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L’IMMIGRATION EN FRANCE: PERSPECTIVE HISTORIQUE ET POLITIQUE

               Après avoir étudié les bénéfices de l’immigration en France, il difficile de concevoir pourquoi celle-ci est perçue comme un problème et parfois même comme un risque par les citoyens français. Malgré l’expérience sérieuse de la France en matière d’immigration, le pays se trouve confronté à des problèmes de gestion des flux migratoires et aussi d’intégration des immigrés. La ressource migratoire est une solution simple et logique au déficit démographique alarmant et au ralentissement économique du pays, toutefois les Français « se raidissent sur des crispations identitaires » (Ritaine, 2010). La position de la France dans un classement des pays européens selon leurs performances en matière de politique et d’intégration des immigrants parle d’elle même. La République française se trouve au 11e rang sur 28 pays: soit à peine dans la moyenne des performances. (Lacasse et Palard, 2010) On se demande alors pourquoi un pays, ayant une expertise ou du moins une habitude dans le domaine, se retrouve dans l’ère de la globalisation derrière ses compères. L’intégration à la française et, du coup, ses grandes idéologies semblent avoir échouées… Tentons de comprendre ces résultats à l’aide de la perspective politique, historique et sociologique.

 « National motto of France », sur le site Wikipédia, [En ligne], http://en.wikipedia.org/wiki/Libert%C3%A9,_%C3%A9galit%C3%A9,_fraternit%C3%A9#/media/File:Liberte-egalite-fraternite.png. (Page consultée le 28 avril 2015)
« National motto of France », sur le site Wikipédia, [En ligne], http://en.wikipedia.org/wiki/Libert%C3%A9,_%C3%A9galit%C3%A9,_fraternit%C3%A9#/media/File:Liberte-egalite-fraternite.png. (Page consultée le 28 avril 2015)

La politique d’immigration française

Définissons d’abord la politique d’immigration française, qui diverge considérablement de l’ensemble européen. Le mode d’intégration est fondé sur deux principes centraux: la citoyenneté et la laïcité. Cette philosophie considère que la meilleure façon d’intégrer un étranger à la société est de l’« abstraire de ses conditions sociales et culturelles d’origine» (Lacasse et Palard, 2010). Il ne faut pas confondre ce modèle idéologique avec un programme politique d’intégration, voire d’assimilation spécifique, c’est simplement un principe de la culture politique française qui s’appuie sur l’appartenance nationale et qui est applicable à l’ensemble des citoyens français. Cette recherche d’égalité peut être considérée comme une utopie politique puisqu’avec la citoyenneté française, vient un grand sacrifice humain caractérisé par une sorte « d’invisibilité citoyenne » (Lacasse et Palard, 2010).

La France: un pays d’immigration du travail

La France fut longtemps un pays d’immigration de travail, c’est-à-dire que l’entente migratoire était motivée par la condition de travailler au pays pour quelques semaines, mois ou années sans nécessairement s’établir définitivement. (Ritaine, 2010) Cette tendance s’est toutefois ralentie à partir de 1974, où une politique stricte de contrôle des flux fut établie. Cette date marque la fin des ouvriers spécialisés, mais ouvre la porte à une vague de revendication de nouveaux droits sociaux et syndicaux pour les immigrés. Le système social français est en période de crise, à la fin des années 60, tous les moyens pris par le gouvernement pour assurer une égalité des chances sont ébranlés: le système scolaire est en crise, causant, entre autres, un ralentissement important des possibilités d’ascension sociale et cela amène au recul notable de la protection sociale. Le cercle vicieux s’établit: la crise sociale produit des exclus, ce qui anime des tensions sociales entre nationaux et immigrés. Le tout est ainsi à l’origine de la montée de mouvements extrémistes de protestation comme des organisations d’extrême gauche, ou pire d’exclusion comme le Front National.

