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L’immigration clandestine en Espagne: une situation de proximité

Espagne

 

La proximité des frontières entre les pays développés de l’Union Européenne et les pays sous-développés ou en voie de développement de l’Afrique du Nord crée une situation d’instabilité géo-démographique, soit l’immigration clandestine. Ce phénomène amène des problèmes de sécurité aux frontières de l’Europe, notamment en Espagne, principale porte d’entrée de ce continent.

D’où vient cette migration illégale?

Les migrants clandestins qui se dirigent vers l’Espagne proviennent en très grande majorité de l’Afrique subsaharienne (Joëssel, 2007), notamment de l’Afrique du nord-ouest soit du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie,  du Mali, du Sénégal, de la Guinée et  bien d’autres encore  (Carnet, 2012).

Quels sont les principaux lieux de passages des clandestins?

La situation de proximité entre le territoire espagnol et l’Afrique du Nord favorise les flux d’immigration clandestine, surtout en ce qui a trait à trois passages.  De plus, tous les moyens sont bons pour tenter de rentrer sur le territoire européen, autant les voies terrestres, aériennes que maritimes (Joannin, 2006).

Premièrement, la frontière qui cause le plus de troubles est celle qui sépare l’Espagne au Maroc en raison du détroit de Gibraltar qui sépare ces deux pays  par seulement  une dizaine de kilomètres (Pérés, 1999).   Vers la fin des années 80, les clandestins, principalement des Marocains, empruntent la voie maritime et traversent le détroit du Gibraltar à l’aide de petites barques en bois, appelés pateras et autrefois utilisé pour la pêche.  Puis, vers les années 2000, ils échangent les petits bateaux de bois pour des zodiacs.  Les autres moyens de transport utilisés sont les ferries,  les remorques, ou même des voitures familiales dans lesquels ils réussissent à embarquer en soudoyant des forces de polices ou bien tout simplement en se cachant. (Carnet,  2012)

http://en.wikipedia.org/wiki/2007_Morocco%E2%80%93Spain_diplomatic_conflict#/media/File:Ceuta-melilla.png
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Deuxièmement, le cas du Maroc est aussi problématique à cause des enclaves espagnoles, Ceuta et Melilla,  présentes sur le territoire marocain (Péres, 1999). Cette option en reste une plutôt efficace puisque la loi autorise les Marocains à résider sur les enclaves Ceuta et Melilla si ce n’est que pour rester une seule nuit.  Cependant, depuis 2005, les grillages se sont renforcés passant de 3 à 6 mètres,  ayant doublés, s’étant munis de fils barbelés et de pics de fer. Ces mesures de protection de la frontière espagnole a donc mis fin à ce point de passage, qui était pourtant le passage le moins coûteux pour les clandestins (Carnet, 2012).

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Troisièmement, devant l’impossibilité d’accéder à ces enclaves, les migrants clandestins empruntent une nouvelle voie de passage.  Il s’agit d’atteindre les îles Canaries par la voie maritime en partant soit du Sénégal, soit de la Mauritanie. Cette traversée équivaut à 850  kilomètres en mer et dure de 5 à 10 jours dépendamment du lieu de départ et des conditions climatiques. Le temps varie aussi surtout en fonction du type d’embarcation utilisé, trop souvent de grandes pirogues en bois mal en point qui contient  un nombre immense d’individus, soit entre 85 et 120 personnes, même que parfois elles peuvent contenir jusqu’à 230 personnes (Carnet, 2012).  Le contrôle de la frontière espagnole demeure un enjeu important en ce qui a trait à cette voie maritime. En effet, pour les forces de sécurité, il est plus complexe de procéder à des arrestations une fois que les migrants sont des les eaux internationales.  L’autre enjeu important, c’est le drame humain qui découle de cette traversée. Entre 700 et 800 personnes tentent fuir en traversant la mer chaque jour et 40% des bateaux qui prennent la mer à cet endroit finisse par faire naufrage (Joëssel, 2007).

