La reconnaissance des diplômes et de l’expérience acquis à l’étranger

Antoine Letarte,  «Drapeau du Québec», 2010, Wikipedia, [En Ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Drapeau_du_Quebec.JPG
Antoine Letarte, «Drapeau du Québec», 2010, Wikipedia, [En Ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Drapeau_du_Quebec.JPG

Tout d’abord, cet article est en lien direct avec la question de recherche que notre équipe a trouvé au tout début du cours de démarche d’intégration des acquis en sciences humaines, soit celle-ci : « Quel est le portrait de l’intégration des immigrants au Québec ». En ce qui concerne cet article, nous nous attarderons sur la question générale suivante qui touche plus précisément l’intégration des immigrants sur le marché du travail québécois : « Quel est le portrait de l’intégration des immigrants sur le marché du travail aujourd’hui? ». De façon plus précise, nous nous attarderons plus sur la reconnaissance des diplômes et de l’expérience acquis à l’étranger.

Par la suite, il est aussi primordial de se demander pourquoi le sujet de l’intégration des immigrants sur le marché du travail québécois est important et de se pencher sur l’importance de la reconnaissance des diplômes et de l’expérience acquis à l’étranger. En effet, le niveau de scolarisation des nouveaux arrivants ne cesse d’augmenter au Québec. À cet effet, en 2006, un peu plus de 51% des immigrés québécois âgés de 25 à 64 ans, installés ici depuis moins de cinq ans, détenaient un diplôme universitaire quelconque (Canada, 2012). De ces 51% d’immigrants, plusieurs d’entre eux ne peuvent trouver un emploi qui correspond au diplôme ou à l’expérience acquis dans leur pays natal. Ces nouveaux arrivants se retrouvent alors obligés de trouver un autre emploi, hors de leur champ d’expertise, pour faire vivre leur famille (Renaud, 2005).

Avant de débuter officiellement sur le sujet du jour, il est impératif de dresser une vue d’ensemble de l’intégration des immigrants sur le marché du travail au Québec. Comme mentionné précédemment, l’immigrant connait de la difficulté à un trouver un emploi qui correspond à son ou ses diplômes et à ses acquis. Cette difficulté dans son intégration sur le marché de l’emploi engendre une perte majeure au niveau de son revenu par rapport à celui de la population originaire du Québec ou du Canada.

« De plus, tandis qu’en 1980, le taux de faible revenu après transfert et avant impôt était à parité́ chez les deux catégories, celui des natifs avait diminué 25 ans plus tard, l’intégration socioéconomique des immigrants et immigrantes au Québec, passant de 17,2 % à 13,3 %, alors que celui des immigrants avait cru, passant de 17 % à 21,6 % » (Picot, Lu et Hou, 2009).

Cette situation devient plus alarmante chez les immigrants arrivés au Québec depuis moins de cinq ans, puisque leur taux de faible revenu est de l’ordre de 2,7 fois plus élevé que celui des Québécois et des Québécoises (Picot, Lu et Hou, 2009). Conséquemment, le problème d’équité au niveau des revenus entre les nouveaux immigrants et la population québécoise existe réellement.