Répercussions de l’immigration à Marseille

À Marseille particulièrement, on assiste à un racisme généralisé qui est à l’origine, de mouvements de contestation. Plusieurs associations (comme la Fédération des associations de solidarité avec tous-te-s les immigré-e-s ou l’Association des travailleurs maghrébins de France) furent créées pour militer entre autres pour la reconnaissance des droits politiques des immigrés. La seconde génération issue de l’immigration maghrébine se retrouve victime de discrimination postcoloniale, leur frustration sociale laisse place à une mobilisation importante pour exiger la dignité et la liberté d’association. Cette dernière, seulement reconnue en 1981, est le droit « de constituer, d’adhérer et de refuser d’adhérer à une association » (Ritaine, 2010). De plus, le droit de vote persiste à être refusé aux étrangers, créant logiquement des rapports difficiles entre la culture musulmane et la société française. C’est la Marche des beurs de décembre 1983 qui est à l’apogée de la mobilisation sociale contre les discriminations liées à l’origine ethnique. Le quartier de la Cayolle à Marseille est témoin du meurtre raciste d’un enfant de treize ans: événement déclencheur du mouvement. 19 individus commencent donc une marche historique de Marseille à Paris, prêchant pour la valorisation de l’antiracisme, la citoyenneté de résidence, la carte de séjour de 10 ans, mais aussi le mélange de culture et l’identité plurielle. Bref, l’enjeu essentiel de cette période de l’histoire est de négocier socialement une politique d’appartenance collective comme Arabe et comme musulman dans la société française. Notez que la ville de Marseille joue un rôle central dans ce débat national considérant sa proximité géographique avec le Maghreb et, du coup, l’importance de sa communauté maghrébine. (Crépeau, 2009)

Un climat de tension généralisé

De 1984 à 1994, on assiste malheureusement au déclin du mouvement beur, qui donnait une image positive des jeunes musulmans, et à la montée d’attentats islamistes et par conséquent, du sentiment d’insécurité envers la culture musulmane. Cette décennie est marquée par autant d’avancées que de reculs sur le plan législatif en lien avec  l’intégration des musulmans. La communauté musulmane se nuit en fournissant aux médias une multitude d’images qui inquiète sérieusement l’opinion publique. Par exemple on voit dans les journaux des fidèles accroupis dans la rue, des salles de prières, l’apparition de marchés associés à l’islam avec des boucheries hallal, des syndicats religieux, des guerres de clans religieux, etc. Les Français blâment alors l’Islam comme cause principale de la difficulté des communautés maghrébines à s’intégrer dans la société. Méfiante, craintive et mal à l’aise, la population française confond plusieurs concepts comme l’islam, l’islamisme, l’intégrisme et le fondamentalisme. L’opinion publique est donc alimentée par des individus associant les stéréotypes négatifs face à l’Islam avec musulmans délinquants et clandestins.  Finalement, l’Europe empire le climat de tension en signant les accords de Schengen (1985) et de Dublin (1990) qui criminalisent le passage illégal des frontières et renforce encore une fois les contrôles. (Crépeau, 2009)

Interaction conflictuelle avec l’identité française

À partir de 1995, les communautés maghrébines sont en interactions constantes, mais conflictuelles avec l’identité française. Les nombreux attentats commis par de jeunes islamistes radicaux à Paris et à Lyon ont des répercussions à travers le pays. L’image des musulmans et des Arabes reste tachée par la branche radicale. Les problèmes sociaux chez les immigrés maghrébins persistent. Le chômage est expliqué par une discrimination à l’emploi, dans le logement, dans les affections scolaires et même dans le contact avec la police. L’actualité internationale nuit aussi à l’intégration des Maghrébins. Ces derniers sont associés aux attentats du 11 septembre et ils sont troublés par le conflit israélo-palestinien, par l’invasion de l’Iraq et aussi par l’intervention américaine en Afghanistan. Actuellement, les pouvoirs publics tentent encore d’apaiser les tensions en rétablissant l’ordre républicain. Entre autres, par la loi de 2004 sur l’interdiction du port d’éléments religieux ostentatoires à l’école. Bref, après plus de 50 ans sur le sol français, les populations maghrébines ne sont pas encore complètement intégrées à la société française. (Crépeau, 2009)

Réflexion ouverte

Après avoir pris connaissance des causes principales expliquant la situation critique de la France d’aujourd’hui en terme d’intégration des immigrants, on peut se demander si « la crise que traverse de nombreux pays développés n’est-elle pas avant tout une crise de leur identité politique, bien plus qu’une difficulté d’intégration migratoire, les immigrants n’étant alors que la présence révélée du monde dans nos sociétés?» (Ritaine, 2010).

Par Catherine Maertens

MÉDIAGRAPHIE

  1. Article périodique en ligne

AGNÈS, Laurent et Xavier CHOJNICKI, « Protection sociale et immigration: les chiffres contre les clichés » [en ligne], dans L’Express.fr,‎ 14 novembre 2012 (page consulté le 21 février 2015).

  1. Livres

CRÉPEAU, Fançois, NAKACHE, Delphine, ATAK, Idil, et ass. Les migrations internationales contemporaines- une dynamique complexe au cœur de la globalisation, Montréal, Les presses de l’Université de Montréal, 2009, 411 p.

