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La perception des Roms en France

http://pixabay.com/en/alternative-earth-eye-globe-155991/
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Cet article portera sur la perception des Roms par la société française. Cette dimension de leur situation est importante, car la perception peut déterminer si leur perception va aller en s’améliorant ou alors en se dégradant. En effet, s’ils sont bien perçus, le peuple français va être plus enclin à bien les intégrer. Malheureusement, nous allons voir que ce n’est pas le cas et que les Roms sont très peu intégrés.

À une enquête de l’organisation ROMEUROPE, une personne aurait donné la définition suivante de ce qu’un Rom serait : « La définition d’un Rom ? C’est une personne qui ne veut pas travailler, qui ne veut pas s’intégrer (…) qui a une hygiène d’un autre temps (…) qui en quittant les lieux laisse un joli tas d’immondices. »(Romeurope,2011) Cette définition nous donne un aperçu des stéréotypes dont les Roms sont victimes. Ces stéréotypes s’expliquent de nombreuses façons. Premièrement, une mauvaise compréhension de la réalité rom pourrait en être à l’origine. Ce manque de connaissance de l’autre, ici le Rom, conduit à l’apparition de stéréotypes. Il y a une généralisation et toutes les ROMS sont associées au fait de voler. Cependant, ce n’est pas tous les Roms qui volent, même si « une minorité visible qui est poussée par la misère par la mendicité (…), la majorité de la société rom reste invisible. » ( Sarter Frédéric,2010).

Le meilleur exemple des préjugés est leur condition de vie difficile. Ils vivent dans des bidonvilles insalubres (amnistie internationale,2011)sont à l’origine des problèmes qu’ils peuvent éprouver dans le maintien d’une hygiène corporelle adéquate. Cependant, ce n’est pas un peuple aimant vivre dans la saleté»(Romeurope,2011). La mendicité et la paresse dont ils sont souvent accusés s’expliquent aussi. Les villes, où il y a une présence rom, les installent souvent dans des aménagements situés loin des opportunités d’emplois.

De plus, l’obtention d’un permis de travail obligatoire pour travailler est longue, couteuse et difficile ce qui réduit le nombre d’employeurs prêt à faire les démarches. (Legros, Olivier; Vitale Tommaso  2011) Devant la difficulté d’accéder à un emploi, ils ont recours à des activités informelles (travail non déclaré, collecte de ferraille, travail de rue : mendicité, musique, lavage de pare-brise) et parfois à la délinquance, en particulier pour les jeunes( Sarter Frédéric,2010).Toutes ces activités contribuent à la vision négative des Roms, mais elles ne sont souvent pas effectuées par choix, mais par besoin.

De plus, on peut noter une incompréhension sur ce qu’est un Rom. Les gens ont tendance à associer trop facilement et à généraliser les termes « gens du voyage » et Roms. Ils voient ainsi les Roms comme des populations nomades qui voyagent pour vivre, alors que la majorité des Roms français ont un mode de vie sédentaire (Legros, Olivier; Vitale Tommaso  2011). Leurs migrations récentes étaient souvent pour des motifs économiques ou pour fuir la guerre de l’ex-Yougoslavie des années 1990( Sarter Frédéric,2010). À cause de cet amalgame, les gens ont tendance à appuyer les évacuations des camps roms, car ils jugent que cette population est habituée à la migration. Dans un sondage paru en 2012, 80 %  (FOURQUET, Jérôme,2013) des Français étaient favorables à l’évacuation des camps. Les nombreux impacts négatifs (réduit accès soins de santé, diminue la scolarisation, errance, destruction biens privés Roms, etc.)(Amnesty international, 2011) rendent les expulsions nuisibles et selon le même sondage, 73 % des Français sont au courant que la mesure est inefficace. Les Français appuient donc majoritairement une mesure nuisible qu’ils savent inefficace.(sic)

La vision négative est renforcée par les mesures politiques de droite privilégiant l’ordre et la sécurité ainsi que par la montée d’un populisme en quête d’un bouc émissaire aux maux de la société(Sater frederic, 2010). Les Roms représentent un bouc émissaire idéal, car leur situation économique difficile les empêche de bien s’organiser et de pouvoir peser dans le débat public (GAILLARD Barthélémy,2013).   Les politiques prisent par la France, spécialement les expulsions forcées et répétées, les places dans une situation de précarité et augmentent de façon démesurée leur visibilité dans l’espace public( Legros, Olivier; Vitale Tommaso,2011) en plus d’être inutiles. En effet, les Roms roumains, majoritaires en France, arrivés à partir des années 1990, ont été perçus comme « un fait social, un évènement médiatique, une invasion incontrôlée »(GAILLARD Barthélémy,2013) alors que la population rom représente moins de 1 % de la population. Dans l’opinion publique, les Roms sont devenus alors un enjeu de taille qui était avant peu connue et qui, tout d’un coup, s’est retrouvée à être très médiatisé. La visibilité démesurée va participer à stigmatiser les Roms (Sater frederic, 2010).