À la lumière de cette vue d’ensemble du marché de l’emploi québécois, il est évident que les immigrants éprouvent des problèmes majeurs à s’intégrer dans notre société, du moins, au niveau du travail. Pour découvrir d’autres facettes de l’intégration des immigrants au Québec, veuillez voir les articles suivants : L’intégration des Immigrants au Québec: L’intégration fonctionnelle, L’intégration des immigrants au Québec, Idéologie d’accueil des immigrants, Facteurs facilitants l’intégration, Le français : Son importance et ses difficultés .  Au niveau de la reconnaissance des diplômes et des acquis à l’étranger, il semble que l’emploi occupé avant l’arrivée de l’immigrant dans son nouveau pays ait un impact considérable sur ses chances de trouver un boulot similaire. En effet, on remarque un désavantage considérablement plus important chez les immigrants ayant occupé les meilleurs emplois, comparativement à ceux qui ont occupé des emplois nécessitant peu de connaissances et une exécution moins complexe. Ces derniers seront en mesure de se trouver un emploi identique ou du moins quasi identique d’un pays à l’autre (Crespo, 1993). Cette étude de Crespo réalisée en 1993 se retrouve dans le document de Jean Renaud cité ci-haut. De plus, le problème de la reconnaissance des diplômes ou de l’expérience acquis dans le pays natal s’accentue plus le travail devient complexe. Un autre fait intéressant soulevé par cette étude s’avère être l’impact négatif de l’expérience acquise ici au Québec. M. Crespo affirme que si l’immigrant accepte un poste inférieur à celui qu’il occupait dans son pays d’origine, et bien, ses chances, du moins pour les trois années suivantes, seront quasi nulle de retrouver un emploi qui soit équivalent à celui qu’il avait avant. Ce faisant, ce phénomène a pour conséquence d’effacer en quelque sorte le curriculum vitae remploi d’expérience du nouvel arrivant ou même de valider le fait que ses diplômes et son expérience acquis dans leur pays natal soient de mauvaises qualités. Aussi, toujours dans la même étude de Crespo en 1993, il est important de mentionner qu’un immigrant ayant occupé un emploi de qualité ou de rang supérieur dans son pays d’origine doit impérativement se trouver un emploi dans les plus brefs délais lorsqu’il accès pour la première fois au marché de l’emploi au Québec. De surcroit, si le nouvel arrivant est incapable de se trouver un boulot équivalent au sien dans les mois ou même les semaines suivant son arrivée, il s’éloigne de plus en plus de la possibilité de retrouver un emploi équivalent à celui qu’il occupait auparavant. Encore une fois, selon cette étude, il n’est pas encore prouvé que ce phénomène se prolonge dans le temps. Selon nos recherches, il a été difficile de trouver une réponse à ce raisonnement puisqu’il est extrêmement ardu de réaliser une telle étude qui s’étale sur plusieurs années.

À la suite de l’étude de Crespo en 1993, il y a une autre étude qui est à l’encontre de la quasi-totalité de tout ce qui a été dit précédemment. Cette nouvelle étude est conduite par Renaud et Cayn entre 1997 et 2000 sur un échantillon de 1875 immigrants qui représentent bien les différentes catégories des travailleurs acceptés au Québec durant cette période. On y apprend que le temps est essentiel pour s’acclimater aux demandes et acquérir des connaissances du nouveau territoire, ici le Québec, dans lequel l’immigrant s’installe.

« Plus de 91% des travailleurs sélectionnés vont accéder au marché du travail dans les premiers cinq ans. À ce moment, on estime que 68,7% de l’ensemble des travailleurs sélectionnés auront au moins atteint un premier emploi correspondant à leur niveau de scolarité. Plus encore, une fois un emploi de ce niveau atteint, il y a très peu de chances (12,2%) de passer à un emploi de niveau inférieur » (Renaud et Cayn, 2000).

Il y a une ressemblance qu’il est important de noter. Les deux études sont d’accord pour affirmer que lors des cinq premières années suivantes l’établissement de l’immigré, la majorité va se trouver un emploi, qu’il soit en relation ou non aux diplômes et à l’expérience acquis à l’étranger (91% dans la deuxième étude). Cependant, les ressemblances se terminent là. Par la suite, nous apprenons, avec l’étude de Renaud et de Cayn en 2000, que de ces 91% d’immigrants qui se trouvent un boulot dans les cinq premières années, 68,7% d’entre eux dénicheront un emploi correspondant à leur niveau de scolarité, mais pas nécessairement à leur expérience acquise dans leur pays natal.