LACASSE, Nicole et Jacques PALARD, Immigration et intégration au Québec et en France: enjeux de société et expériences territoriales, Québec, Les presses de l’Université Laval, 2010, 419 p.

RITAINE, Évelyne. Immigration et intégration au Québec et en France: enjeux de société et expériences territoriales, Québec, Les presses de l’Université Laval, 2010, p.22

L’immigration clandestine en Espagne: les mesures politiques et la sécurité des frontières

Il n’est pas rare d’être témoin de changements de loi et de la mise en place de différentes réformes qui ne font pas l’unanimité au sein de la population. Dans le cas de l’Espagne, qui était un pays d’émigration et qui est désormais un pays d’immigration suite à la mort de Franco en 1975 (L’immigration clandestine en Espagne: de l’émigration à l’immigration), ce pays a dû s’adapter à cette nouvelle réalité qui ne plaît pas à beaucoup d’Espagnols. Ainsi, depuis les années 80 et encore aujourd’hui, les différents gouvernements ayant été au pouvoir n’ont pas eu d’autres choix que d’adopter plusieurs mesures politiques dans le but de réguler le plus possible la venue d’immigrants dans le pays. En effet, le contrôle des flux migratoires en provenance du territoire subsaharien et le trafic illégal d’individus occupe une place primordiale dans la politique extérieure espagnole (Mohamad Khachani, 2011).

Les mesures politiques adoptees et leurs impacts sur l’immigration

Sans vouloir énumérer et expliquer en détail toutes les mesures politiques qui ont été mises en place depuis les années 80, cet article va présenter celles qui ont eu le plus d’impacts sur l’immigration clandestine en Espagne.

La première mesure qui a été adoptée par le gouvernement espagnol est en 1985-1986 et on la nomme la Loi d’extranéité et de son Règlement d’exécution. Elle a pour objectif de mettre en place les premiers visas, de régler les passages des frontières et le processus d’expulsion. Également, de donner la documentation obligatoire pour habiter et travailler dans le but de réguler le marché du travail (Les clandestins en Espagne: leurs activités économiques) et la sécurité publique en Espagne. Cette loi n’est qu’un début des mesures adoptées et donc, elle oublie certainement d’autres aspects importants pour contrôler l’immigration comme, par exemple, l’aide dans le domaine de la santé. Ainsi, cette première loi n’a pas le succès escompté. Le gouvernement espagnol commence à prendre conscience du phénomène de l’immigration clandestine. C’est pourquoi, entre les années 1986 et 1990, l’Espagne met en place 33 mesures qui vont contrôler le nombre d’immigrants entrant sur le marché du travail par l’entremise de quotas et de contingents, c’est-à-dire qu’on donne aux immigrants les emplois qui ne sont pas couverts par la population espagnole. Cela va contrôler un peu plus la venue des immigrants voulant travailler sur le territoire espagnol, mais seulement le cinquième de la population visée va être réellement regularise (Agrela Romero, 2001). En 1991, une seconde vague de régularisation de migrants en situation irrégulière va avoir un impact sur le nombre d’immigrants qui s’installent en sol espagnol.  En effet, cette regularisation va attirer plusieurs clandestins à s’installer, dont les Marocains vu leur proximité au territoire espagnole.

Le gouvernement espagnol va également adopter, en 1994, le projet pour l’intégration sociale des immigrants, puisqu’un des grands problèmes pour les immigrants, légaux ou illégaux, est l’intégration dans la société. Plusieurs d’entre eux sont victimes de racisme et de xénophobie (L’immigration clandestine en Espagne: la réaction de la société espagnole) , deux phénomènes bien présents au sein de la population espagnole. Toutefois, ce projet se limite aux migrants légaux. Ainsi, cela à des impacts négatifs sur les clandestins en Espagne, puisqu’ils sont dans l’impossibilité d’avoir accès aux ressources sociales qui demandent une documentation règlementaire (Agrela Romero, 2001).

