Ed, KASHI.« St. Vincent de Paul Catholic Church », 2010-2011, [JPEG], sur National Geographic, [En ligne], http://ngm.nationalgeographic.com/2012/03/marseille/dickey-text/1 (page consultée le 25 février 2015)

La vie ensemble, en pratique

     Maintenant que certains concepts théoriques sont établis et que nous avons observé brièvement le cheminement de l’étranger jusqu’à son intégration en tant qu’immigrant, nous parvenons à la réalité pratique et appliquée à Marseille; c’est elle qui nous montre concrètement comment l’immigration vient façonner cette société.

Intégration et pluralisme

     En elle-même, Marseille se définit tant géographiquement qu’historiquement comme une ville cosmopolite.

AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE. « Atlas urbain de Marseille- Géographie physique », 2015, [carte géographique], sur l’AGAM, [En ligne], http://www.agam.org/index.php?id=312 (page consultée le 26 avril 2015)
AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE. « Atlas urbain de Marseille- Géographie physique », 2015, [carte géographique], sur l’AGAM, [En ligne], http://www.agam.org/index.php?id=312 (page consultée le 26 avril 2015)

En effet, encerclée par les calanques et faisant face à la mer, la localisation géographique de Marseille fait de cette ville un espace d’intersection entre l’Europe et la Méditerranée, en plus de s’être établie comme ville portuaire [elle est actuellement le premier port français et deuxième port méditerranéen (MOUVEMENT MÉTROPOLE, 2011)]; Marseille est donc naturellement un lieu d’échanges où les différentes nations s’y rencontrent pour partager leurs biens, leurs idées, et leurs manières d’être. Puis, au fil du temps, Marseille s’est constituée un cosmopolitisme résultant de vagues d’immigration successives, dont quatre grandes ces cent dernières années :

  1. D’abord (fin 19ème – début 20ème s.) vint une immigration latine particulièrement italienne poussée par l’industrialisation de la ville et son économie florissante;
  2. puis (entre 1918-1939) Marseille devint aussi une ville refuge pour les exilés notamment ceux fuyant le fascisme, le génocide arménien ou des réfugiés d’Europe de l’Est;
  3. ensuite (en 1960 et pendant l’époque des Trente Glorieuses) on observe une décolonisation de la ville ainsi que l’industrialisation du pays;
  4. finalement (depuis 1980 jusqu’à aujourd’hui), on observe une vague d’immigration majoritairement maghrébine et africaine résultant de l’indépendance de ces pays et du climat révolutionnaire du printemps arabe…
    (AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE, 2015).

C’est n’est donc pas une surprise lorsqu’on apprend que Marseille compte 13% d’immigrés sur toute sa population, ainsi que 8% d’étrangers ayant une nationalité différente (INSÉE, 2011).

Profil de Marseillais

     Nous nous demandons alors qui sont ces Marseillais, mais surtout « en quoi consiste population marseillaise? ». Pour y répondre, l’AGAM (l’Agence d’urbanisme de l’Agglomération Marseillaise) nous en fait l’explication en catégorisant les Marseillais d’après quatre profils type:

  • le premier profil (et le plus grand avec environ 425 000 personnes, soit près de la moitié de la population de Marseille) est les « Marseillais de souche » qui comprend tout individu né à Marseille avec la nationalité française à sa naissance[1],
  • puis le deuxième profil regroupe les Marseillais de nationalité française qui sont nés
    « en France métropolitaine »
    (le quart de la population avec un peu plus de 210 000 personnes)[2].
  • Puis, le troisième profil comprend les Français nés à l’étranger, soit surtout les rapatriés (environ 10 % de la population, soit 85 000 pers),
  • et le dernier profil est tous les Marseillais d’origine étrangère qui sont identifiable statistiquement (environ 15 % de la population, soit un peu moins de 130 000 pers).
    (AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE, 2015)

AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE. Qui sont les Marseillais ? Radioscopie des habitants, [En ligne], janvier 2015, http://www.agam.org/fr/publications/regards-de-lagam/regards-de-lagam-n28.html (page consultée le 18 mars 2015)
AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE. Qui sont les Marseillais ? Radioscopie des habitants, [En ligne], janvier 2015, http://www.agam.org/fr/publications/regards-de-lagam/regards-de-lagam-n28.html (page consultée le 18 mars 2015)
Le cosmopolitisme- La notion d’identité (ou des identités) des Marseillais

     C’est pourquoi, en résultat de son interaction avec le monde méditerranéen et des grandes vagues d’immigration qui se sont greffées à la population au fil des décennies, la ville de Marseille recèle d’identités qui, chacune, contribuent à la dynamique de cette population.

PLANTU. « Entre deux chaises », 1985, [caricature], sur © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, [En ligne], http://www.histoire-immigration.fr/musee/collections/plantu-entre-deux-chaises-1985 (page consultée le 25 avril 2015)
PLANTU. « Entre deux chaises », 1985, [caricature], sur © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, [En ligne], http://www.histoire-immigration.fr/musee/collections/plantu-entre-deux-chaises-1985 (page consultée le 25 avril 2015)

     On peut voir que le fondement de la construction identitaire de la ville de Marseille apparaît au travers de son cosmopolitisme, soit le mélange de « populations de différentes origines géographiques et ethniques » (GASTAUT, 2003) avec « la capacité [de la ville] à savoir faire vivre et fonctionner ensemble des acteurs qui ne sont pas « du même monde » » (ESCALLIER, 2003); il est alors question d’inventer une société qui combine citoyenneté et multiculturalisme, la République et la préservation des codes sociaux des différentes ethnies (ESCALLIER, 2003).

