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Portrait de la France et du Maroc

Portrait de la France:

            L’immigration est une composante incontournable de la France contemporaine. En plus d’avoir la plus grande superficie des pays de l’UE, la France est aussi le deuxième pays le plus peuplé avec plus de 66 millions d’habitants. Parmi sa population, on dénombre, en 2010 selon la définition des Nations unies,  7,2 millions d’immigrants, ce qui représente 11, 1% de sa population totale. Notez que 30% de l’immigration en France proviendrait du Maghreb. Cette présence nord-africaine marquée est aussi illustrée par le fait que sur 12 000 000 musulmans d’origine immigrée sur le continent européen, on en retrouverait plus de 4 000 000 dans la République française. Cela place ainsi la France comme le pays européen accueillant le plus grand nombre d’immigrants maghrébins. Ces derniers se rassemblent majoritairement dans le sud de la France et en particulier dans la ville de Marseille: la porte d’entrée du continent européen. (Leboucher, 2015)

Renouvellement naturel de la population insuffisant

            Comme beaucoup de pays occidentaux, la France peine à renouveler naturellement sa population. Avec un taux de fécondité se situant à 1,99 en 2014, la population vieillit au fil des années. À partir de 2015, l’évolution démographique en France et dans l’ensemble de l’Union européenne sera négative. La population française a seulement augmenté de 0,42 % (280 000 personnes) dans la dernière année, ce qui constitue la croissance la moins importante depuis l’année 2000.  L’immigration ne peut contrer à elle seule le vieillissement de la population, mais reste la solution la plus efficace pour combler le déficit de naissance. (Leboucher, 2015)

Ralentissement économique causé par une baisse de population

            Cette décroissance de la population entraîne une baisse de l’économie qui nécessite un marché du travail actif pour être en expansion. L’immigration est bénéfique, car elle a un impact sur la population active. Ainsi, «sans immigration, la France comptera près de 3 millions d’actifs en moins en 2050» (Agnes et Chojnicki, 2015). Plusieurs études, dont celle de l’économiste Xavier Chojnicki, concluent que l’immigration rapporte aux coffres de l’État.  En 2005,« la population immigrée avait produit plus de richesse qu’elle n’en avait consommée avec une contribution nette de 3,9 milliards d’euros » (Agnes et Chojnicki, 2015). Ainsi, l’immigration est un moteur de croissance économique.

Manque de main d’œuvre

            Puis, les immigrants ne «volent » pas les emplois des Français, bien au contraire. De nos jours, les Français sont de plus en plus éduqués, ce qui laisse une multitude d’emplois, nécessitant une main-d’œuvre moins qualifiée, vacants. Ainsi, les immigrants d’origine maghrébine particulièrement, permettent de combler les postes, notamment dans le domaine du service, de la manœuvre et de la construction. (Leboucher, 2015)

« 3 reconduites à la frontière annulées », 2011, sur Front National du Loir-et-Cher, [En ligne], http://fn41.unblog.fr/2011/05/17/immigration-encore-3-reconduites-a-la-frontiere-annulees-en-loir-et-cher/ (Page consultée le 26 février 2015)
« 3 reconduites à la frontière annulées », 2011, sur Front National du Loir-et-Cher, [En ligne], http://fn41.unblog.fr/2011/05/17/immigration-encore-3-reconduites-a-la-frontiere-annulees-en-loir-et-cher/ (Page consultée le 26 février 2015)

Portrait du Maroc   

Ce n’est pas seulement à Marseille qu’on trouve une communauté marocaine importante, mais bien dans l’ensemble de la France d’où l’importance de comprendre le penchant des Marocains pour la République française. Du point de vue historique, la France demeure depuis toujours la première terre d’accueil des Marocains.  En 2012, selon le rapport du ministère des MRE, 1 146 652 Marocains y ont élu domicile. (Maingre, 2015) Plusieurs raisons expliquent ce phénomène de migration.

Faits historiques:

