Le tourisme humanitaire, qu’est-ce que c’est?

Source: Jessica Debanné
Source: Jessica Debanné

Le tourisme est au cœur de notre imaginaire collectif québécois, il s’agit d’un  véritable «phénomène de civilisation» s’adressant à toutes les classes sociales (Zunigo, 2011). En effet, d’ici 2030, il y aura 1,8 milliard de touristes à travers le monde (Gouvernement du Québec, 2014). Cette grande expansion du tourisme a toutefois des répercussions graves lorsqu’il est question du tourisme de masse. En effet, même si l’opinion publique semble considérer le tourisme comme un phénomène n’ayant que des répercussions positives, ce n’est pas tout à fait le cas. C’est pourquoi à la fin du XXe siècle, des formes de tourismes alternatives ont vu le jour de manière à ne pas encourager l’effet pervers que pouvait avoir un tourisme trop massif. C’est alors l’apparition du tourisme humanitaire une forme de tourisme axé sur l’Homme et sur l’entraide internationale.

À la fin du XXe siècle, on assiste à une individualisation des pratiques touristiques et ainsi à l’émergence de formes alternatives de tourisme. Le tourisme humanitaire, défini par l’UNESCO comme un tourisme «réfléchi et attentif à la culture de l’autre» (Gourdeau, 2011), est une nouvelle forme de tourisme qui voit ainsi le jour dans les années 1980 (Sacareau, 2007).  Ce faisant, en petits groupes et ne nécessitant pas d’installations particulières ou de services personnalisés, le tourisme humanitaire a des répercussions minimes, voire inexistantes, sur les populations locales. En effet, le voyageur humanitaire voyage de manière à freiner le tourisme de masse, un phénomène caractérisé par la migration massive de personnes vers un même endroit et qui se traduit souvent par un désastre écologique et une exploitation accrue des personnes issues des endroits visités. L’individu optant pour le tourisme humanitaire agit donc de manière respectueuse pour l’environnement culturel, historique et physique des pays visités. Celui-ci est donc habité par une grande conscience sociale qui se reflète sur sa manière de voyager. Les voyageurs humanitaires proviennent principalement des États-Unis, du Canada, du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande (Gourdeau, 2011). Ils sont pour la plupart des étudiants et des jeunes retraités. Le portrait type du voyageur humanitaire est une femme aux études, catholique, issu d’une famille bien nantie et fortement dotée en capital culturel et qui s’investissait déjà dans le bénévolat dans son pays d’origine (Zunigo, 2011).

Source: Alycia Leduc
Source: Alycia Leduc

De manière à faire vivre 7 milliards d’êtres humains de façon équitable, alors que les ressources diminuent et la demande est en croissance constante, il faut d’abord révolutionner notre manière de consommer et cela passe inévitablement par notre manière de voyager. Le tourisme humanitaire se base sur le désir du citoyen d’agir localement et concrètement pour aider les plus démunis. La population occidentale se conscientise aux effets néfastes de la surconsommation et de la mauvaise redistribution des retombées économiques ce qui la pousse à opter pour une forme de tourisme plus solidaire envers le genre humain (Rubeillon, 2014).  Le voyageur humanitaire est interpellé par sa conscience sociale et celui-ci souhaite donner un sens à ses actions en mettant à profit ses compétences. Pour ce faire, ceux-ci mettent leurs vacances de côté de manière à aller aider des communautés du tiers monde ou des pays en développement. Les principaux domaines dans lesquels ils peuvent s’investir sont la santé, l’éducation, l’agriculture et la construction (Le Routard, 2008).  Cherchant les échanges interculturels, ils souhaitent entrer en contact avec les populations locales. Ces touristes veulent s’immerger dans un environnement hors de leur zone de confort, où ils vivront dans un environnement rudimentaire et où ils devront user de leur capacité d’adaptation. Ainsi, les touristes humanitaires ne font pas que soutenir moralement l’entraide et la solidarité internationale, mais agissent concrètement en faveur de leurs idéaux.

