L’immigration clandestine en Espagne: de l’émigration à l’immigration

L’historique des migrations concernant l’Espagne

L’Espagne, terre d’émigration avant tout

L’Espagne a longtemps été considérée comme une terre d’émigration, notamment à cause de sa situation d’instabilité politique, économique et sociale. En effet, l’Espagne a été un des pays d’émigration les plus importants en Europe. Les principales destinations des Espagnols étaient des colonies espagnoles, donc l’Amérique Latine, plus particulièrement l’Argentine, Cuba, le Brésil et le Venezuela ainsi que l’Afrique du Nord, dont le Maroc et l’Algérie. Puis, vers les années 1960, la destination des migrants espagnols fluctue vers l’Europe Occidentale. (Gozalvez Pérez, 1996).

L’Espagne, devenue terre d’immigration

En 1973,  les flux migratoires les plus importants sont ceux de retours. (Gozalvez Pérez, 1996) En effet, depuis 1950, l’Espagne fait face à un processus de transformation économique pour mettre fin à l’autarcie. Plusieurs autres facteurs entraînent ce retour, notamment les accords avec les États-Unis, l’augmentation du tourisme, le processus d’urbanisation et d’industrialisation qui ont favorisé de changements autant sociaux qu’économiques. Ainsi qu’un changement politique majeur, la transition vers une démocratie, due au départ de Franco. (Martin-Munoz, 2002).

Mais pourquoi vouloir quitter l’Espagne?

Franco

L’Espagne franquiste en détails
Caractéristiques du régime

La dictature de Franco en Espagne  a débuté en octobre 1936 et a duré près de quarante ans. Son règne est caractérisé par une idéologie traditionaliste et antimoderniste basée sur la religion catholique. C’est un régime a parti unique, un régime autoritaire, totalitaire pour certains et voir même fasciste. Il est antidémocratique et répressif, ce qui se voit notamment dans le rejet du libéralisme et des libertés politiques comme le droit d’association et d’opinion. Il est aussi caractérisé par un très fort nationalisme espagnol, d’où le refus de tout droit politique, linguistique ou culturel des régions. L’Armée est utilisée pour maintenir l’ordre et la lutte contre l’ennemi intérieur. Voilà tous des raisons pour lesquelles les habitants désirent quitter ce pays mené par un dictateur, et ce, en grand nombre. L’Église sert à légitimer le pouvoir de Franco en faisant de son coup d’État une « Croisade contre l’athéisme marxiste ». À son tour, Franco reconnaît le catholicisme comme la religion d’État, assure un budget et rétablie en fonction des religieux dans les syndicats, l’armée et les écoles, où le contrôle social s’effectue. L’État contrôle donc la police politique, l’éducation nationale, l’action syndicale, la presse, la radio, la propagande et toute la vie économique. Durant cette dictature, l’Espagne n’est donc pas un pays où il fait bon vivre ni un pays très ouvert sur le monde extérieur, d’où l’absence d’immigration(Histoire de l’Espagne, 2011).

Évolution du régime

Sous le premier franquisme (1939-1959), l’Espagne est ruinée démographiquement et économiquement. Sous ce régime oppressif, tous ceux qui s’opposaient au « Glorieux mouvement national » pouvaient être poursuit, même que des dizaines de milliers d’opposants politiques ont été fusillés sous la première décennie de la dictature de Franco.

Économiquement, la majeure partie de la population est en situation de faim et de pauvreté extrême. La pauvreté étant une raison de quitter son pays d’origine tel que vu dans l’article provant de notre sondage (Mythes et réalités par rapport à la clandestinité) .  Pour Franco, la solution c’est l’autarcie basée sur l’autosuffisance et l’intervention de l’État. Par exemple, l’État fixait le prix agricole et obligeait les paysans à céder leurs surplus agricoles. Voilà un premier exemple d’une Espagne fermée sur le monde.

À la veille de la secondaire guerre mondiale, l’Espagne se range du côté de l’Axe, mais dès que cela devient un embarras,  elle se considère neutre. Malgré la proclamation de sa neutralité, l’Espagne est condamnée comme alliée de l’Axe. Ce qui a contribué la mise à l’écart de l’Espagne lors de la création de l’Organisation des Nations unies. Voilà un deuxième exemple d’une Espagne fermée sur le monde.

Mais tout bascule lors de la guerre froide, car les États-Unis mettent en place plusieurs bases militaires en Espagne en échange d’une aide financière et militaire pour l’Espagne.  Ce pays devient donc un acteur important dans le bloc anti-communiste et adhère finalement, en 1955, à l’Organisation des Nations unies. Une première tentative de s’ouvrir au monde.

À cause de l’échec de l’isolationnisme, l’autarcie prend fin dans les années 1950 et dès cette année-là l’Espagne assiste à une certaine libéralisation des prix et du commerce. C’est la fin du rationnement des aliments et le début d’une croissance économique. En 1954, le PIB/habitant dépasse celui de 1935, ce qui veut dire que vingt ans avaient été perdus en ce qui a trait à l’économie.

Même après ces changements, la fin de Franco est dépeinte par une opposition plus en plus marquée des travailleurs, étudiantes, souverainistes et même l’Église catholique qui cesse d’appuyer le régime. C’est donc en 1973 que Franco abandonne son poste pour être remplacer par l’amiral Carrero Blanco désigné pour assurer la continuité du régime franquiste. Cependant, Blanco meurt d’un attentat la même année, ce qui ne laisse pas le choix au pays de revoir Franco comme dirigeant du pays, ce qui laisse place à la période la plus agonisante du régime jusqu’à sa mort en 1975.

Mais la croissance économique amorcée  amène une forte inflation, donc encore plus de misère. Les réformes économiques étant nécessaires, le protectionnisme et l’intervention étatique a diminué pour laisser place au système libéral, ce qui favorise l’intégration de l’Espagne au reste de l’Europe après la mort de Franco (Histoire de l’Espagne, 2011).

L’Espagne n’a pas eu le choix de changer, et ce, malgré la volonté de Franco. Ces nombreuses transformations  socio-économiques et politiques ont ouvert l’Espagne à l’Europe et du même fait, à l’immigration légale ET clandestine.

 

Emilie Renaud

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