            Il y a des faits historiques flagrants expliquant la migration marocaine constante depuis le début du 20e siècle vers la France. Rappelons-nous que les Français furent longtemps présents en Afrique du Nord pour gérer leurs colonies. Une transmission de la culture et particulièrement de la langue a eu lieu, expliquant qu’aujourd’hui, 32% de la population maîtrise le français. Durant la Première Guerre mondiale (1914-18), les autorités coloniales ont recruté des dizaines de milliers de soldats et 37 850 travailleurs coloniaux sur les sols marocains pour participer à l’effort de guerre. Cela entame un flux migratoire vers la France qui persista puisqu’après la Grande Guerre, la France souffrit d’un déficit démographique énorme se rapprochant des 3 millions et demi d’individus. L’immigration d’une main-d’œuvre étrangère fut donc encore une fois nécessaire pour reconstruire l’économie. La Seconde Guerre mondiale (1939-45) laisse place au même phénomène d’émigration « militaire » avec un minimum de 82000 Marocains enrôlés. Après 1963, l’immigration prit un rythme stable, mais croissant expliqué par la nouvelle politique officielle de la France qui signa des conventions encadrant l’immigration pour combler son besoin grandissant de main-d’œuvre. Bref, cette perspective historique de l’immigration marocaine dans la République française permet de conclure que ce sont les Français eux-mêmes qui ont provoqué ce flux migratoire et malgré leurs efforts ponctuels pour fermer les frontières, ils n’ont pas pu se débrouiller sans l’immigration maghrébine. (Bokbot et Faleh, 2015)

Recherche d’une stabilité financière

            Le Maroc est moins développé que la France bien sûr, mais aussi par rapport aux autres pays du Maghreb. Par exemple, le revenu national est très bas se situant autour de 4 050 $ en 2007. Le taux de décès infantiles autour de 40‰ est plus élevé au Maroc, signalant des conditions de vie précaires. Du côté de l’éducation, les Marocains sont moins scolarisés que les Algériennes et surtout les Tunisiennes. « Pour 10 femmes nées autour de 1980, 9 savent lire et écrire en Tunisie, 8 en Algérie, mais seulement 5,5au Maroc ». (Héran et Pison, 2015) Ainsi, il n’est pas étonnant que plusieurs Marocains cherchent à fuir leur pays de naissance pour aller là où les salaires sont plus élevés et donc là où leur avenir financier est plus sécurisant. (Héran et Pison, 2015)

L’attrait pour les avantages sociaux de la France

            Les avantages sociaux de la France attirent les immigrants marocains, dont 70 % sont âgé de moins de 45 ans. La France est un endroit de choix pour construire une vie considérant une meilleure prise en charge sociale que le Maroc et surtout une couverture médicale généreuse. Même si 17 % de cette communauté possède un baccalauréat, la majorité des immigrants marocains sont des ouvriers peu qualifiés. Ces derniers recherchent une certaine sécurité financière et surtout un pays où le salaire minimum est relativement élevé grâce aux pressions sociales importantes. (Maingre, 2015)

L’attrait pour l’Occident

            L’attraction pour l’Occident ne fait pas exception au Maroc, voulant réussir socialement, les Nord-Africains sont convaincus que c’est en vivant dans ces pays tant vantés par les médias qu’ils auront le plus de chances de s’accomplir. Aussi, les étudiants souhaitent également aller en France pour valider leur cursus scolaire qui sera bien entendu plus reconnu s’ils étudient en Europe qu’en Afrique. (Maingre, 2015)

Par Catherine Maertens

MÉDIAGRAPHIE

  1. Article périodique en ligne

AGNÈS, Laurent et Xavier CHOJNICKI, « Protection sociale et immigration: les chiffres contre les clichés » [en ligne], dans L’Express.fr,‎ 14 novembre 2012 (page consulté le 21 février 2015).

LEBOUCHER, Éric. « Les bienfaits de l’immigration », dans Slate FR, [En ligne], http://www.slate.fr/story/37345/immigration-bienfaits (page consultée le 22 février 2015)

MAINGRE, Priscilla. « Pourquoi choisissent-ils de quitter le Maroc? », dans Le Matin, [En ligne],  http://www.lematin.ma/journal/-/186394.html, (page           consultée le 22 février 2015)

2. Documents accessibles par Internet

BOKBOT, Moha et Ali FALEH, Un siècle d’émigration marocaine vers la France: aperçu historique, [En ligne], 2010, http://digitum.um.es/xmlui/bitstream/10201/14661/1/06-Moha%2055-        64.pdf, (page consultée le 19 février 2015)

HÉRAN, François et Gilles PISON, Maghreb, Maroc, Marrakech: Convergences démographiques, contrastes socio-économiques, [En ligne], 2009, http://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/19127/popetsoc_459.fr.pdf (page consultée le 19 février 2015)

Le pays d’origine de l’immigrant influence-t-il son accès à un premier emploi?