Quelles sont les régions visées par les immigrants clandestins?

Une fois leur périple clandestin réussi, les régions visées varient selon  la situation économique des régions espagnoles.

Ce que les migrants clandestins recherchent avant tout, c’est d’améliorer leur sort, notamment en se trouvant un emploi qui leur permettra de se sortir de la pauvreté (voir Mythes et réalités par rapport à la clandestinité).

En Espagne, les régions visées par les clandestins sont donc nécessairement des endroits où il y a une possibilité de travail (Gozalvez Pérez, 1996). Les grandes agglomérations comme Madrid et Barcelone sont donc très attrayantes puisqu’elles offrent plusieurs possibilités d’emplois dans la construction, le service domestique, la restauration, la vente et les affaires illégales qui s’adonnent souvent dans les grandes villes. Les zones littorales méditerranéennes sont aussi attrayantes puisqu’elles offrent des emplois reliés au tourisme et à l’agriculture. (Pérez & Medina, 2004)

En conclusion, les principaux migrants clandestins qui se dirigent vers l’Espagne proviennent d’Afrique du Nord, ils quittent donc un pays avec d’énormes difficultés socio-économiques. Les principales voies de déplacement qu’ils utilisent sont le détroit de Gibraltar, les enclaves Ceuta et Melilla et les Îles Canaries. Chacune de ces voies contiennent leur lot de problématiques pour ce qui est des conditions misérables des trajets, la sécurité nationale espagnole et  l’aspect de la sécurité humaine, c’est-à-dire, les risque de noyade et de mort.  Cette problématique était connue des autorités européennes et africaines, mais la situation ne semblait pas urgente jusqu’à tout récemment. L’éveil de la communauté internationale face à cette problématique qui touche la Méditerranée apportera sans doute des solutions et une certaine mobilisation. Les solutions envisageables concernent notamment le renforcement de la coopération entre les pays de départ et les pays d’arrivée. Trop de naufrages et de morts tragiques découlent des problèmes socio-économiques des pays de départ, il faudrait donc régler ce problème en s’attaquant à sa source.

 Emilie Renaud

Médiagraphie

  • « Évolution des routes migratoires « clandestines » » dans Pauline CARNET,  « Passer et quitter la frontière ? : les migrants africains »clandestins » à la frontière sud espagnole », Archives-Ouvertes.fr,[En ligne],https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00691680/document (Page consultée le 9 février 2015)
  • GOZALVEZ PÉREZ, Vicente « L’immigration étrangère en Espagne (1985-1994),  Revue Européenne des Migrations Internationales, vol.12 no1, 1996, [En ligne], http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remi_0765-0752_1996_num_12_1_1495 (Page consultée le 16 février 2015)
  • JOANIN, Pascale « L’immigration illégale  en Europe : Le cas de l’Espagne » Le Centre de recherches et études sur l’Europe, [En ligne], http://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0036-l-immigration-illegale-en-europe-le-cas-de-l-espagne (Page consultée le 19 février 2015)
  • JOËSSEL, Viviane, « L’Espagne dépassée par le phénomène de l’immigration clandestine », dans UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE, Perspective Monde, [En ligne], http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=378  (Page consultée le 8 février 2015)
  • PÉRÉS, Hubert,  « L’Europe commence à Gibraltar : le dilemme espagnol face à l’immigration » dans Persée portail de revues scientifiques, [En ligne], http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pole_1262-1676_1999_num_11_1_1048 (Page consultée le 18 février 2015)
  • PÉREZ, Jesus M. Gonzalez & MEDINA, José Somaza « Territoire et immigation. Une étude de cas en Palma de Mallorca et Léon », dans CYBERGÉO : REVUE EUROPÉENE DE GEOGRAPHIE, Espace, société, territoire, [En ligne], http://cybergeo.revues.org/2440  (Page consultée le 11 février 2015)