine, même pour une très courte durée, il peut être expulsé du Canada. « Immigration Canada vise 875 annulations annuelles d’asile et de résidence avec expulsion pour d’anciens réfugiés qui sont retournés, même brièvement, dans leur pays d’origine » (Leprince, 2014).

Ariane Primeau

Bibliographie :

CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS, L’expérience des demandeurs d’asile aux audiences dans le cadre du nouveau système, [En ligne], avril 2014, http://ccrweb.ca/sites/ccrweb.ca/files/audience-refugie-rapport-2014.pdf (Page consultée le 17 février 2015)

LEPRINCE, Jean-Michel, « Deux fois moins de demandeurs d’asile au Canada depuis la réforme des conservateurs », dans LaPresse, [En ligne], http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2014/09/09/003-reforme-systeme-asile-politique-canada-immigrants-refugies-durcissement.shtml (Page consultée le 27 avril 2015)

QUINTY-FALARDEAU, Antoine. « Quand le Canada serre la vis », L’actualité, [En ligne], Vol. 40 n°2 (01/02/2015), p.46-47-48-49, dans Eureka (Page consultée le 16 février 2015)

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