 

Lighttruth, «Happy1»,[En Ligne], https://www.flickr.com/photos/58648496@N02/5379922491/
Lighttruth, «Happy1»,[En Ligne], https://www.flickr.com/photos/58648496@N02/5379922491/

Dans plusieurs reportages, que ce soit dans les chaines de diffusion continue ou dans les journaux (Radio-Canada, 2012), plusieurs déplorent qu’il existe, encore aujourd’hui, une certaine discrimination auprès des communautés immigrantes du Québec au niveau du marché du travail. Il est important de noter que la population active, c’est-à-dire les personnes en âge de travailler, immigrante représentait en 2011 plus de 563 000 personnes (gouvernement du Québec, 2011). Cette statistique montre donc l’importance de ce sujet puisque la discrimination au moment de l’embauche toucherait théoriquement plus de 563 000 nouveaux arrivants au Québec. Ainsi, il est impératif de se poser la question suivante : « Le pays d’origine de l’immigrant influence-t-il son accès à un premier emploi? ».

Tout d’abord, en ce qui concerne cet article, nous nous concentrerons sur l’une des plus grandes études qui ont été réalisées ici au Québec au sujet de l’accès à un premier emploi par la population immigrante. Cette étude a été réalisée par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse en mai 2012 et se nomme «Mesurer la discrimination à l’embauche subie par les minorités racisées : Résultats d’un « Testing » mené dans le grand Montréal ». Bien évidemment, la majorité des immigrants qui s’installent au Québec se retrouvent dans la grande région de Montréal. On apprend dans l’étude de la Commission que c’est dans la province québécoise que l’on répertorie l’écart le plus haut entre le taux de chômage de la population immigrante et de la population native. « Ainsi, en 2008, parmi les Québécois de 15 ans et plus, l’écart entre le taux de chômage des immigrants et celui des natifs était de 4,5 points de pourcentage (11,1 % contre 6,6 %), alors que, par comparaison, l’écart n’était que de 1,4 point en Ontario, et de 0,4 point en Colombie-Britannique » (CDPDJ, 2012). Il est important de noter que parmi ces immigrants, ceux qui font partie d’une communauté racisée, par exemple les Noirs ou les Arabes, connaissent plus d’obstacles au moment de l’embauche. De plus, les immigrants des minorités visibles, comme les Arabes ou les Noirs, qui possèdent des diplômes universitaires ont un taux de chômage nettement plus élevé que celui que l’on retrouve chez natifs québécois, soit d’un peu plus de 10%.

Pour continuer, l’étude nous révèle aussi des statistiques alarmantes au sujet des immigrants qui se retrouvent dans un processus d’entrevue. On remarque, selon l’étude réalisée en 2012 par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, qu’il y a un taux de discrimination à l’embauche qui s’élève à 35%. Ce pourcentage est complètement différent entre le secteur public et le secteur privé. Dans le premier cas, nous notons qu’il y a un taux de discrimination de 0% au moment de l’embauche et dans le deuxième cas, nous retrouvons un impressionnant 37%. Finalement, que ce soit pour un emploi qualifié ou non qualifié, les pourcentages sont sensiblement les mêmes. Pour ce qui est des emplois non qualifiés, le taux de discrimination chez les différents immigrants est le suivant : entre 38% et 42% chez les Africains, entre 33% et 35% chez les Arabes et entre 28% et 31% chez les Latino-Américains.

Comme dans l’article précédent portant sur la reconnaissance des diplômes et de l’expérience acquis à l’étranger, nous avons posé une question dans le sondage afin de vérifier si les divers faits se trouvant dans les études correspondent à la réalité vécue par les immigrants. Voici la question qui leur a été posée : « Après combien de temps avez-vous trouvé un emploi? ». Parmi les répondants, 6 personnes ont affirmé qu’ils ont trouvés un emploi moins d’un an après leur venue au Québec et 6 autres répondants ont affirmé qu’ils ont réussi à trouver un emploi plus d’un an après leur établissement. Par la suite, une majorité de personnes ont indiqué qu’ils ne cherchent pas d’emplois puisqu’ils suivent des cours de francisation. Il est important de noter que parmi tous ces répondants, plusieurs n’ont pas répondu à la question suivante qui portait sur la relation entre leur emploi et leur expérience. Il est donc impossible d’affirmer si l’emploi déniché par ces nouveaux immigrants est en concordance avec leurs diplômes étrangers.

Somme toute, il est facile d’établir une relation entre le pays d’origine des immigrants et leur accès au marché du travail québécois. Il est intéressant de se demander, compte tenu de multiethnicité de Montréal, s’il serait nécessaire de tenir une commission publique sur l’intégration des immigrants au Québec, mais plus précisément sur leur intégration au marché du travail qui représente une grande partie de leur vie.

