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Concepts théoriques : de l’étranger jusqu’à l’intégration de l’immigrant

     Historiquement définie par sa position géographique et son port, Marseille est le carrefour entre l’Europe et le reste de la Méditerranée, ce qui explique son attrait migratoire. Puis, il va sans dire que l’immigration influence et contribue à modeler un territoire, et ce particulièrement lorsqu’elle s’effectue sur des longues périodes de temps. Ainsi, afin de comprendre les impacts et les différents enjeux de cette migration humaine, la question
«comment est-ce que l’immigration façonne la société marseillaise?» s’impose. Afin d’y répondre, il nous faut d’abord situer certains concepts théoriques pour comprendre le cheminement de l’étranger jusqu’à son intégration en tant qu’immigrant.

Notion d’Étranger et d’Immigrant

     Il est important de différencier ces deux notions puisque chacune affecte le statut de l’individu qui essaie de s’inscrire dans une société par l’immigration. D’après l’INSÉE (Institut National de la Statistique et des Études économiques, qui produit des statistiques officielles en France), la différence fondamentale entre les deux notions est notable puisqu’un n’implique pas nécessairement l’autre :

Un Immigré est toute « personne née étrangère à l’étranger et résidant en France », tandis qu’un Étranger est « une personne qui réside en France et ne possède pas la nationalité française, soit qu’elle possède une autre nationalité […], soit qu’elle n’en ait aucune ».

Réticences et préjugés envers l’Étranger– L’Opinion publique                     Nous parvenons donc au point de départ où l’Étranger se confronte à la population déjà établie. L’Étranger en soi génère des réticences. Il constitue l’image effrayante d’une « invasion » et la « peur de la perte identitaire » (RESCH, 2001). Ainsi, l’incertitude et la peur face à l’Étranger lui donnent, avant tout, une connotation péjorative [plus ou moins consciente]. L’immigrant se trouve donc initialement dans un environnement méfiant et défavorable à son intégration.

     C’est cette idée d’une confrontation à l’inconnu qui vient perturber l’opinion publique, qui constitue l’ensemble des idées ou convictions qui passent comme communes à un groupe social (DERET, 2014). Cette représentation sociale qui est faite des immigrants chez les Marseillais français résulte donc d’un mélange « de perception, d’opinion et d’imaginaire » (Ministère de la Culture et de la Communication français, 2008). Puis, à travers l’actualité et les médias, la pensée populaire est reflétée, en même temps d’en être influencée. C’est ainsi que l’opinion publique fonctionne comme moteur qui vient confronter et influencer les politiques, et donc à la longue, forger Marseille.

Pour illustrer cela, prenons l’exemple de la réputation de Marseille. Internationalement, elle est reconnue comme une ville d’immigration, mais aussi souvent perçue comme une ville de violence : bien souvent, elle a fait la une des journaux pour des histoires de délinquance, de trafic de stupéfiants, de corruption, de meurtres… C’est donc sans trop s’étonner que les discours de certaines politiques (d’extrême droite notamment) ont tracé l’immigration comme un synonyme de délinquance.

INCONNU. «convention présidentielle front national, lille, 25 février – 15 », 25 février 2007, [photographie], dans Flickr, [En ligne], https://www.flickr.com/photos/politiqueaunord/402110367/in/photostream/ (page consultée le 6 mai 2015)
INCONNU. «convention présidentielle front national, lille, 25 février – 15 », 25 février 2007, [photographie], dans Flickr, [En ligne], https://www.flickr.com/photos/politiqueaunord/402110367/in/photostream/ (page consultée le 6 mai 2015)

 Plusieurs politiciens en ont fait la promotion, tel que Marine Le Pen (présidente du Front national) et Claude Guérant (ministre de l’Intérieur et partisan de l’Union pour un mouvement populaire); c’est donc ces préjugés qui ont servi à des politiques discriminatoires racistes, comme la préférence nationale pour les allocations familiales ou l’initiative pour créer un ministère de l’identité nationale, que dénonce Christiane Taubira, l’actuelle ministre de la justice française, dans un article du Mediapart (TAUBIRA, 2013).