Après avoir pris conscience de l’ampleur de la nouvelle réalité migratoire en Espagne et devant respecter ces nouveaux contrats sur le plan international, les autorités espagnoles vont adopter le second Règlement d’extranéité en 1996. Son but premier est d’aider à l’établissement et l’intégration des immigrants qui habite en Espagne. Notamment, il va y avoir la mise en place de nouveaux visas qui poussent à six mois le délai quant à la résolution des dossiers, « la reconnaissance des droits et libertés spécifiques à la population étrangère [comme] le droit à l’assistance juridique, à un interprète, à la liberté d’affiliation syndicale, etc., la création du statut de résident permanent, l’établissement d’un contingent de main-d’œuvre, une nouvelle règlementation des permis de travail […] » (Agrela Romero, 2001). Malgré l’adoption de toutes ces nouvelles mesures dans le but d’aider les immigrants, celles-ci vont plutôt simplifier les mesures d’expulsion, ce qui a un impact négatif sur les clandestins qui veulent s’intaller en Espagne.

La loi 8/2000, qui est entrée en vigueur en 2001, empêche les immigrants illégaux en Espagne d’avoir accès au « droit de vote aux élections municipales et au droit de réunion, manifestation, association, syndicalisation, de grève» (Carnet, 2011). Également, aucun regroupement familial sera toléré pour limité le nombre de migrants qui amènent leur famille illégalement dans les pays touchés par le phénomène de la clandestinité. Cette tentative de contrôler la venue des immigrants en Espagne va être renforcé par la mise en place de la réforme 14 de 2003. Celle-ci va, par exemple, obliger les entreprises de transports de passagers en Espagne à fournir une liste complète de qui se trouve sur leurs embarcations, en y incluant le nom, la nationalité, le numéro de passeport, des documents d’identité, etc. Lorsque cette réforme n’est pas respectée par les compagnies, celles-ci peuvent être passible d’une amende allant jusqu’à un million et demi d’euros. Cela limite donc grandement la venue d’immigrant clandestin, puisqu’évidemment, ceux-ci n’ont pas les papiers demandés par les compagnies de transport des passagers. De plus, cette nouvelle réforme encourage les clandestins à dénoncer les trafiquants de personne, car elle offre un permis de résident à tous ceux qui le font. Par conséquent, cela donne une image positive à l’Espagne, puisqu’elle lutte contre le trafic de personne. Cela à aussi un impact positif sur les immigrants illégaux, car ceux-ci pourront résider légalement en Espagne, en plus de diminuer les risques d’être victime de ce trafic (Carnet, 2011).

Cela résume certaines des mesures politiques que le gouvernement espagnol a adoptées, après avoir réalisé l’ampleur du phénomène de la clandestinité dans son pays.

Le renforcement de la sécurité frontalière
Une équipe maritime
Une équipe maritime

 

L’Espagne, au début des années 90, devient le surveillant des frontières sud-européenne, dû au fait qu’elle est extrêmement proche du Maroc, séparé seulement par le détroit de Gibraltar (L’immigration clandestine en Espagne: situation de proximité), et de l’Afrique du Nord. Le Système intégré de surveillance extérieure (SIVE), qui a été mis en place par l’Europe, est un des moyens pour lutter contre l’immigration clandestine et les différents trafics illégaux dans ce détroit et aux frontières des pays européens. Le SIVE « s’appuie sur des équipes maritimes, aériennes et terrestre et utilise la haute technologie : radars sensoriels, caméras thermiques et infrarouges » (Carnet, 2011), pour contrer cette grande arrivée de migrants illégaux. Il y a également eu un renforcement du contrôle policier quant à la protection des frontières, avec l’ajout de plusieurs policiers aux frontières et à l’expulsion des illégaux (Lahlou, 2005). Par exemple, en lien avec la réforme 14, les policiers ont désormais le droit de regarder les informations du registre municipal, lui qui donne accès à de divers services sociaux et est une « preuve de présence sur le territoire » (Carnet, 2011). Bref, ce renforcement policier va certainement contrôler et diminuer la venue des immigrants illégaux.

 

Ashley Riley

 

 

Médiagraphie

  • AGRELA ROMERO, Belén. Politiques d’action sociale auprès de la population immigrante étrangère en Espagne : approximations du schéma d’intervention à partir du travail social, [En ligne], 2001, http://erudit.org/revue/nps/2001/v14/n1/008344ar.pdf (page consultée le 10 février 2015)
  • CARNET, Pauline. PASSER ET QUITTER LA FRONTIERE? Les migrants africains « clandestins » à la frontière sud espagnole, [En ligne], 20 septembre 2011, https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00691680/document, p. 122 (page consultée le 17 février 2015)
  • KHACHANI, Mohamed. Simposio internacional : Inmigración y Globalización, Los migrantes marroquíes en España, [En ligne], 2011, http://www.funciva.org/uploads/ficheros_documentos/1296039148_m_khachani.pdf (page consultée le 10 février 2015)