Jean-Nicolas Gosselin

Médiagraphie

Images

Lighttruth, «Happy1»,[En Ligne], https://www.flickr.com/photos/58648496@N02/5379922491/

Article d’un site internet

Radio-Canada, « Étude sur la discrimination à l’embauche : mieux vaut s’appeler Bélanger que Traoré », Ici Radio-Canada, 29 mai 2012, [En ligne], http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/Economie/2012/05/29/008-etude-discrimination-embauche-montreal.shtml (Page consultée le 20 avril 2015)

Document accessible par internet

Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, «Mesurer la discrimination à l’embauche subie par les minorités racisées : Résultats d’un « Testing » mené dans le grand Montréal », [En ligne], http://www.cdpdj.qc.ca/publications/etude_testing_discrimination_emploi.pdf (Page consultée le 20 avril 2015)

Ministère de l’Immigration et des Communautés Culturelles « Les immigrants et le marché du travail québécois en 2011 », [En ligne], http://www.midi.gouv.qc.ca/publications/fr/recherches-statistiques/ImmigrantsMarcheTravail2011.pdf (Page consultée le 22 février 2015)

Concepts théoriques : de l’étranger jusqu’à l’intégration de l’immigrant

     Historiquement définie par sa position géographique et son port, Marseille est le carrefour entre l’Europe et le reste de la Méditerranée, ce qui explique son attrait migratoire. Puis, il va sans dire que l’immigration influence et contribue à modeler un territoire, et ce particulièrement lorsqu’elle s’effectue sur des longues périodes de temps. Ainsi, afin de comprendre les impacts et les différents enjeux de cette migration humaine, la question
«comment est-ce que l’immigration façonne la société marseillaise?» s’impose. Afin d’y répondre, il nous faut d’abord situer certains concepts théoriques pour comprendre le cheminement de l’étranger jusqu’à son intégration en tant qu’immigrant.

Notion d’Étranger et d’Immigrant

     Il est important de différencier ces deux notions puisque chacune affecte le statut de l’individu qui essaie de s’inscrire dans une société par l’immigration. D’après l’INSÉE (Institut National de la Statistique et des Études économiques, qui produit des statistiques officielles en France), la différence fondamentale entre les deux notions est notable puisqu’un n’implique pas nécessairement l’autre :

Un Immigré est toute « personne née étrangère à l’étranger et résidant en France », tandis qu’un Étranger est « une personne qui réside en France et ne possède pas la nationalité française, soit qu’elle possède une autre nationalité […], soit qu’elle n’en ait aucune ».

Réticences et préjugés envers l’Étranger– L’Opinion publique                     Nous parvenons donc au point de départ où l’Étranger se confronte à la population déjà établie. L’Étranger en soi génère des réticences. Il constitue l’image effrayante d’une « invasion » et la « peur de la perte identitaire » (RESCH, 2001). Ainsi, l’incertitude et la peur face à l’Étranger lui donnent, avant tout, une connotation péjorative [plus ou moins consciente]. L’immigrant se trouve donc initialement dans un environnement méfiant et défavorable à son intégration.

     C’est cette idée d’une confrontation à l’inconnu qui vient perturber l’opinion publique, qui constitue l’ensemble des idées ou convictions qui passent comme communes à un groupe social (DERET, 2014). Cette représentation sociale qui est faite des immigrants chez les Marseillais français résulte donc d’un mélange « de perception, d’opinion et d’imaginaire » (Ministère de la Culture et de la Communication français, 2008). Puis, à travers l’actualité et les médias, la pensée populaire est reflétée, en même temps d’en être influencée. C’est ainsi que l’opinion publique fonctionne comme moteur qui vient confronter et influencer les politiques, et donc à la longue, forger Marseille.

Pour illustrer cela, prenons l’exemple de la réputation de Marseille. Internationalement, elle est reconnue comme une ville d’immigration, mais aussi souvent perçue comme une ville de violence : bien souvent, elle a fait la une des journaux pour des histoires de délinquance, de trafic de stupéfiants, de corruption, de meurtres… C’est donc sans trop s’étonner que les discours de certaines politiques (d’extrême droite notamment) ont tracé l’immigration comme un synonyme de délinquance.

INCONNU. «convention présidentielle front national, lille, 25 février – 15 », 25 février 2007, [photographie], dans Flickr, [En ligne], https://www.flickr.com/photos/politiqueaunord/402110367/in/photostream/ (page consultée le 6 mai 2015)
INCONNU. «convention présidentielle front national, lille, 25 février – 15 », 25 février 2007, [photographie], dans Flickr, [En ligne], https://www.flickr.com/photos/politiqueaunord/402110367/in/photostream/ (page consultée le 6 mai 2015)

 Plusieurs politiciens en ont fait la promotion, tel que Marine Le Pen (présidente du Front national) et Claude Guérant (ministre de l’Intérieur et partisan de l’Union pour un mouvement populaire); c’est donc ces préjugés qui ont servi à des politiques discriminatoires racistes, comme la préférence nationale pour les allocations familiales ou l’initiative pour créer un ministère de l’identité nationale, que dénonce Christiane Taubira, l’actuelle ministre de la justice française, dans un article du Mediapart (TAUBIRA, 2013).