  Ainsi, c’est à partir de cet environnement renfermé, et alimenté par les événements du quotidien, que les « Marseillais de souche » ont développé une réticence à l’immigration et une volonté à la restreindre au minimum. Cette réalité est particulièrement observable à travers les médias et socialement où toutes sorte de préjugés discriminatoires aux migrants se font entendre tel que :
« Restez donc chez vous », « Vous ne faites que voler nos emplois »,
« Vous n’imposerez pas vos modes de vie ici », « Vous contribuez à la dégradation de nos conditions de vie », etc. (RESCH, 2001).

http://www.urtikan.net/n-42/musulman-d-apparence/

Problématiques sociales que cela génère

     L’impact majeur de ces opinions discriminatoires est la stigmatisation des immigrants Maghrébins, qui subissent un marquage social, tels que l’étiquetage et l’ostracisme, ce qui finalement contribue à leur mise à l’écart (LAFERTÉ, 2013). Qu’ils soient visibles (la couleur de peau des Africains, la race ou la nationalité) ou non visibles (la religion), les stigmates relevés des traits distinctifs servent à différencier et inférioriser les individus qui s’y conforment jusqu’à les discréditer, et mener à leur infériorisation sociale (REA, 2008). Bref, lorsque l’opinion publique se laisse entraîner par des préjugés, elle écarte les véritables causes des problèmes sociaux, afin de rendre les immigrés maghrébins victimes ou responsables de leur sort (TAUBIRA, 2013).

L’intégration de l’immigrant

Ayant passé le stade d’Étranger, l’Immigré s’inscrit alors dans le long processus à suivre pour s’insérer dans la société, aussi appelé l’intégration. En effet, Yannick Resch, professeur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, nous explique parfaitement ce qu’est l’intégration:

« Être intégré, c’est participer totalement à la vie d’une société, c’est en être tout à fait membre. C’est aussi être reconnu par les autres membres de la communauté nationale comme faisant partie, en cette même qualité, de celle-ci. C’est enfin la possibilité d’accéder aux divers services, prestations et moyens que cette société met à la disposition de chacun de ses membres. » (RESCH, 2001)

PS, Tania. « Símbol de França », 16 mars 2009, [image], dans Wikipédia, [En ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Logo_de_la_Republique_francaise.png (page consultée le 6 mai 2015)
PS, Tania. « Símbol de França », 16 mars 2009, [image], dans Wikipédia, [En ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Logo_de_la_Republique_francaise.png (page consultée le 6 mai 2015)

    Puis, la première étape pour atteindre l’intégration est l’acquisition de la nationalité française par la citoyenneté, où l’Étranger se joint à la population nationale. C’est à ce point que la question devient politique, car c’est l’État [la France] qui gère le droit au contrôle de l’identité, ainsi que le droit de vivre sur un territoire. C’est donc au nom de cette abstraction souveraine que les gouvernements administrent les politiques d’immigration, en faisant recours au juridique (BENOIT, 2014).

signé Andrée-Anne Roy

Pour la suite: La vie ensemble, en pratique


MÉDIAGRAPHIE

Article périodique en ligne 

TALEB, Sara. « »Marseille Story, une histoire de la violence », un documentaire pour comprendre pourquoi la cité phocéenne défraie la chronique », Le HuffPost, mars 2013, [En ligne], http://www.huffingtonpost.fr/2013/03/04/marseille-story-une-histoire-violence-documentaire_n_2805981.html (page consultée le 18 mars 2015)

TAUBIRA, Christiane. « Les préjugés racistes sont plus forts que le droit », Mediapart, novembre 2013, [En ligne], http://blogs.mediapart.fr/edition/les-batailles-de-legalite/article/191113/les-prejuges-racistes-sont-plus-forts-que-le-droit (page consultée le 21 mars 2015)

Document accessible par Internet

MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION. Les mémoires de l’immigration à Marseille : lieux, récits, projets, Marseille, Transvers cite, 2008, 94 p. [En ligne], http://www.culture.gouv.fr/mpe/recherche/pdf/R_492.pdf (page consultée le 20 mars 2015)