Dans le cadre du cours de démarche d’intégration des acquis en sciences humaines, il nous a été demandé de faire une « vérification de terrain » à l’aide d’entrevues ou de sondages. Nous avons opté unanimement pour le sondage, puisque nous voulions obtenir le plus de réponses possible pour ainsi avoir une vue d’ensemble de l’intégration des immigrants au Québec. Le sondage s’est déroulé dans l’ensemble des groupes de francisation qui se trouvent au Cégep Gérald-Godin. En ce qui me concerne, j’ai posé des questions qui nous permettaient de vérifier si ce qui se dit dans les divers documents que nous avons lus est en concordance avec la réalité des immigrants. En premier lieu, nous avons posé la question suivante : « Si vous avez un diplôme universitaire étranger, a-t-il été reconnu ici au Québec? ». Les réponses que nous avons reçues sont plutôt négatives, puisque 14 répondants ont affirmé que leurs diplômes n’ont pas été reconnus, 10 répondants ont affirmé que leurs diplômes ont été reconnus et 6 répondants affirment qu’ils sont en train de suivre un cours d’équivalence. Parmi les immigrants sondés, nous avons eu Ahmed (nom fictif) qui y va de la déclaration suivante : « Je suis économiste et ici son peu les possibilités pour cette raison je dois changer d’activité pour le travail ». Il est donc triste de reconnaitre qu’une majorité des diplômes des immigrants ne sont pas reconnus par le Québec.

En somme, comme nous l’avons vu précédemment, l’intégration des immigrants sur le marché du travail au Québec, plus précisément avec la reconnaissance des diplômes et de l’expérience acquis à l’étranger est un sujet quelque peu controversé, puisque ces derniers, selon l’optique de Crespo dans notre première étude, n’ont pas un avenir prometteur s’ils ne trouvent pas un emploi à la hauteur de leurs compétences dans les premiers mois de leur établissement au Québec. Cependant, selon la vision de Renaud et de Cayn, les immigrants ont de grandes chances de trouver un emploi qui soit en concordance avec les diplômes et l’expérience acquis à l’étranger dans les cinq premières années de leur arrivée sur le territoire québécois. De plus, il est important de noter que ces deux études (Crespo, 1993) et (Renaud et Cayn, 2000) sont un bon résumé ce l’information qui se trouve sur l’intégration des nouveaux arrivants au Québec.

Jean-Nicolas Gosselin

Médiagraphie

Document accessible par internet

Institut de la statistique du Québec. 2012. «La surqualification au sein des grands groupes professionnels au Québec.» Accès le Février 15, 2015. http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/travail-remuneration/population-active-chomage/surqualification-2012.pdf.

Institut de recherche et d’informations socio-économiques, «L’intégration des immigrants et immigrantes au Québec», [En ligne], http://www.iris-recherche.qc.ca/wp-content/uploads/2012/11/Note-immigration-web.pdf (Page consultée le 20 avril 2015)

RENAUD Jean et CAYN Tristan, « Un emploi correspondant à ses compétences ?Les travailleurs sélectionnés et l’accès à un emploi qualifié au Québec », [En ligne], http://www.midi.gouv.qc.ca/publications/fr/recherches-statistiques/AccesEmploiQualifie-RapportRenaudCayn.pdf (Page consultée le 20 avril 2015)

RENAUD Jean, « Limites de l’accès à l’emploi et intégration des immigrants au Québec: quelques exemples à partir d’enquêtes», [En ligne], http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/oss_1634-8176_2005_num_4_1_1030 (Page consultée le 22 février 2015)

Ministère de l’Immigration et des Communautés Culturelles « Les immigrants et le marché du travail québécois en 2011 », [En ligne], http://www.midi.gouv.qc.ca/publications/fr/recherches-statistiques/ImmigrantsMarcheTravail2011.pdf (Page consultée le 22 février 2015)

STATISTIQUE CANADA, « Revenus et gains – Faits saillants et tableaux, Recensement de 2006 », [En ligne], http://www12.statcan.ca/census-recensement/2006/dp-pd/hlt/97-563/Index-fra.cfm (Page consultée le 17 mars 2015)

 

 

 

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