  Ainsi, c’est à partir de cet environnement renfermé, et alimenté par les événements du quotidien, que les « Marseillais de souche » ont développé une réticence à l’immigration et une volonté à la restreindre au minimum. Cette réalité est particulièrement observable à travers les médias et socialement où toutes sorte de préjugés discriminatoires aux migrants se font entendre tel que :
« Restez donc chez vous », « Vous ne faites que voler nos emplois »,
« Vous n’imposerez pas vos modes de vie ici », « Vous contribuez à la dégradation de nos conditions de vie », etc. (RESCH, 2001).

http://www.urtikan.net/n-42/musulman-d-apparence/

Problématiques sociales que cela génère

     L’impact majeur de ces opinions discriminatoires est la stigmatisation des immigrants Maghrébins, qui subissent un marquage social, tels que l’étiquetage et l’ostracisme, ce qui finalement contribue à leur mise à l’écart (LAFERTÉ, 2013). Qu’ils soient visibles (la couleur de peau des Africains, la race ou la nationalité) ou non visibles (la religion), les stigmates relevés des traits distinctifs servent à différencier et inférioriser les individus qui s’y conforment jusqu’à les discréditer, et mener à leur infériorisation sociale (REA, 2008). Bref, lorsque l’opinion publique se laisse entraîner par des préjugés, elle écarte les véritables causes des problèmes sociaux, afin de rendre les immigrés maghrébins victimes ou responsables de leur sort (TAUBIRA, 2013).

L’intégration de l’immigrant

Ayant passé le stade d’Étranger, l’Immigré s’inscrit alors dans le long processus à suivre pour s’insérer dans la société, aussi appelé l’intégration. En effet, Yannick Resch, professeur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, nous explique parfaitement ce qu’est l’intégration:

« Être intégré, c’est participer totalement à la vie d’une société, c’est en être tout à fait membre. C’est aussi être reconnu par les autres membres de la communauté nationale comme faisant partie, en cette même qualité, de celle-ci. C’est enfin la possibilité d’accéder aux divers services, prestations et moyens que cette société met à la disposition de chacun de ses membres. » (RESCH, 2001)

PS, Tania. « Símbol de França », 16 mars 2009, [image], dans Wikipédia, [En ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Logo_de_la_Republique_francaise.png (page consultée le 6 mai 2015)
PS, Tania. « Símbol de França », 16 mars 2009, [image], dans Wikipédia, [En ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Logo_de_la_Republique_francaise.png (page consultée le 6 mai 2015)

    Puis, la première étape pour atteindre l’intégration est l’acquisition de la nationalité française par la citoyenneté, où l’Étranger se joint à la population nationale. C’est à ce point que la question devient politique, car c’est l’État [la France] qui gère le droit au contrôle de l’identité, ainsi que le droit de vivre sur un territoire. C’est donc au nom de cette abstraction souveraine que les gouvernements administrent les politiques d’immigration, en faisant recours au juridique (BENOIT, 2014).

signé Andrée-Anne Roy

Pour la suite: La vie ensemble, en pratique


MÉDIAGRAPHIE

Article périodique en ligne 

TALEB, Sara. « »Marseille Story, une histoire de la violence », un documentaire pour comprendre pourquoi la cité phocéenne défraie la chronique », Le HuffPost, mars 2013, [En ligne], http://www.huffingtonpost.fr/2013/03/04/marseille-story-une-histoire-violence-documentaire_n_2805981.html (page consultée le 18 mars 2015)

TAUBIRA, Christiane. « Les préjugés racistes sont plus forts que le droit », Mediapart, novembre 2013, [En ligne], http://blogs.mediapart.fr/edition/les-batailles-de-legalite/article/191113/les-prejuges-racistes-sont-plus-forts-que-le-droit (page consultée le 21 mars 2015)

Document accessible par Internet

MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION. Les mémoires de l’immigration à Marseille : lieux, récits, projets, Marseille, Transvers cite, 2008, 94 p. [En ligne], http://www.culture.gouv.fr/mpe/recherche/pdf/R_492.pdf (page consultée le 20 mars 2015)

MINISTÈRE INTÉRIEUR. Le projet de loi relatif au droit des étrangers, [En ligne], 2014, http://www.immigration.interieur.gouv.fr/Immigration/Le-projet-de-loi-relatif-au-droit-des-etrangers (page consultée le 26 février 2015)