Les raisons poussant les gens à faire un voyage humanitaire passent par le besoin d’améliorer son estime personnelle, le besoin d’accomplissement et le besoin de réalisation (Gourdeau, 2011). La motivation d’accomplir un voyage humanitaire pourrait donc s’expliquer par les besoins d’appartenance, d’estime de soi et d’activation de soi présents dans la pyramide des besoins de Maslow. Selon cette approche psychologique, les gens faisant un voyage humanitaire seraient motivés par le désir d’assouvir leurs besoins de développement personnel en aidant des gens qui n’ont pas les ressources pour répondre à leurs besoins fondamentaux (Zunigo, 2011). D’autre part, si on perçoit cette même motivation sous l’approche psychanalytique freudienne, de façon très simpliste, les gens feraient des voyagent humanitaire dans le but d’avoir du plaisir. En effet, le tourisme humanitaire reste une forme de tourisme ce qui veut dire que les motifs poussant les citoyens à réaliser un voyage humanitaire passent aussi par le simple plaisir de voyager, de visiter des contrées exotiques, de s’initier à une culture différente et à un nouveau mode de vie, à apprendre une langue étrangère et même à améliorer leur curriculum vitae (Gourdeau, 2011). Il s’agit donc d’une pratique où la dimension touristique n’est pas négligeable.

Au Québec, le tourisme humanitaire gagne en popularité d’année en année, surtout dans les milieux scolaires (Gourdeau, 2011). Il faut toutefois se questionner avant de choisir l’agence de voyages avec laquelle faire affaire de manière à s’assurer que les projets soient proposés par les populations locales et que les fonds sont bien redistribués. L’expérience du voyage humanitaire est d’une grande richesse et peut complètement changer la perception de la vie qu’ont les individus qui y participent. En plus d’y apprendre des valeurs comme l’entraide, la solidarité, la débrouillardise et la tolérance, le touriste humanitaire a la chance d’aider les moins bien nantis que lui à améliorer leur condition. Sur le plan humain, il s’agit d’une formule gagnante pour la formation d’individus plus ouverts sur le monde et conscientisés aux réalités extérieures.

Héloïse Downs

Médiagraphie

GOURDEAU, Geneviève. «Tourisme humanitaire : joindre l’utile à l’agréable», Le Soleil, [En ligne],http://www.lapresse.ca/le-soleil/voyages/201104/01/01-4385782-tourisme-humanitaire-joindre-lutile-a-lagreable.php (Page consultée le 14 février 2015)

LE ROUTARD. Humanitaire, [En ligne], http://www.routard.com/guide_dossier/id_dp/16/num_page/42.htm (Page consultée le 19 février 2015

MIGNON, Thomas. Le volontarisme ou comment des agences de voyages monétisent la pauvreté, [En ligne], http://www.rtbf.be/info/societe/detail_le-volontourisme-ou-comment-des-agences-de-voyages-monetise-la-pauvrete?id=8359733 (Page consultée le 16 février 2015)

ORGANISATION MONDIALE DU TOURISME. About us : History, [en ligne], http://www2.unwto.org/ (Page consultée le 21 février 2015

RUBEILLON, Gabriel. Le tourisme solidaire, le tourisme d’aujourd’hui?, [en ligne], http://www.doublesens.fr/actualites/le-tourisme-solidaire-le-tourisme-d-aujourdhui (Page consultée le 20 février 2015)

SACAREAU, Isabelle. «Au pays des bons sentiments : quelques réflexions critiques à propos du tourisme solidaire», téoros : revue de recherche en tourisme, [En ligne], vol. 26-3 (2007), p.6-14, dans Isidore (Page consultée le 19 février 2015)

SERVICE VOLONTAIRE INTERNATIONALE. Non au tourisme humanitaire, [En ligne], http://www.servicevolontaire.org/index.php?menu_selected=46&sub_menu_selected=199&language=FR (Page consultée le 14 février 2015)

WACKERMANN, Gabriel. « TOURISME », Encyclopædia Universalis, [en ligne], http://www.universalis.fr/encyclopedie/tourisme/ (Page consultée le 19 février 2015)

ZUNIGO, Xavier. « Visiter les pauvres », Actes de la recherche en sciences sociales, [En ligne], vol. 170 (2007), p. 102-109, dans CAIRN (Page consultée le 13 février 2015)

 

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