     Ainsi, Marseille s’est construite en interaction avec les identités de ses migrants, et leur acculturation au pays d’accueil et son modèle d’intégration dit « Républicain », mais aussi dans un sentiment d’appartenance au monde de la Méditerranée. Effectivement, cette identité méditerranéenne repose sur « la mémoire, le port et le cosmopolitisme » (AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOBÉRATION MARSEILLAISE, 2015) et elle surpasse,  aux yeux des Marseillais la définition de Marseille comme « une ville européenne ou une capitale régionale » (Idem).

Exemples de l’intégration au quotidien

      Ainsi, Marseille s’est forgé l’image d’une ville d’immigration pluraliste, multiculturelle et cosmopolite, enrichie par le brassage des populations. Cependant, la problématique du racisme est demeurée bien réelle, particulièrement dans les années 1970. Pour briser cette image, la première initiative populaire fut Marseille fraternité, en 1987, où 120 associations et 25 000 personnes ont été manifester dans les rues de la ville leur fraternité (GASTAUT, 2003).

     Puis, on a cherché à tisser un lien entre Marseille et le monde de la méditerranée grâce à des partenariats euro-méditerranéens. Le premier, le processus de Barcelone, en 1995, est poursuivi actuellement par le projet d’Euroméditerranée. Ce dernier a pour but principal de faire de Marseille une Métropole économique, et de se défaire de l’image négative de « ville rongée par [les] crises sociales, politiques et économiques – et en proie à des problèmes liés à la corruption et à l’intégration des « populations issues de l’immigration » » (BULLEN, 2012). Toutefois, derrière la vision optimiste des discours officiels pour des projets de reconstruction de la ville, on observe une polémique au sein de la population marseillaise (CRÉZÉ, 2013).


Signé Andrée-Anne Roy


[1] N.B. Il faut noter que cela inclus aussi les personnes ayant des parents d’origine étrangère, mais qui ne sont pas identifiables statistiquement.

[2] Cela comprend les « Provençaux », puis les « Marseillais de longue date » et les « néo-Marseillais» (qui ont la nationalité française, mais qui sont nés hors de la région marseillaise et installés là depuis un minimum de 5 ans –ou moins dans le cas des néo-Marseillais).


 

MÉDIAGRAPHIE

Article tiré d’une base de données

BULLEN, Claire. « Marseille, ville méditerranéenne? », Rives Méditerranéennes, volume 2, 2012, numéro 42, pages 157-171, dans Cairn.info (page consultée le 26 avril 2015)

ESCALLIER, Robert. « Le cosmopolitisme méditerranéen : Réflexions et interrogations », Cahiers de la Méditerranée, volume 67, 2003, pages 1-13, dans OpenEdition (page consultée le 24 avril 2015)

GASTAUT, Yvan. « Marseille cosmopolite après les décolonisations : un enjeu identitaire », Cahiers de la Méditerranée, volume 67, 2003, pages 269-285, dans OpenEdition (page consultée le 24 avril 2015)

Article d’un périodique électronique en ligne

CRÉZÉ, Elodie. « Marseille, capitale de la rupture en documentaire », dans MARSACTU, mars 2013, [En ligne], http://www.marsactu.fr/culture-2013/marseille-capitale-de-la-rupture-en-documentaire-30592.html (page consultée le 24 avril 2015)

Document audiovisuel

LA RABIA DEL PUEBLO. Marseille, capitale de la rupture, Marseille, 2013, 20 :13 min, couleur, documentaire, [En ligne], https://youtu.be/CEg1jMeTIjQ (page consultée le 25 avril 2015)

Site Internet

INSÉE. « STATISTIQUE COMMUNE DE MARSEILLE (INSEE 2012) – Population par sexe, âge et nationalité », données de 2011, [En ligne], http://www.insee.fr/fr/themes/tableau_local.asp?ref_id=NAT1&millesime=2011&niveau=1&typgeo=COM&codgeo=13055 (page consultée le 25 avril 2015)

INSÉE. « STATISTIQUE COMMUNE DE MARSEILLE (INSEE 2012) – Population par sexe, âge et situation quant à l’immigration », données de 2011, [En ligne], http://www.insee.fr/fr/themes/tableau_local.asp?ref_id=IMG1A&millesime=2011&niveau=1&typgeo=COM&codgeo=13055 (page consultée le 25 avril 2015)

MOUVEMENT MÉTROPOLE (Mission interministérielle pour le projet métropolitain Aix-Marseille-Provence). Carte d’identité, [En ligne], http://www.mouvement-metropole.fr/aujourdhui/carte-d-identite/item/nos_liens-3.sls (page consultée le 19 mars 2015)

Document accessible par Internet

AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE. Qui sont les Marseillais ? Radioscopie des habitants, [En ligne], janvier 2015, http://www.agam.org/fr/publications/regards-de-lagam/regards-de-lagam-n28.html (page consultée le 18 mars 2015)

Images

AGENCE D’URBANISME DE L’AGGLOMÉRATION MARSEILLAISE. « Atlas urbain de Marseille- Géographie physique », 2015, [carte géographique], sur l’AGAM, [En ligne], http://www.agam.org/index.php?id=312 (page consultée le 26 avril 2015)

LOPEZ, E et TEMIME, E. «Les vagues d’immigration à Marseille de la fin du XIXe siècle aux années 2000 », 1990-1991, [carte géographique], dans Migrance. Histoire des migrations à Marseille, Edisud, Aix-en-Provence, [En ligne], http://lelivrescolaire.fr/4258/2_Marseille_terre_d_immigration_au_XXe_siecle.html#Document=17063 (page consultée le 26 avril 2015)

PLANTU. « Entre deux chaises », 1985, [caricature], sur © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, [En ligne], http://www.histoire-immigration.fr/musee/collections/plantu-entre-deux-chaises-1985 (page consultée le 25 avril 2015)


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