Livre

REA, Andrea et TRIPIER, Maryse. Sociologie de l’immigration, Paris, La Découverte, 2008, 118 pages (Collection repères)

Livre électronique accessible par une base de données

Yannick, RESCH. Définir l’intégration? Perspectives nationales et représentations symboliques, [En ligne], Montréal, XYZ éditeur, 2001, 157 pages, dans ebrary (page consultée le 19 février 2015)

Site Internet

INSEE, Définitions et méthodes : Définitions- Immigré, [En ligne], http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/immigre.htm (page consultée le 20 mars 2015)

INSEE, Définitions et méthodes : Définitions- Étranger, [En ligne], http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/etranger.htm (page consultée le 20 mars 2015)

MINISTÈRE INTÉRIEUR. Le projet de loi relatif au droit des étrangers, [En ligne], 2014, http://www.immigration.interieur.gouv.fr/Immigration/Le-projet-de-loi-relatif-au-droit-des-etrangers (page consultée le 26 février 2015)

Images

FRONT NATIONAL. «Affiche éditée par le Front national », années 1980, [Affiche], sur © Bibliothèque de documentation internationale contemporaine – MHC, [En ligne], http://www.histoire-immigration.fr/musee/collections/affiche-editee-par-le-front-national-annees-1980 (page consultée le 25 avril 2015)

HORVAT, B. « Le ministre de l’Intérieur Claude Guéant le 28 novembre 2011 à Marseille », 2011, [photographie], dans l’OBS, [En ligne], http://leplus.nouvelobs.com/contribution/218582-claude-gueant-vs-marine-le-pen-l-ump-a-droite-toute.html (page consultée le 18 mars 2015)

JOCARD, Alain. « 21 mars 2012 à Tours d’un document donné au citoyens français naturalisés », 2012, [photographie], sur L’Express, [En ligne], http://www.lexpress.fr/actualite/societe/une-majorite-de-francais-pour-la-modification-du-droit-du-sol_1294422.html (page consultée le 25 avril 2015)

LIEU SONG, Benh. «Marseille Old Port and Notre Dame de la Garde », 2011, [photographie], dans WIKIPÉDIA, [En ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Marseille_Old_Port_and_Notre_Dame_de_la_Garde.jpg (page consultée le 25 avril 2015)

SOULCIÉ, Thibault et FAUJOUR, Loïc. « Une campagne toute en nuance », « Festival de racisme ordinaire », « Psychose », « DCRI » et «Mohamed Merah profession carrossier », [caricatures], dans Urtikan, numéro 42, 28 mars 2012, [En ligne], http://www.urtikan.net/n-42/musulman-d-apparence/ (page consultée le 18 mars 2015)

Notes de cours personnelles

DERET, Anne. Définition de l’Opinion publique, Notes de cours, Opinion publique et groupes de pression, 2014

LAFERTÉ, Nathalie. Définition de Stigmatisation, Notes de cours, L’individu au cœur du social, 2013

BENOIT, Sylvain. Définition État, Notes de cours, Défis politiques, 2014

L’immigration clandestine en Espagne: de l’émigration à l’immigration

L’historique des migrations concernant l’Espagne

L’Espagne, terre d’émigration avant tout

L’Espagne a longtemps été considérée comme une terre d’émigration, notamment à cause de sa situation d’instabilité politique, économique et sociale. En effet, l’Espagne a été un des pays d’émigration les plus importants en Europe. Les principales destinations des Espagnols étaient des colonies espagnoles, donc l’Amérique Latine, plus particulièrement l’Argentine, Cuba, le Brésil et le Venezuela ainsi que l’Afrique du Nord, dont le Maroc et l’Algérie. Puis, vers les années 1960, la destination des migrants espagnols fluctue vers l’Europe Occidentale. (Gozalvez Pérez, 1996).

L’Espagne, devenue terre d’immigration

En 1973,  les flux migratoires les plus importants sont ceux de retours. (Gozalvez Pérez, 1996) En effet, depuis 1950, l’Espagne fait face à un processus de transformation économique pour mettre fin à l’autarcie. Plusieurs autres facteurs entraînent ce retour, notamment les accords avec les États-Unis, l’augmentation du tourisme, le processus d’urbanisation et d’industrialisation qui ont favorisé de changements autant sociaux qu’économiques. Ainsi qu’un changement politique majeur, la transition vers une démocratie, due au départ de Franco. (Martin-Munoz, 2002).

Mais pourquoi vouloir quitter l’Espagne?