 

La vidéo suivante de marine Le Pen expose la vision de la droite en se qui attrait aux Roms. Pour elle l’ensemble des Roms sont des «clandestins  donc des délinquants».

Les stéréotypes viennent appuyer la répression policière dont les Roms sont victimes. Par exemple, le quartier du Holweg à Forbach, majoritairement rom « a été pris d’assaut, à six heures du matin, par des dizaines de gendarmes et de policiers, appuyés d’hélicoptères »(Sater frederic, 2010) pour mettre cinq suspects d’une série de braquage en garde à vue. Il y a ici une preuve flagrante de répression et d’exagération policière qui assiège tout un quartier tôt le matin.

Pour conclure, les politiques gouvernementales inefficaces, la surcouverture médiatique, la répression populaire renforcent la méfiance à l’égard des Roms et les stéréotypes. Pendant que la population se méfie et exclu de plus en plus les Roms, ceux-ci victime au quotidien d’injuste se méfie de plus en plus également. Il y a naissance de « deux blocs de défiance, imperméable à l’autre ».   Mais, il ne faut pas cependant croire que la situation est sans espoir. Des solutions existent. La Hongrie devrait être prise en exemple par la France, où, en 2008, des policiers étaient formés à la culture rom et étaient accompagnés par des Roms durant leur patrouille. La police faisant également plusieurs réunions régulières avec la population. Les gestes de répression policière ont diminué et les Roms sont devenus plus enclins à coopéré. Un Rom s’est même engagé dans la police.

photo par: Erwan Deverre Journée internationale des Roms   Manifestation contre les expulsions forcées de Roms. Paris, 6 avril 2013. https://www.flickr.com/photos/38737012@N04/8627697080/
photo par: Erwan Deverre
Journée internationale des Roms
Manifestation contre les expulsions forcées de Roms. Paris, 6 avril 2013.
https://www.flickr.com/photos/38737012@N04/8627697080/

Finalement, j’aimerais finir cet article sur la perception des Roms avec deux citations qui illustrent bien le clivage qu’il existe entre la situation réelle et comment la classe politiques et, d’une façon plus large, la population semble percevoir les Roms. La première, qui date du 14 mars 2013, nous provient de   M. Manuel Valls (Ministre de l’Intérieur) « (…) hélas, les occupants de campements ne souhaitent pas s’intégrer dans notre pays pour des raisons culturelles ou parce qu’ils sont entre les mains de réseaux versés dans la mendicité ou la prostitution »(amnistie internationale,2011), et que les familles désireuses de s’intégrer « sont une minorité » . À cette affirmation cinglante j’opposerai celle-ci, d’une Rom française à la recherche de jours meilleurs : « Ici je ne sais pas combien de temps on va rester, autant que possible; moi je voudrais me stabiliser, mais je n’ai pas de chance. Je n’aime pas cette vie comme ça, je ne peux pas travailler, je ne trouve pas de maison, on n’a pas de papiers. Moi je voudrais juste une vie normale. »(amnistie internationale,2011)

-Antoine Brouillette

 

Romeurope«guide de la situation et des discriminations des roms en europe» (en ligne), 2011,  http://www.romeurope.org/IMG/pdf/GUIDE_ROMEUROPE_DEF-3.pdf

Sarter Frédéric, « Roms, une question européenne », Études 2/2010 (Tome 412) , p. 189-200 (en ligne) www.cairn.info/revue-etudes-2010-2-page-189.htm.(consulté le 18 mars)

amnistie internationale, condamnée à l’errance. Les expulsions forcées de Roms en France. [En ligne], 2013,http://www.amnesty.fr/sites/default/files/Rapport_Expulsions_forc%C3%A9es_de_roms_en_France_260913.pdf (Consulté le 21 février 2015).

Legros, Olivier; Vitale Tommaso « Les migrants roms dans les villes françaises et italiennes : mobilités, régulations et marginalités », géocarrefour, Vol. 86/1 [En ligne], 2011, http://geocarrefour.revues.org/8220 (Page consultée le 22 février 2015)

FOURQUET, Jérôme « 80 % des Français favorables au démantèlement des camps illégaux de Roms… mais 73 % jugent la mesure inefficace » dasn atlantico, (en ligne)

amnistie internationale, condamnée à l’errance. Les expulsions forcées de Roms en France. [En ligne], 2013,http://www.amnesty.fr/sites/default/files/Rapport_Expulsions_forc%C3%A9es_de_roms_en_France_260913.pdf

GAILLARD Barthélémy, « Les Roms ou la politique de la peur», dans non-fiction, politique, ( en ligne) http://www.nonfiction.fr/article-5969-les_roms_ou_la_politique_de_la_peur.htm ( consulté le 18 mars)