MINISTÈRE INTÉRIEUR. Le projet de loi relatif au droit des étrangers, [En ligne], 2014, http://www.immigration.interieur.gouv.fr/Immigration/Le-projet-de-loi-relatif-au-droit-des-etrangers (page consultée le 26 février 2015)

Livre

REA, Andrea et TRIPIER, Maryse. Sociologie de l’immigration, Paris, La Découverte, 2008, 118 pages (Collection repères)

Livre électronique accessible par une base de données

Yannick, RESCH. Définir l’intégration? Perspectives nationales et représentations symboliques, [En ligne], Montréal, XYZ éditeur, 2001, 157 pages, dans ebrary (page consultée le 19 février 2015)

Site Internet

INSEE, Définitions et méthodes : Définitions- Immigré, [En ligne], http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/immigre.htm (page consultée le 20 mars 2015)

INSEE, Définitions et méthodes : Définitions- Étranger, [En ligne], http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/etranger.htm (page consultée le 20 mars 2015)

MINISTÈRE INTÉRIEUR. Le projet de loi relatif au droit des étrangers, [En ligne], 2014, http://www.immigration.interieur.gouv.fr/Immigration/Le-projet-de-loi-relatif-au-droit-des-etrangers (page consultée le 26 février 2015)

Images

FRONT NATIONAL. «Affiche éditée par le Front national », années 1980, [Affiche], sur © Bibliothèque de documentation internationale contemporaine – MHC, [En ligne], http://www.histoire-immigration.fr/musee/collections/affiche-editee-par-le-front-national-annees-1980 (page consultée le 25 avril 2015)

HORVAT, B. « Le ministre de l’Intérieur Claude Guéant le 28 novembre 2011 à Marseille », 2011, [photographie], dans l’OBS, [En ligne], http://leplus.nouvelobs.com/contribution/218582-claude-gueant-vs-marine-le-pen-l-ump-a-droite-toute.html (page consultée le 18 mars 2015)

JOCARD, Alain. « 21 mars 2012 à Tours d’un document donné au citoyens français naturalisés », 2012, [photographie], sur L’Express, [En ligne], http://www.lexpress.fr/actualite/societe/une-majorite-de-francais-pour-la-modification-du-droit-du-sol_1294422.html (page consultée le 25 avril 2015)

LIEU SONG, Benh. «Marseille Old Port and Notre Dame de la Garde », 2011, [photographie], dans WIKIPÉDIA, [En ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Marseille_Old_Port_and_Notre_Dame_de_la_Garde.jpg (page consultée le 25 avril 2015)

SOULCIÉ, Thibault et FAUJOUR, Loïc. « Une campagne toute en nuance », « Festival de racisme ordinaire », « Psychose », « DCRI » et «Mohamed Merah profession carrossier », [caricatures], dans Urtikan, numéro 42, 28 mars 2012, [En ligne], http://www.urtikan.net/n-42/musulman-d-apparence/ (page consultée le 18 mars 2015)

Notes de cours personnelles

DERET, Anne. Définition de l’Opinion publique, Notes de cours, Opinion publique et groupes de pression, 2014

LAFERTÉ, Nathalie. Définition de Stigmatisation, Notes de cours, L’individu au cœur du social, 2013

BENOIT, Sylvain. Définition État, Notes de cours, Défis politiques, 2014

Éditorial d’équipe- L’immigration humaine à Marseille

La problématique de l’immigration humaine, d’après l’exemple de Marseille

L’immigration internationale est un phénomène historique, toutefois très actuel affectant les nations en les confrontant les unes aux autres, dans le défi de l’intégration. L’immigration est devenue une réalité nécessaire pour combler la dénatalité, pour renouveler la population active et pour combler le manque de main-d’œuvre. Elle est présente partout à travers le monde, mais surtout en France accueillant une forte migration maghrébine. C’est dans la ville de Marseille qu’on le remarque particulièrement, une métropole qui est devenue, grâce à sa situation géographique, l’une des principales portes d’entrée vers l’Europe.