Franco

L’Espagne franquiste en détails
Caractéristiques du régime

La dictature de Franco en Espagne  a débuté en octobre 1936 et a duré près de quarante ans. Son règne est caractérisé par une idéologie traditionaliste et antimoderniste basée sur la religion catholique. C’est un régime a parti unique, un régime autoritaire, totalitaire pour certains et voir même fasciste. Il est antidémocratique et répressif, ce qui se voit notamment dans le rejet du libéralisme et des libertés politiques comme le droit d’association et d’opinion. Il est aussi caractérisé par un très fort nationalisme espagnol, d’où le refus de tout droit politique, linguistique ou culturel des régions. L’Armée est utilisée pour maintenir l’ordre et la lutte contre l’ennemi intérieur. Voilà tous des raisons pour lesquelles les habitants désirent quitter ce pays mené par un dictateur, et ce, en grand nombre. L’Église sert à légitimer le pouvoir de Franco en faisant de son coup d’État une « Croisade contre l’athéisme marxiste ». À son tour, Franco reconnaît le catholicisme comme la religion d’État, assure un budget et rétablie en fonction des religieux dans les syndicats, l’armée et les écoles, où le contrôle social s’effectue. L’État contrôle donc la police politique, l’éducation nationale, l’action syndicale, la presse, la radio, la propagande et toute la vie économique. Durant cette dictature, l’Espagne n’est donc pas un pays où il fait bon vivre ni un pays très ouvert sur le monde extérieur, d’où l’absence d’immigration(Histoire de l’Espagne, 2011).

Évolution du régime

Sous le premier franquisme (1939-1959), l’Espagne est ruinée démographiquement et économiquement. Sous ce régime oppressif, tous ceux qui s’opposaient au « Glorieux mouvement national » pouvaient être poursuit, même que des dizaines de milliers d’opposants politiques ont été fusillés sous la première décennie de la dictature de Franco.

Économiquement, la majeure partie de la population est en situation de faim et de pauvreté extrême. La pauvreté étant une raison de quitter son pays d’origine tel que vu dans l’article provant de notre sondage (Mythes et réalités par rapport à la clandestinité) .  Pour Franco, la solution c’est l’autarcie basée sur l’autosuffisance et l’intervention de l’État. Par exemple, l’État fixait le prix agricole et obligeait les paysans à céder leurs surplus agricoles. Voilà un premier exemple d’une Espagne fermée sur le monde.

À la veille de la secondaire guerre mondiale, l’Espagne se range du côté de l’Axe, mais dès que cela devient un embarras,  elle se considère neutre. Malgré la proclamation de sa neutralité, l’Espagne est condamnée comme alliée de l’Axe. Ce qui a contribué la mise à l’écart de l’Espagne lors de la création de l’Organisation des Nations unies. Voilà un deuxième exemple d’une Espagne fermée sur le monde.

Mais tout bascule lors de la guerre froide, car les États-Unis mettent en place plusieurs bases militaires en Espagne en échange d’une aide financière et militaire pour l’Espagne.  Ce pays devient donc un acteur important dans le bloc anti-communiste et adhère finalement, en 1955, à l’Organisation des Nations unies. Une première tentative de s’ouvrir au monde.

À cause de l’échec de l’isolationnisme, l’autarcie prend fin dans les années 1950 et dès cette année-là l’Espagne assiste à une certaine libéralisation des prix et du commerce. C’est la fin du rationnement des aliments et le début d’une croissance économique. En 1954, le PIB/habitant dépasse celui de 1935, ce qui veut dire que vingt ans avaient été perdus en ce qui a trait à l’économie.

Même après ces changements, la fin de Franco est dépeinte par une opposition plus en plus marquée des travailleurs, étudiantes, souverainistes et même l’Église catholique qui cesse d’appuyer le régime. C’est donc en 1973 que Franco abandonne son poste pour être remplacer par l’amiral Carrero Blanco désigné pour assurer la continuité du régime franquiste. Cependant, Blanco meurt d’un attentat la même année, ce qui ne laisse pas le choix au pays de revoir Franco comme dirigeant du pays, ce qui laisse place à la période la plus agonisante du régime jusqu’à sa mort en 1975.

Mais la croissance économique amorcée  amène une forte inflation, donc encore plus de misère. Les réformes économiques étant nécessaires, le protectionnisme et l’intervention étatique a diminué pour laisser place au système libéral, ce qui favorise l’intégration de l’Espagne au reste de l’Europe après la mort de Franco (Histoire de l’Espagne, 2011).

L’Espagne n’a pas eu le choix de changer, et ce, malgré la volonté de Franco. Ces nombreuses transformations  socio-économiques et politiques ont ouvert l’Espagne à l’Europe et du même fait, à l’immigration légale ET clandestine.

 

Emilie Renaud

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L’immigration clandestine en Espagne: une situation de proximité

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Présentation du sujet: L’immigration clandestine en Espagne

Mythes et réalités par rapport à la clandestinité

Médiagraphie

L’immigration clandestine en Espagne

Fronterasur (2005)
Fronterasur (2005)

Avez-vous déjà entendu parler de l’immigration clandestine?

La plupart des gens s’entendent pour dire qu’un clandestin est une personne qui vit illégalement dans un pays, traverse une frontière sans papiers légaux et n’est pas un citoyen officiel. (voir Mythes et réalité par rapport à la clandestinité)

Maintenant, comment cette définition s’applique-elle au cas de l’Espagne? Ce pays ne partage que des frontières avec le Portugal et la France, des pays où on imagine mal un grand nombre de clandestins en mouvement constant. Mais le problème n’est pas là. Les clandestins qui arrivent en Espagne par milliers y sont arrivés par nul autre moyen de transport qu’une embarcation misérable.

1 600 migrants sont portés disparus depuis le début de l’année 2015 dans la Méditerranée. Les chiffres ne font qu’augmenter.

Le sujet de l’immigration clandestine en Espagne peut se diviser en plusieurs dimensions pour en faire une analyse plus profonde. En effet, il est important de traiter de plusieurs aspects. Notamment, de l’aspect géo-historique puisqu’il favorise l’immigration clandestine entre les pays du nord de l’Afrique et l’Europe.  L’aspect socio-politique pour démontrer les impacts sur la société quant aux mentalités face aux migrants et les changements politiques qui en résultent. L’aspect socio-économique pour voir si, à long terme, l’Espagne va retrouver une certaine stabilité financière et sociale.

Nous considérons le sujet de l’immigration clandestine en Espagne en est un primordial au sein de l’espace Méditerranéen. En effet, l’Espagne est le pays de transit migratoire par excellence en Europe. Dans l’actualité, elle se trouve au cœur des nouvelles, souvent accompagnées de ses homologues Italiens et Grecs, parce qu’elle fait partie de plusieurs débats et fait face à plusieurs problématiques de grande envergure. Il va de soi en s’informant sur la question que les migrations qui se font du sud au nord (ce qui s’applique très bien à ce pays), entraîneront à long terme un certain déséquilibre démographique, financier et social. Effectivement,

[l]’immigration clandestine est un phénomène qui accable l’Espagne depuis plusieurs décennies. En raison de la position géographique de ce pays et du manque de législation internationale concernant l’immigration clandestine, il est délicat de jongler avec cette situation (Lafrance,  2014).

Suite à l’événement du 19 avril dernier,  un naufrage survenu au large de la Lybie et de L’Italie, où 700 migrants sont portés disparus, il nous semble encore plus urgent que des mesures doivent être  prises pour empêcher une nouvelle catastrophe clandestine. Partout dans le monde, ce naufrage, s’inscrivant dans une longue liste de tragédies qui étaient plutôt inconnues du grand public jusqu’à maintenant, fait la Une dans les plus grands médias et s’accompagne d’une prise de conscience générale du problème Méditerranéen.

En effet, on remarque une certaine agitation des ministres européens : ils sentent qu’il faut agir au plus vite, car c’est leur continent entier qui est aux prises avec des flux migratoires d’arrivée provenant d’Afrique et de sortie de citoyens qui vont rejoindre les rangs djihadistes dans les pays du Moyen-Orient. Suite à nos lectures sur le sujet, nous sommes d’autant plus conscientes que cette problématique ne doit pas seulement être réglée « prochainement », mais bien rapidement. L’indifférence des états perçue dans nos lectures a laissé place à la réaction face aux problèmes.

Nous espérons que suite à ce qui s’est passé, l’immigration clandestine, qu’elle soit en Espagne ou ailleurs dans l’espace Méditerranéen, soit prise comme un problème d’envergure et que l’on agisse concrètement pour le régler à sa source même.

Pour un portrait global de la situation en Méditerranée, vous pouvez consulter l’article La tragédie des migrants en Méditerranée résumée en sept cartes et graphiques .

Voici un reportage très intéressant en lien avec les passages des migrants clandestins à Melilla (Espagne)

Ashley Riley

Emilie Renaud

Marianne Renauld Robitaille

Médiagraphie :

LAFRANCE, Sofie. « La polémique de l’immigration clandestine en Espagne», dans UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE, Perspective Monde, [En ligne], http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=378 (Page consultée le 8 février 2015)