Avec une communauté urbaine de près de 1,72 million d’habitants[1], cette ville méditerranéenne est l’une des plus grandes villes de France. Bien qu’il s’agisse d’une ville française, sa proximité avec la côte africaine en fait une cité où de multiples ethnies se côtoient chaque jour et où la religion musulmane est pratiquée par près de 40 % de la population.[2] Dans le cadre du cours de démarche d’intégration des acquis en sciences humaines, nous avons donc décidé de nous attarder à la situation particulière de cette ville multiculturelle.

 Nous nous sentons interpellés par les enjeux concernant l’immigration à Marseille étant donné qu’ils s’apparentent à la situation mondiale des migrations internationales. Effectivement, à Marseille, nous observons une société laïque où l’immigration est une réalité historique. C’est un lieu d’échanges, mais aussi de confrontations entre les arrivants et la population déjà établie. Aussi, les différentes nations cherchent à définir leur identité dans ce contexte mixte, le tout en gérant les tensions résultantes. Bref, l’étude de la ville de Marseille nous permettra de voir et comprendre les différents enjeux s’il y a une différence marquante entre la situation actuelle d’un premier pays qui historiquement se caractérise comme fondateur et colonisateur, et d’un second qui fondamentalement s’est fondé par sa colonisation et par le mélange de cultures.

Ainsi, dans ce travail de recherche, nous étudierons plus précisément l’impact de ce flux migratoire sur la ville en quatre plans. Tout d’abord, nous dresserons un portrait complet de la situation du côté marocain et français en mettant en valeur les principales caractéristiques des deux réalités. En abordant les motivations de départ des Marocains, cela nous permet de décrire concrètement la situation actuelle de la France et surtout de Marseille en matière d’intégration des immigrants. On est donc en mesure d’exposer le contexte historique, politique et idéologique qui a amené à créer la société actuelle. Pour ce faire il fallait à tout prix se concentrer sur une communauté particulière de l’immigration maghrébine et nous avons choisi le Maroc étant historiquement le pays fournissant le nombre le plus important d’immigrés à Marseille et en France en général. Nous poursuivrons avec l’étude de l’impact qu’a cette migration massive vers le nord sur la société marseillaise puis nous ferons l’étude de cet impact à plus petite échelle sur un seul individu. Finalement, nous étudierons la situation particulière des étrangers en situation irrégulière qui sont une source de conflit et de problème sur le territoire français.

Ainsi, le thème spécifique de ce travail sera la problématique de l’immigration humaine, selon l’exemple précis de Marseille. L’objectif de recherche sera alors de comprendre les différents enjeux (et leur impact) de l’immigration sur un territoire choisi, ici Marseille.

« Les peuples d’Europe, tout en restant fiers de leur identité et de leur histoire nationale, sont résolus à dépasser leurs anciennes divisions et, unis d’une manière sans cesse plus étroite, à forger leur destin commun. » [3]

Signature commune: Andrée-Anne Roy, Catherine Maertens, Justine Morasse et Catherine Montpetit


  1. L’immigration entre France et Maroc, par Catherine Maertens
  2. La société marseillaise, un théâtre de l’immigration, par Andrée-Anne Roy
  3. L’invididu dans l’immigration à Marseille, par Catherine Montpetit
  4. Les Sans-papier, une réalité marseillaise, par Justine Morasse

Notes de bas de page

[1] Christopher, DICKEY. « Marseille’s Melting Pot », National Geographic Magazine, 2012, [En ligne], http://ngm.nationalgeographic.com/marseille/dickey-text (page consultée le 20 février 2015)

[2] BOKBOT, Moha et Ali FALEH, Un siècle d’émigration marocaine vers la      france: aperçu historique, [En ligne], 2010http://digitum.um.es/xmlui/bitstream/10201/14661/1/06-Moha%2055-64.pdf, (page consultée le 19 février 2015)

[3] CRÉPEAU, Fançois, NAKACHE, Delphine, ATAK, Idil, et ass. Les migrations internationales contemporaines- une dynamique complexe au cœur de la globalisation, Montréal, Les presses de l’Université de Montréal, 2009, p.120


  • Entrevue avec Jonathan Guibert, Français natif de Marseille, le 27 mars 2015
    [Insérer lien vidéo de l’entrevue]
    Analyse: